Vu d'même

Ma promesse

CHRONIQUE / De toute ma vie, je crois n’avoir fait qu’une seule promesse à mon père.

Celle de respecter sa décision, le moment venu.

Perspectives

Les tireurs d'élite du gouvernement caquiste

Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, n’a pas attendu que MarieChantal Chassé perce d’autres trous dans la coque de son gouvernement, il l’a écartée de son cabinet à la veille de son 100e jour au pouvoir.

 M. Legault a ainsi franchi cette première étape symbolique en plein contrôle de la situation et en projetant l’image d’un premier ministre déterminé à résoudre les problèmes, incluant ceux se répercutant sur son parti. Dire que c’est en invoquant le droit à l’erreur qu’il a finalement sauvé la campagne électorale qu’il a failli saboter avec des propos superficiels sur l’immigration durant l’un des débats des chefs!  

« C’est tellement dommage, Mme Chassé devient le bouc émissaire de l’incompétence environnementale du gouvernement en place », a déploré la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, dans une entrevue à TVA Sherbrooke.

Ça prend un certain cran pour attaquer un premier ministre de front sur la place publique avec une expérience politique de seulement quelques mois. Faut croire que Mme Labrie s’estime déjà prête à affronter les ténors caquistes, y compris leur chef. 

 La déclaration est habile dans le cadre de la joute parlementaire se déroulant à l’Assemblée nationale, mais est-ce en toute sincérité que la députée Labrie prend la défense de la rétrogradée que les Québécois ont vue vraiment confuse et décontenancée devant la presse nationale?     

Autant l’approche expéditive du premier ministre peut paraître sévère et narcissique, autant elle peut aussi être interprétée comme un geste de considération envers une collaboratrice hautement scolarisée qui jouissait d’une bonne notoriété dans son milieu professionnel de l’ingénierie avant d’être recrutée par la CAQ.  

Sans me prétendre médecin, le blocage qu’éprouvait Mme Chassé et qui la rendait aussi désorganisée en présence de journalistes était probablement davantage maladif qu’un signe d’incompétence. À cause de cela, humainement parlant, il était pratiquement du devoir de M. Legault de voler à son secours, même de cette façon peu élégante, plutôt que de la laisser aux commandes d’un ministère névralgique et exigeant comme celui de l’Environnement avec une marge d’erreur nulle. 

Car un autre faux pas dans des fonctions ministérielles aurait poussé la novice dans le précipice d’une fin de carrière prématurée alors que, dans son rôle de simple député, la représentante de Châteauguay pourra s’acclimater à la politique à son rythme. Rien n’empêchera plus tard son retour au cabinet, si elle parvient à vaincre ses « démons ».

François Legault a réglé cette crise avant qu’elle ne coûte trop cher en crédibilité à son gouvernement. Mais les défis de ce genre vont se multiplier au cours des semaines et des mois à venir. L’inexpérience d’autres ministres, qui est d’ailleurs un trait généralisé parmi ses députés dont ceux de l’Estrie, ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Le chef caquiste vante le dynamisme de sa jeune équipe et affiche maintenant une confiance inébranlable en ses tireurs d’élite, dont Geneviève Guilbault, qu’il a choisie comme vice-première ministre. Bien qu’elle se soit montrée habile et efficace jusqu’à maintenant, Mme Guilbault passera un gros test d’ici la fin du mois comme répondante de la Sécurité publique. 

Réussira-t-elle à gagner la confiance de centaines de milliers de Québécois exerçant toujours des pressions sur le nouveau gouvernement caquiste en retardant l’immatriculation de leurs armes à feu? Obtiendra-t-elle l’assentiment de son chef et de ses collègues du conseil des ministres pour proposer d’éliminer certains irritants parmi les obligations légales fixées par les libéraux et qui sont considérées comme des exigences abusives par les amateurs de chasse d’un bout à l’autre de la province? 

