Le clocher de l’église Saint-François-de-Sales à Gatineau reçoit quelques antennes de télécommunications.

Vilaines antennes

CHRONIQUE / À une époque pas si lointaine, accrocher des antennes de télécommunications à l’une des plus belles églises de l’Outaouais aurait été perçu comme un sacrilège. Mais les temps ont changé !

Un ami lecteur nous a signalé l’apparition d’une antenne sur le clocher de l’église Saint-François-de-Sales à Gatineau. Au premier coup d’œil, ces grosses boîtes rectangulaires sont aussi gracieuses… qu’un bouton sur le nez.

Les antennes ont été peintes dans le même gris que le bâtiment. Leur présence n’en gâche pas moins les lignes pures du clocher. Pour notre ami lecteur, accrocher de telles horreurs à l’une des plus magnifiques églises de la région, une église historique citée par le gouvernement du Québec, relève quasiment de la profanation.

Bref, je me suis arrêté au presbytère, mardi matin. Le curé Lévis Martel était à moitié surpris de me voir. « Un voisin s’est plaint des antennes, c’est lui qui vous envoie ? », m’a-t-il demandé. Non, monsieur le curé, ce n’est pas lui. J’ai été alerté par un lecteur de passage qui se désolait de l’apparence du clocher.

Le curé a soupiré. « Pour tout vous dire, je pensais que les antennes seraient installées plus haut. Oui, ça étonne au premier coup d’œil. Mais comme elles ont été peintes du même gris que le clocher, on finit par s’y habituer. »

La paroisse a obtenu toutes les autorisations avant d’installer les antennes, m’a-t-il assuré.

L’autorisation du fédéral qui gère les télécoms. Du diocèse. Du ministère de la Culture puisque la vénérable église Saint-François-de-Sales, construite entre 1886 et 1903, est protégée par une citation historique. Une citation qui ne la préserve pas des antennes, dirait-on !

Même la Ville de Gatineau serait en voie de délivrer un permis bien que l’antenne ne soit pas installée sur une emprise terrestre.

Bref, la paroisse est en règle, dit le curé.

Quant au contrat avec Rogers, il s’agit d’un bail de 35 ans qui rapporte 900 $ par mois. Pour cette paroisse qui ne roule pas sur l’or, c’est la promesse d’un revenu stable et récurrent. Avec sa nef surélevée, l’église coûte une fortune en chauffage. Sans compter les frais pour entretenir un bâtiment historique. La quête et la dîme ne rapportent plus comme à la belle époque, dit le curé Martel. « Les gens ont vieilli, il y a moins de monde à la messe… »

Le curé m’a jasé de sa paroisse, fondée en 1840. La plus ancienne de Gatineau. L’église Saint-François-de-Sales est apparue peu après, en même temps que les églises St-Stephen’s de Chelsea, Saint-Grégoire-de-Naziance à Buckingham, et Saint-Paul d’Aylmer.

Je lisais que les clochers des églises étaient, au Moyen-Âge, une manière pour les paroisses de marquer leur richesse et leur prestige. La hauteur de la flèche, la finesse des ornements témoignaient de leur toute-puissance. Nous voilà à louer ces clochers à des géants des télécoms pour payer la facture de chauffage.

Une autre église de Gatineau, Sainte-Rose-de-Lima, a aussi installé des antennes. Est-ce un sacrilège ou un signe des temps ? Si on veut garder nos églises, surtout les plus belles comme Saint-François-de-Sales, ces vilaines antennes sont-elles un passage obligé ?