La ministre de la Santé Danielle McCann et le premier ministre François Legault se dirigent vers la tribune pour faire le point sur la crise de la COVID-19, à Québec, jeudi.
La ministre de la Santé Danielle McCann et le premier ministre François Legault se dirigent vers la tribune pour faire le point sur la crise de la COVID-19, à Québec, jeudi.

216 morts au Québec, les aînés resteront confinés plus longtemps [VIDÉO]

François Legault parle de plus en plus de rouvrir la vie sociale et économique du Québec, mais pour les plus jeunes. Pour les aînés, ce sera plus long. Parce que 99 % des 216 personnes décédées de la COVID-19 au Québec avaient 60 ans et plus, a insisté le premier ministre, jeudi.

C’est donc 213 des 216 Québécois morts de la maladie à coronavirus qui étaient âgés de 60 ans et plus. Sans négliger que 41 décès en 24 heures, de mercredi à jeudi, constitue un sommet jusqu’ici.

Le premier ministre a répété la statistique des 99 % trois fois, lors de son point de presse de jeudi tenu comme à l’habitude en compagnie de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, et du directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda.

«Que des gens plus jeunes aillent travailler dans le secteur de la construction, s’ils ne vont pas proche des personnes de 60 ans et plus, je pense que les risques sont limités», a entre autres répondu M. Legault, sur la réouverture des chantiers.

«Je pense, entre autres, aux enfants dans les écoles, les garderies. Oui, il y a des risques qu’ils soient infectés, mais les risques qu’il y ait des conséquences graves sont très faibles», a-t-il affirmé, à un autre moment.

«On est en train de regarder pour rouvrir des entreprises, mais même si les jeunes, les personnes qui vont être dans ces entreprises ne sont pas à risque de conséquences graves, elles peuvent mettre à risque d’autres personnes. Donc, ça va être très important dans les prochaines semaines, les prochains mois, que toutes les personnes qui ont moins que 60 ou 70 ans fassent très attention de ne pas s’approcher de nos aînés», a expliqué le premier ministre.


« «On va suivre dans les prochains jours l’évolution des données, continuer à avoir des discussions. Mais je pense qu’il faut quand même commencer à penser à ce que... On voit les chiffres de chômage, les centaines de milliers de Québécois qui sont en problèmes financiers. Que s’il n’y a pas trop de risques, d’être capable de rouvrir, rester à deux mètres. C’est ce qu’on va suivre dans les prochains jours.» »
François Legault, premier ministre du Québec

Six CHSLD en «situation critique»

Les données de jeudi s’avèrent encore encourageantes pour le gouvernement et la Santé publique. Le nombre de cas grimpe toujours, avec maintenant 10 912 Québécois officiellement infectés par la COVID-19.

Mais le plus important, les hospitalisations (679) et les malades aux soins intensifs (196) continuent leur lente montée contrôlée. Notre système hospitalier ne devrait pas être surchargé.

Ajoutons que le compte des guérisons confirmées au Québec est rendu à 1112.

Ceci expliquant cela, la bataille se joue dans les lieux d’hébergement pour personnes âgées, surtout les CHSLD. M. Legault a identifié les six CHSLD au Québec où la situation est la plus critique :

  • Laflèche, Grand-Mère / 20 décès
  • Sainte-Dorothée , Laval / 16 décès
  • Notre-Dame-de-la-Merci, Montréal / 13 décès
  • La Pinière, Laval / 10 décès
  • LaSalle, LaSalle / 7 décès
  • Alfred-Desrochers, Montréal / 5 décès

Le gouvernement Legault a annoncé jeudi que les travailleurs des résidences privées pour personnes âgées profiteront des mêmes primes salariales consenties à leurs homologues du secteur public. Soit 8 % pour ceux en contact direct avec les malades et 4 % en deuxième ligne. Tous les préposés aux bénéficiaires empocheront aussi 4 $ de l’heure de plus, tout cela payé par le trésor public.

«Les gens vont virer fous!»

Autant François Legault a hâte de redémarrer l’activité sociale et économique du Québec, autant il connaît les implications d’une telle relance. Et le sommet de l’épidémie au Québec n’est attendu que le 18 avril, dans deux samedis.

«C‘est sérieux, c’est grave, il y a des décès. Je ne pense pas que j’ai besoin de faire un dessin. Mais, oui, on va rouvrir des entreprises. Oui, on va, à un moment donné, rouvrir les écoles. [...] Mais il va falloir prendre les mesures nécessaires pour qu’il y en ait le moins possible, de décès», constate le premier ministre, qui n’exclut pas de rouvrir les écoles et garderies selon les régions.

Sans oublier que «la balance des risques» se mesure chaque jour avec la Santé publique et le Dr Arruda. Qui met le pied sur le frein de la reprise, tout en demeurant réaliste.

«C’est important que vous compreniez qu’on ne restera pas confinés comme ça pendant des mois et des mois. On va rouvrir certaines activités. On va même accepter certaines transmissions locales. Ce qu’on ne veut pas, c’est ravoir un système de soins qui n’est plus capable de vous traiter. Ce qu’on ne veut pas, c’est que des gens meurent parce qu’ils ne savaient pas que ça les exposait à du danger.»

«Mais je ne voudrais pas que vous pensiez que même si on a un vaccin seulement dans 18 mois ou 12 mois, que la société va rester confinée comme ça. Les gens vont virer fous de toute façon! [...] Parce que si on se retrouve aussi avec des suicides, des dépressions, des divorces, parce que des gens ont perdu leurs capacités de vivre, on ne sera pas plus avancés au nom de la maladie infectieuse. [...] Je ne voudrais pas que vous restiez sans espoir, mais je voudrais vous demander que dans les prochaines semaines, on soit encore prudents et qu’on comprenne les consignes», demande le Dr Arruda, sensible au désarroi actuel des Québécois.

«Maman, je t’appelle»

Les consignes de confinement s’avèrent donc toujours aussi cruciales pour cette fin de semaine de Pâques. Alors que M. Legault prendra congé du point de presse pour un troisième samedi de suite, il n’y aura tout simplement pas de conférence quotidienne dimanche, après 31 rendez-vous journaliers enchaînés depuis le 12 mars, chaque jour à 13h.

«Faites comme moi. Je n’irai pas voir ma mère, dimanche, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Mais je vais l’appeler. Donc, maman, je t’appelle. Et j’invite tout le monde à faire ça avec vos parents, puis vos grands-parents. Vous n’allez pas les voir en fin de semaine, mais vous les appelez», prescrit le premier ministre.