Mme Guilbault durcira-t-elle plutôt le ton à l’approche de la date butoir du 29 janvier en menaçant d’imposer les amendes salées qui sont prévues en cas de délinquance? Prenez deux secondes pour superposer le bassin des chasseurs au territoire du Québec régional et rural dans lequel la CAQ a obtenu le plus d’appuis aux élections d’octobre dernier et vous comprendrez à quel point la mission de la ministre est délicate.

Jeudi prochain, c’est d’ailleurs comme propriétaire d’armes et dans ma rubrique du coureur des bois que je vous communiquerai ma décision de me conformer à cette loi provinciale ou de la défier.

Politique

MarieChantal Chassé: un problème de parité, vraiment?

CHRONIQUE / Plusieurs attribuent les déboires de la désormais ex-ministre MarieChantal Chassé à l’exigence de «parité hommes-femmes» que le premier ministre s’est imposée à son arrivée au pouvoir. C’est un peu court.

Aucun homme n’aurait pu connaître des difficultés semblables à celles de la ministre déchue? Voyons! Bien sûr que si.

Si la parité ne doit pas être sacralisée, devenir une religion, elle ne peut tout expliquer dans ce cas-ci.

Sur papier, Mme Chassé avait ce qu’il fallait pour accéder au conseil des ministres. Ce n’est qu’une fois qu’elle a été nommée que ses insuffisances sont apparues au grand jour.

La parité en cause? Et pourquoi pas, alors, le fait qu’il s’agisse d’une femme d’affaires, d’une entrepreneure?

Dans la même logique de l’argument de la parité, on pourrait donc très bien dire aussi que les difficultés qu’elle a connues montrent les limites qu’il y a à nommer à un conseil des ministres des personnes provenant du monde des affaires… C’est court également comme argument, non?

D’autres cas?

François Legault n’était pas obligé de nommer MarieChantal Chassé à la tête du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Il aurait pu nommer à ce poste la députée d’Argenteuil, la biologiste Agnès Grondin. Entre autres expériences, elle possède celle d’avoir dirigé le Conseil régional de l’environnement des Laurentides.

M. Legault n’était pas contraint de se tourner vers Mme Chassé parce que c’est une femme. Il a fait ce choix; il a fait un choix.

On a beaucoup dit depuis la formation du gouvernement Legault à quel point, en général, les membres du conseil des ministres, presque tous des néophytes, se débrouillent bien. C’est vrai.

Cela ne veut pas dire que c’est le cas pour tous — non plus que pour tous les hommes qui en sont membres. On ne peut pas dire, par exemple, que le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a particulièrement brillé, y compris dans ses «communications». Il peut s’améliorer, il est vrai.

MarieChantal Chassé est une personne qui n’était pas à sa place à la tête d’un ministère devenu avec le temps très visible, voilà tout.

Répétons qu’elle a aussi pâti de la conversion très récente de la Coalition avenir Québec aux questions environnementales, de la quasi-absence de plans dans les domaines qu’elle devait piloter.

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Chronique

16 papas, 25 enfants

CHRONIQUE / François Boucher et Mathieu Thériault savent déjà ce qu’ils feront la fin de semaine du 7 et 8 septembre.

Ils seront dans le bois.

Et ils ne seront pas tout seuls. Si la tendance se maintient, dans ce qui est devenu une tradition, ils seront au moins une quinzaine de papas avec leur marmaille à camper dans le parc de la Jacques-Cartier.

Sans les mamans.

Ça a commencé tout doucement en 2016, ils étaient une poignée de vieux chums et leurs enfants. «Il pleuvait, et ça ne nous a pas dérangés du tout. On s’était installé une bâche avec un arbre au milieu. On a passé un super beau moment.» Assez pour remettre ça l’année suivante et l’autre après.

Cet été, ils étaient 16 papas et 25 enfants, de 3 à 12 ans. Les pères se tiennent ensemble depuis des années et leurs enfants, depuis leur naissance. Ils se retrouvent donc en terrain connu. «On loue tous les terrains sur le site le plus éloigné, explique Mathieu. C’est très boisé, à l’écart. C’est parfait.»

