Perspectives

La flamme de l’espoir

C’était un gros jeudi pour les candidats de la circonscription de Sherbrooke. Ils se sont affrontés à la radio quelques heures avant le débat des chefs au réseau TVA, dernier de ces rendez-vous souvent déterminants dans le choix des députés.

Le péquiste Guillaume Rousseau se réjouissait en quittant les studios du 107,7 Estrie, d’avoir pu vendre son idée de clinique d’infirmières praticiennes spécialisées (superinfirmières).

« C’est l’engagement qui, je l’espère, aura le plus de portée auprès des électeurs sherbrookois parce qu’il est concret et crédible. Le modèle existe à Québec et il est appuyé par le syndicat des infirmières. »

Son chef Jean-François Lisée n’était cependant pas dans le même registre à la télé lorsqu’il a substitué la gouvernance de Québec solidaire (QS) à la thématique convenue de la santé. Les cotes d’écoute les plus élevées d’un Super Bowl étant enregistrées lors du botté d’envoi, M. Lisée a-t-il commis une coûteuse échappée en début de match?

« Ce fut un peu chaotique, mais la question était pertinente. Ce n’est quand même pas banal que de chercher à savoir qui dirige vraiment ce parti », a cautionné le porte-couleurs péquiste avant même d’avoir entendu les justifications de son chef après le débat. 

Peut-être. 

Mais était-ce une stratégie porteuse pour décoller l’étiquette de négligé?

« Le vote péquiste est sous-estimé. Les gens oublient qu’il a été historiquement plus élevé dans Sherbrooke que pour le reste du Québec. Il suffit qu’on atteigne 24 ou 25 pour cent dans les intentions de vote et que j’aille chercher les 5 à 6 points liés à la performance du candidat pour remporter le comté, et c’est loin d’être irréaliste. Que le ministre Luc Fortin prenne aussi souvent ses distances de son gouvernement est un signe évident de rejet du gouvernement libéral », analysait jeudi soir M. Rousseau.

Une lecture de terrain qu’accrédite le sondage Mainstreet publié dans nos pages aujourd’hui. Les quatre candidats seraient au coude à coude. Avec un vote aussi fractionné, le vainqueur pourrait l’emporter avec à peine 25 % d’appuis.

 Le pays est encore loin, mais Sherbrooke est de nouveau à portée, claironneront sans doute les péquistes en appelant au ralliement d’ici le 1er octobre.

« Je l’ai pris dur, d’avoir été poussé de Sherbrooke et d’avoir perdu la convention contre Solange Masson, dans Saint-François. Mais la cause est plus importante que nos petites personnes. Il y a eu un burn-out politique chez les souverainistes et c’est le bon moment pour s’en remettre », a confié avant le débat le vétéran Claude Forgues, qui avait mené une chaude lutte au premier ministre Charest en 2007 comme candidat péquiste dans Sherbrooke.

L’ancien directeur de Centraide Estrie a mis toute amertume de côté et il s’implique activement au sein de l’équipe péquiste de Sherbrooke. 

« Ce n’était pas qu’une rumeur, l’ex-ministre Réjean Hébert a sérieusement songé, l’été dernier, à se porter candidat dans Sherbrooke. Sans que cela me pose problème, je l’ai informé que je n’entendais pas renoncer. Pas parce que je pense être meilleur que lui, mais parce que je suis bien entouré et bien préparé », a repris M. Rousseau. 

« En plus d’être très proactif sur le campus universitaire, je rencontre des gens qui ont appuyé le Parti québécois toute leur vie. Il y a autant de souverainistes que de fédéralistes chez les aînés. Il faut les rassurer et leur dire de garder espoir, car il y a de la relève pour défendre le français et parler de justice sociale », poursuit le candidat.

Les leaders de QS ne parlent-ils pas aussi souvent de justice sociale et davantage d’indépendance que le Parti québécois?

« Christine Labrie ne vous le dira pas ouvertement, mais son objectif réel est probablement de franchir la barre des 15 % pour obtenir le remboursement de ses dépenses électorales, ce qui serait en soi une belle victoire pour elle ainsi et pour son parti », pense M. Rousseau.

Ce n’est pas méchant, mais c’est un brin d’arrogance qui devient risqué dans un ménage à quatre. Peu importe qui tournerait la poignée ou l’autre qui donnerait la poussée, une dégringolade du PQ au bas de l’escalier dans Sherbrooke ne ferait pas mal seulement à l’orgueil!

Chroniques

Autrement dit

Le chiffre: 400

Nombre approximatif de chats dont la mort mystérieuse était attribuée à un «tueur en série», à Croydon, dans la banlieue de Londres, depuis 2014. La cruauté de celui qui avait été baptisé «l’éventreur de Croydon», semait l’inquiétude. Après la découverte de plusieurs dépouilles de félins horriblement mutilées, la théorie du dangereux psychopathe avait fait son chemin. On redoutait que le tueur passe à une autre étape, pour s’en prendre aux humains. Il a fallu trois ans d’enquête aux détectives de Scotland Yard pour dénicher le coupable. Ou plutôt les coupables, puisqu’il s’agissait de… renards. Vous devriez refaire votre élémentaire, mon cher Watson.

Source: Le Monde

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La comparaison

Proportion des Américains estimant plus facile d’éduquer un garçon qu’une fille

En 1941: 42 %

En 2018: 54 %

Source: Gallup

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La punition: 20 ans de prison

Peine maximale qui pourrait être imposée à deux pompiers du Venezuela pour avoir diffusé une vidéo dans lequel un âne joue le rôle du président du pays, Nicolas Maduro. À la blague, on dit que le juge pourrait laisser tomber les accusations «d’insulte au président». Par contre, il ne leur pardonnera jamais d’avoir révélé un secret d’État.

