Selon ce que mesurait le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 vendredi matin, les libéraux seraient toujours en avant de 1,6 % (28,9 %) sur la CAQ à 27,3 %. Québec solidaire est à 16,4 %, mais surtout, le Parti québécois atteint un 23,4 % sans précédent.

Le débat de trop?

CHRONIQUE / Les pièges étaient tendus. Certains les ont contournés, d’autres pas. On ne saura qu’au gré des prochains jours si ce troisième débat d’une campagne à l’emporte-pièce et essoufflante aura changé la donne. Pour les commentateurs de tous jus, le verdict est tombé, mais nous n’avons qu’un vote chacun. Comme s’il en avait manqué, il reste l’exercice d’information récréative de Tout le monde en parle. Compte tenu des profils d’auditoires des uns et des autres, cette dernière intervention simultanée des quatre chefs sera aussi très importante.

Autres lendemains de débat, autre tourbillon d’influenceurs, chroniqueurs et analystes — dont votre modeste serviteur — de plus en plus suspectés en cette fin de course serrée et intense de négliger leur réserve et plonger dans la mêlée sans vraiment l’admettre.

Certaines évidences émergent toutefois : François Legault a fait mieux. Beaucoup mieux. Moins grimaçant, moins belliqueux, meilleure livraison de messages bien préparés, acte de contrition sur l’immigration, pertinent sur la laïcité, perspective économique plus efficace. La fin d’une chute qui semblait interminable est maintenant possible. Le séjour au purgatoire est terminé.

Il est aidé en ceci par l’erreur, à son tour, de Philippe Couillard. Quelque 75 $ de victuailles pour une famille pour une semaine. Comment peut-on penser une telle chose? En ignorant complètement la réalité et le quotidien des gens dont le premier ministre sollicite la confiance. Erreur, maladresse, oui, mais aussi révélation de plus d’une personnalité cérébrale et peu empathique. Encore vendredi, il a tenté par tous les moyens de s’en sortir et sa réponse habile — il n’a que fait état d’une réalité à laquelle il est sensible, dit-il — ne suffit pas. Le grelot est accroché.

Bien sûr, la palme de la maladresse lors de cet échange à TVA va à Jean-François Lisée. Non, il n’a pas eu ce débat d’apocalypse que le spin a voulu lui attribuer dans les heures suivantes, mais oui, il a été d’une grande imprudence. Pourquoi se rendre de nouveau vulnérable à cette persistante accusation d’arrogance? Pourquoi s’en prendre à Manon Massé et QS, téflons, le vent en poupe, fluorescents d’autorité morale dont ils n’ont pas à prouver la viabilité et de surcroît, sur une formalité interne qui n’intéresse personne…?

Pour arranger les choses, Pierre Bruneau s’instaure véritable vedette du débat, rabroue Lisée et le prend en grippe pour la première heure de l’exercice. Cet homme affable, courageux et attachant deviendra le glaive par lequel le débat de Lisée s’enlisera. Le chef péquiste n’a que lui-même à blâmer. Il aura du mal à retrouver un certain aplomb en seconde heure. Il lui reste Tout le monde en parle et il a brûlé dans un moment malheureux son capital d’attaques contre ses adversaires. Il n’a pas été si mauvais, il a transmis de l’information pertinente, il maîtrisait toujours autant ses dossiers. C’est toutefois son sang à lui que la machine a senti jeudi. Les commentateurs ne lui pardonneront plus rien.

Cela dit, selon ce que mesurait le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 vendredi matin, les libéraux seraient toujours en avant de 1,6 % (28,9 %) sur la CAQ à 27,3 %. Québec solidaire est à 16,4 %, mais surtout, le Parti québécois atteint un 23,4 % sans précédent. Inespéré. Fragile? Entre le meneur et le quatrième joueur, l’écart n’est plus que de 12,5 % et entre l’équipe du Parti québécois et le premier ministre Couillard, de 5,5 %. Un retard de moins de 3 % sur la CAQ, de 3,3 % chez les francophones et 3,4 % dans le «reste du Québec». Il ne fait aucun doute que ce qui se dit en ces lendemains de débat est névralgique. Chacun d’entre nous sent bien le poids du crayon et du micro qu’il a en main.

Enfin, une question devra être posée. On reproche aux chefs l’acrimonie qui plombe les débats, les privant d’une large part de leur pouvoir d’information. Les chefs n’en sont pas les principaux responsables. L’appareil média se nourrit de ces affrontements, et les plus vifs et désordonnés ils sont, les plus écoutés ils semblent aussi être. Ça sert bien le commerce, mais mal la démocratie. C’est peut-être la formule même des débats qui doit être revue : davantage d’interventions en parallèle, moins d’affrontements programmés, moins de complaisance face aux obstructions systématiques, moins de spectacle au détriment du mandat d’aider les électeurs à faire un choix.

Dans l’intervalle, il est légitime de nous demander aussi si ce débat était de trop. Parce qu’encore ici, le commerce a imposé un spectacle de plus au détriment d’un grand rendez-vous national lors duquel les réseaux mettent leurs différends de côté pour le bien commun. Comme on le demande si souvent aux partis politiques.

+

POUR VOUS ABONNER au Baromètre Élections 2018, c'est ici. Groupe Capitales Médias et Recherche Mainstreet vous y présentent tous les jours des sondages, données exclusives, des analyses, et des tableaux pour suivre au quotidien l'évolution des intentions de vote en vue du scrutin du 1er octobre.