Ils s’installent tout un campement. «Le vendredi, raconte François, on part ça de zéro. On a deux heures de portage, et on amène du stock! On a des barbecues au gaz et aux briquettes, des bûches, les tentes, des matelas, la bouffe, on amène même des brouettes! Les enfants nous aident, ils amènent leurs affaires.»

Et, imaginez donc, il n’y a pas de réseau.

Aucun cellulaire.

Il y a une chaudière à bonbons par contre, qui fait d’ailleurs l’objet du seul règlement de la fin de semaine, tient à préciser Mathieu. «Quand on arrive, on leur fait un discours solennel. On prend un ton sérieux et on leur dit : “Vous devez savoir que, pendant la fin de semaine… il n’y a aucune règle. À part de mettre parfois le couvercle sur la chaudière!”»

Et le respect de la nature. 

Mais les papas ne sont jamais loin. «On garde un œil…»

Les enfants s’habillent quand ils ont froid, se couchent quand ils sont fatigués. «Ma fille est venue me voir, elle voulait aller se coucher. Je suis allé avec elle et je lui ai expliqué comment garder sa chaleur, je suis resté un peu avec elle, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. C’est un beau moment, un moment tendre.»

Chaque papa le fait.

Et après? On sort les côtes de bœuf. «On s’achète des belles pièces de viande, on se fait ça quand les enfants sont couchés, raconte François. Les papas en profitent, c’est aussi une fin de semaine entre chums! Et nos blondes en profitent aussi…»

C’est gagnant-gagnant.

Les enfants, eux, ont quelque chose de rare, un sentiment de liberté. «Ils vivent leur fin de semaine entre eux. Il n’y a à peu près pas de chicanes, c’est du pur bonheur!» résume Mathieu. Le campement est sur un terrain plat, à côté d’un petit cap, et les enfants peuvent s’y aventurer.

Ils ont même fait leur feu. «On les a laissés faire un feu tout seul cette année, sans les aider. Ça leur a pris deux heures à gosser. Au début, il y avait juste de la boucane, puis ils ont réussi, il y avait une belle flamme de trois pieds. À un moment donné, leur feu était mieux que le nôtre, mais on s’est repris…»

Quand même.

Tout le monde mange ensemble. «Le gros défi technique, c’est la bouffe. On veut garder l’esprit communautaire, ça serait moins l’fun si chacun faisait ses choses de son bord.» Les menus sont des valeurs sûres.

Ne cherchez pas les légumes.

Le samedi, comme chaque année, ils partent en randonnée. Et pas la plus facile. Cette année, ils ont emprunté le Scotora, un des plus longs sentiers du parc de la Jacques-Cartier, 16 kilomètres aller-retour, niveau difficile.

Ils sont partis les 40. 

«Chacun y va à son rythme, me dit Mathieu. Les premiers couraient en avant, les autres suivaient. Ma fille de cinq ans, je ne l’ai pas vue de la montée, je l’ai rejointe en haut. Ça s’est fait avec une étonnante facilité. Au retour, on avait même planifié certains arrêts, mais ils n’arrêtaient pas!»

Le petit de trois ans a eu droit aux épaules de papa.

Le gars de François aussi, juste vers la fin. Il a 4 ans. «Les jeunes s’encourageaient entre eux.»

Quand ils partent le dimanche, il ne reste aucune trace de leur passage, «même pas un papier de bonbon». Les papas ne font pas de compromis là-dessus. «On insiste beaucoup là-dessus, ils comprennent que c’est important.»

Les traces, elles restent entre leurs deux oreilles.

Comme celles laissées par une autre forêt, quand Mathieu et François se sont connus. «C’était en 1996, on était en secondaire III. Il n’y a pas un soir où on ne s’appelait pas, c’était assez intense. Il y avait une petite rivière pas loin de chez Mathieu, on était une gang de chums, on se rejoignait quand il faisait beau. On se faisait des feux, on n’était pas en danger. On disait : “On va-tu dans le bois?” On passait nos étés-là.»

Les chums d’hier sont devenus papas.

Et, pendant les trois jours où ils sont dans le bois avec leurs enfants, c’est un peu là qu’ils retournent.