Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Au moment où les vaccins contre la COVID-19 semblent enfin un peu plus à portée de main, moins de gens ont l’intention de se faire vacciner, indiquent des sondages.
Au moment où les vaccins contre la COVID-19 semblent enfin un peu plus à portée de main, moins de gens ont l’intention de se faire vacciner, indiquent des sondages.

Vaccination obligatoire ou non?

CHRONIQUE / Au moment où les vaccins contre la COVID-19 semblent enfin un peu plus à portée de main, moins de gens ont l’intention de se faire vacciner, indiquent des sondages. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, juge pour sa part qu’il est encore trop tôt pour statuer si la vaccination doit devenir obligatoire au Québec.

Le casse-tête des gouvernements va bien au-delà de l’approvisionnement, de la conservation et de la distribution des futurs précieux vaccins. 

La vaccination sera-t-elle obligatoire ou non? Sur ce point aussi, les choix des provinces et des pays diffèrent et risquent de donner lieu à des comparaisons, à des débats.

Au printemps, usant de prudence devant le virus inconnu et sournois, le gouvernement de François Legault n’excluait pas d’imposer la vaccination. 

Interrogé en avril à ce sujet, le porte-parole du premier ministre avait indiqué à La Presse : «Ça reste une question délicate. Ni le gouvernement ni la Santé publique ne peut y répondre pour le moment, sans avoir l’ensemble des informations et données à jour, et nous ne pouvons prédire où nous en serons à ce moment-là.»

Plus de six mois plus tard, le cabinet du ministre de la Santé nous indique que la question demeure hypothétique, et qu’il est encore trop tôt pour statuer sur cet important enjeu. 

«Il demeure par ailleurs préliminaire de parler du volume et de la séquence de réception des doses. Tout cela dépendra aussi des ententes signées par le gouvernement fédéral. Cela dit, nous nous préparons déjà à la campagne de vaccination qui s’en suivra. Le tout se fera de manière progressive. Il ne faut surtout pas relâcher nos efforts pour limiter la transmission du virus.» 

Jusqu’à maintenant, le ministre Dubé ne semble pas vouloir déroger à l’approche préconisée par le Québec. Pour lutter contre les maladies infantiles ou une pandémie, le Québec suit la voie de l’information et de la sensibilisation du public et des populations vulnérables aux avantages de la vaccination, plutôt que de rendre celle-ci obligatoire. 

Étant donné l’ampleur et les coûts humains et économiques de la présente pandémie, le sujet devient cependant délicat pour les politiciens.

Pour bon nombre de citoyens, la disponibilité d’un vaccin marquera le retour à une vie normale, la fin des consignes et des contraintes sanitaires.

Certains souhaiteront donc que la vaccination soit obligatoire pour s’assurer de mettre fin à la crise sanitaire. Il faudra donc faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer que la vaccination obligatoire n’est pas une panacée.

À l’inverse, une frange de la population est anti-vaccin comme une autre est anti-masque ou adhère aux théories du complot. Intérêt collectif et libertés individuelles continueront de s’affronter. Les élus voudront éviter de mettre de l’huile sur le feu.

Mardi, le titre d’un communiqué émis par le Forum économique mondial, une organisation internationale de coopération public-privé, donnait le ton aux débats qui surgiront dès que les vaccins seront disponibles. «Une hausse de la réticence à l’égard des vaccins menace les progrès face à la COVID-19, selon une étude.»

Cette étude internationale, menée par Ipsos et le Forum, montre que le pourcentage de personnes désireuses de se faire vacciner contre la COVID-19 est en baisse dans 10 des 15 pays étudiés. Il y a trois mois, 77 % de gens interrogés avaient l’intention de recourir au vaccin. Selon la récente étude, 73 %. Cette baisse serait attribuable aux craintes d’effets secondaires et à la rapidité de réalisation des essais cliniques.

À la mi-octobre, la firme Léger et l’Association d’études canadiennes révélaient par ailleurs les résultats d’un sondage indiquant que l’appui à une vaccination obligatoire diminuait dans la population canadienne. Les Canadiens participant à l’enquête étaient aussi moins nombreux à vouloir recevoir le vaccin.

Rien n’est simple en temps de pandémie.

Dans un article paru en septembre dans nos pages, Ève Dubé, professeure au département d’anthropologie de l’Université Laval et chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec, ainsi qu’au Centre de recherche du CHU de Québec, rappelait qu’en 2009, lors de la pandémie de H1N1, le pourcentage de la population québécoise à avoir reçu le vaccin était parmi les plus élevés au monde.

Et ce, même si le Québec n’avait pas utilisé une disposition de la Loi sur la santé publique qui lui permet de rendre la vaccination obligatoire.

Certes, la pandémie de H1N1 est différente et n’a pas la même ampleur de celle de la COVID-19 qui nous frappe depuis mars. La réponse positive de 2009, sans obligation, demeure néanmoins un argument si le gouvernement Legault ne veut pas forcer les Québécois à recevoir le vaccin.