Source: Agence France-Presse

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Denis Gratton

Le plus jeune pilote au pays

CHRONIQUE / Zacharie LeBlanc avait 14 ans lorsqu’il a demandé à son père la permission — et les sous — pour suivre un cours de pilotage d’avion.

« Bon, s’est dit son père, Joël LeBlanc. Il vient probablement de regarder le film Top Gun. Ça va passer. »

Élections 2018

Une bière avec les chefs

CHRONIQUE / C’était soirée de quilles sur console Wii jeudi soir dans cette résidence pour personnes âgées de Limoilou.

L’affiche pour le vote par anticipation est déjà au mur et les candidats locaux y sont passés à tour de rôle. On parle parfois politique et on encourage les résidents à voter, explique la responsable des loisirs.

Mais entre des abats virtuels et un débat surréaliste, le choix n’était pas difficile à faire. Pas touche aux quilles sur la Wii, c’est leur «sport», m’a-t-on prévenu. L’argument était imparable. Je n’ai pas insisté.

J’ai cherché en vain une autre résidence d’aînés pour le débat des chefs. Même lorsqu’il n’y avait pas de Wii, on m’a dit non.

Ou bien il n’y avait pas de télé dans la salle commune, ou pas de résidents dans la salle à cette heure du soir, mais surtout, pas beaucoup d’intérêt. On peut comprendre.
Les débats des chefs visent en théorie un public large, mais il faut avoir la vocation pour tenir jusqu’au bout.

Je me suis retrouvé en haute-ville, sur cette rue Saint-Jean foisonnante où le casse-croûte gras à poutines voisine les commerces véganes ou d’aliments bios.

À l’étage de la Ninkasi, un écran géant derrière la table de billard au mur d’une salle vide.

Rien de l’effervescence de la semaine dernière où des militants de Québec solidaire avaient investi la place.

Premier client, un jeune artiste. Slam, piano, humour. Il venait pour une bière. Né à Varennes, il s’est installé à Québec depuis peu pour une «vie plus stable», parce que c’est «plus propre», qu’il «aime la ville» et pour «roder ses jokes». J’ai souri.

Il votera par anticipation samedi. Il avait l’habitude de voter Parti québécois, aime bien Sol Zanetti de Québec solidaire dans Jean Lesage, mais hésite encore. Québec solidaire l’énerve à refuser le regroupement des «forces progressistes».

Il était reparti quand le débat a commencé.

Ça a mal commencé pour Lisée. Son attaque sortie de nulle part contre Manon Massé et Québec solidaire qui n’a pas de vrai chef est tombée à plat.

On sentait chez lui une urgence à performer, mais ses envolées hors d’ordre, son ton accusateur («Vous mentez!») et ses obstinations avec l’arbitre ont mal paru.

Il a fini par corriger le tir et rentrer dans le rang, mais les premières impressions sont tenaces et finissent par contaminer notre lecture du reste du débat.

Autant M. Lisée avait bien fait dans les deux premiers débats, autant il se sera tiré dans le pied dans ce troisième.

Ça ne change rien à sa grande connaissance des dossiers et au réalisme de son programme, mais au jeu du débat, il aura perdu celui d’hier.

François Legault a beaucoup mieux paru. Il fut le plus distrayant avec une pétarade de punch lines percutantes.

«Les seuls qu’on veut expulser, c’est le Parti libéral», a-t-il lancé à M. Couillard qui lui reprochait ses ambiguïtés sur le traitement des immigrants.

«Les Québécois sont tannés de vous entendre donner des leçons», lui lancera-t-il plus tard. «Vous avez plus aidé la famille libérale que la famille québécoise», etc.

M. Legault a même fait acte d’humilité en reconnaissant avoir fait des erreurs, ce qui a semblé prendre tout le monde par surprise. Du moins, dans le bar où une dizaine de personnes ont fini par se regrouper pour une soirée de bière bien modeste.

L’habileté à larguer des lignes assassines ne fait pas la force d’un programme et ne peut en compenser les lacunes, mais en débat, ça a son effet. Reste à voir si ça suffira à freiner la chute de la Coalition avenir Québec que les sondeurs semblent avoir décelée.

Philippe Couillard fut égal à lui-même. Parfait contrôle de ses répliques et émotions (en a-t-il?), excellente maîtrise des contenus, approche technocratique, mais efficacité à livrer ses messages.

Son appel aux citoyens pour obtenir un «deuxième mandat» ne dupe cependant personne. Les libéraux sont au pouvoir depuis longtemps et il fait partie de la famille.

Dans un format de débat plus serré que celui de la semaine dernière à Radio-Canada et un animateur plus prompt à intervenir, Manon Massé n’a pas autant peiné à trouver son temps de parole.

Elle fut excellente, autant que peut l’être la leader d’un parti audacieux qui souffre d’un déficit de crédibilité. Elle avait le ton juste, capable d’attaques féroces contre les idées des autres tout en respectant les personnes qui les portent.

Son mot de clôture était particulièrement réussi, y reprenant des mots clés de sa soirée: courage, authenticité et ambition.

Mes adversaires, ce ne sont pas les trois autres chefs de parti, c’est la peur du changement, a-t-elle plaidé.

Mme Massé n’a peut-être pas imposé une idée forte qui aurait forcé la main aux autres chefs comme l’avait fait à l’époque Françoise David avec les personnes âgées. Mais, elle sort grandie de l’exercice.

Avec lequel des chefs aimeriez-vous prendre une bière, demande-t-on parfois dans les sondages? Jeudi soir, j’aurais dit Manon Massé. Il y a des soirs comme ça où on se prend à vouloir changer le monde. D’autres où on se sent plus paresseux.