Maintenant que les péquistes sont au plus profond du fond du baril, est-ce que le discours du fringant et ambitieux Yves-François Blanchet pourrait leur permettre de garder la tête hors de l’eau, de ne pas couler davantage? La question peut se poser.

Yves-François Blanchet, une chance pour le PQ?

CHRONIQUE / Le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, représenterait-il une chance pour le Parti québécois?

Il n’y a pas beaucoup de péquistes, d’ailleurs, qui osent croire une telle chose possible ou même y rêver. Chez eux, comme chez les libéraux, ils sont nombreux à imaginer la Coalition avenir Québec (CAQ) conserver le pouvoir pendant au moins deux mandats, soit jusqu’en 2026.

Pas le mot chance, donc, dans le sens de permettre au Parti québécois de remporter le prochain scrutin. Mais «chance» dans le sens de pouvoir l’aider à assurer sa survie, lui qui est et qui demeurera coincé probablement encore longtemps entre une CAQ devenue puissante et des solidaires avides d’étendre leurs tentacules politiques.

De lourds boulets

La vraie clé de survie du Parti québécois résidera dans les mains de son prochain chef, celui qui succédera au solide Pascal Bérubé, qui assume l’intérim. Mais d’ici à ce que le prochain chef soit élu, le PQ a besoin de ne pas être trop déclassé — et le discours qu’il porte non plus.

Ces dernières années, des péquistes mauvais joueurs ne cessaient d’attribuer leurs difficultés à celles du Bloc québécois. Il y a eu l’épisode de Martine Ouellet, qui leur a fait du tort. Mais, bien avant le chapitre de la «transparlementaire» Ouellet, il y avait eu les raclées électorales que les bloquistes ont encaissées sur la scène fédérale. De nombreux péquistes faisaient valoir qu’elles les éclaboussaient.

Ils faisaient fi de leurs propres vicissitudes, mais il n’empêche que les déboires du Bloc ont ajouté au poids des boulets que le Parti québécois traînait.

Faire vivre un discours

Maintenant que les péquistes sont au plus profond du fond du baril, est-ce que le discours du fringant et ambitieux Yves-François Blanchet pourrait leur permettre de garder la tête hors de l’eau, de ne pas couler davantage? La question peut se poser.

Pour l’heure, le chef bloquiste peut faire office de bouée supplémentaire pour eux. Car ce dont le Parti québécois a besoin, c’est de consolider la base qui lui reste fidèle, de faire en sorte que le moins possible de ses sympathisants se laissent séduire par d’autres offres politiques.

Quel que soit le score du Bloc québécois aux prochaines élections fédérales, en octobre, le discours affirmé d’Yves-François Blanchet en faveur de la souveraineté peut contribuer à maintenir le projet politique péquiste dans l’actualité — quoi que chacun puisse penser de la valeur de l’option indépendantiste.

Objectivement, c’est ce dont le Parti québécois a besoin, du moins jusqu’à ce qu’il puisse lui-même reprendre un jour le relais — s’il le peut. Nombre de ses électeurs apprécieront toujours entendre que l’unité canadienne se maintient grâce à «des mirages et des chèques», comme l’a lancé M. Blanchet cette semaine. Et c’est ce qui peut permettre au projet souverainiste de demeurer dans l’actualité.

Cela pour dire que, dans les circonstances, le PQ a autant besoin d’Yves-François Blanchet qu’il n’avait pas besoin du Bloc ces dernières années. C’est une inversion des choses.

D’ailleurs, si M. Blanchet échoue à se faire élire à la Chambre des communes l’automne prochain, serait-il intéressé à se présenter comme candidat à la direction du Parti québécois? Il ne s’estimerait sans doute pas brûlé, puisque personne de toute façon ne s’attend à un bon résultat du Bloc.

Politique fiction? Il y a toujours un peu de fiction en politique.