Hydro-Québec ne pourrait pas vendre aux États-Unis si son réseau de transport était fermé aux autres entreprises et servait exclusivement à rediriger l’énergie de ses centrales de production, comme celles du complexe Eastmain.

Une autoroute à péage

CHRONIQUE / La prépondérance de pouvoir que Justin Trudeau compte invoquer pour imposer le passage d’un oléoduc à la Colombie-Britannique pourrait-elle aussi garantir à Terre-Neuve-et-Labrador un accès direct aux marchés d’exportation pour son électricité, en passant bon gré mal gré par le Québec?

La question nous vient évidemment à l’esprit à partir du moment où le gouvernement fédéral se pose en arbitre pour dénouer l’impasse entre deux provinces afin d’ouvrir une nouvelle voie maritime à l’exportation du pétrole des sables bitumineux.

En vertu des règles applicables autant au Canada qu’aux États-Unis, il appert qu’aucun producteur d’électricité ne pourrait prétendre être ainsi brimé.

« L’accès au réseau de transport d’Hydro-Québec est déjà ouvert à toutes les entreprises. C’est une condition essentielle au libre commerce de l’énergie avec les États-Unis. En fait, l’ensemble du réseau canadien est interconnecté », rapporte une porte-parole de la société d’État, Lynn St-Laurent.

L’usage des réseaux intégrés pour le transport d’électricité n’est cependant pas gratuit. Ce sont des autoroutes à péage, avec des tarifs et des conditions qui doivent être conformes aux pratiques des réseaux de transport à l’échelle de l’Amérique du Nord.

C’est ainsi qu’après avoir évalué il y a quelques années ce qu’il lui en coûterait pour expédier sur 1500 kilomètres son électricité du Bas-Churchill vers l’Ontario ou les États-Unis par le réseau d’Hydro-Québec, la compagnie terre-neuvienne Nalcor a choisi d’autres options.

Le respect des conditions de libre marché est surveillé de près, en particulier aux États-Unis, où tout projet ou tout partenariat d’affaires est soumis à un examen rigoureux de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) pour veiller à ce qu’aucune entreprise ne puisse se donner des avantages concurrentiels démesurés.

Si vous avez bonne mémoire, c’est justement en se référant à ces conditions de libre marché que l’ex-maire de Sherbrooke Bernard Sévigny a prétendu l’an dernier devant la Régie de l’énergie « qu’il serait techniquement faisable, légalement permis, et qu’il pourrait s’avérer avantageux » qu’Hydro-Sherbrooke, Hydro-Magog, Hydro-Coaticook ainsi que les six autres partenaires municipaux procèdent à des achats regroupés auprès d’autres fournisseurs, pour se libérer du carcan que leur imposerait Hydro-Québec.

Pour illustrer la rigidité et les effets pénalisants de la nouvelle grille tarifaire appliquée à ses membres, M. Sévigny, qui s’exprimait alors à titre de président de l’Association des redistributeurs d’électricité du Québec (AREQ), avait soutenu « qu’une pointe de 15 minutes pouvait engendrer des pertes de 5 M$ en une année ».

Cette option ne serait aucunement compromise même s’il est maintenant acquis que le prochain corridor d’exportation d’Hydro-Québec vers le Massachusetts ne passera pas par le New Hampshire mais plutôt par le Maine, ce qui aura pour effet d’éloigner considérablement la future ligne de l’axe Sherbrooke-Magog.

D’une part, parce que la ligne Des Cantons-Nouvelle-Angleterre en service depuis plus de 30 ans, et qui est rattachée au poste de conversion voisin de l’usine de Domtar à Windsor, permet autant d’importer que d’exporter de l’électricité. De plus, l’énergie n’est pas de la marchandise vendue en emballage fermé. Elle ne part donc pas nécessairement du lieu physique où se trouve l’expéditeur pour se rendre au destinataire.

« J’ai accepté de prendre le relais de M. Sévigny pour présider l’AREQ, mais c’est complexe et je n’ai pas encore eu le temps de me faire une tête sur les approvisionnements », réagit le maire Steve Lussier.

« La Régie de l’énergie n’a émis aucun commentaire suite à la présentation du mémoire de l’AREQ. Hydro-Sherbrooke demeure donc à l’affut des opportunités et, à titre de membre de l’AREQ, participe à des discussions avec Hydro-Québec Distribution afin de s’assurer d’une compréhension commune des impacts de la tarification dans le contexte actuel », commente un an plus tard le directeur général d’Hydro-Sherbrooke, Christian Laprise.

Le premier ministre Trudeau peut concentrer toute son attention sur le pétrole. Rien ne laisse présager le besoin d’une ligne « 911 électricité » à Ottawa.

C’ÉTAIT BIEN LA COLOMBIE-BRITANNIQUE

J’ai associé la mauvaise province aux propos du député conservateur Gérard Deltell dans ma précédente chronique sur ce même sujet. « M. Trudeau a trop tardé à défendre que le projet Trans Mountain avait été accepté par le précédent gouvernement de la Colombie-Britannique », a bel et bien dit M. Deltell.

Mon cerveau s’est égaré quelque part entre le Pacifique et l’Atlantique quand j’ai accroché le Nouveau-Brunswick à ses paroles...