Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Gilles Hudon, président et directeur général adjoint au CIUSSS MCQ, était aux premières loges de la campagne de vaccination massive contre la grippe A H1N1 en 2009.
Gilles Hudon, président et directeur général adjoint au CIUSSS MCQ, était aux premières loges de la campagne de vaccination massive contre la grippe A H1N1 en 2009.

Un vaccin tout neuf, une machine rodée

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / C’est certainement un moment qui passera à l’histoire en Mauricie et au Centre-du-Québec ce mardi, soit la vaccination des premiers Mauriciens et Centricois contre la COVID-19. Un moment qui permettra enfin d’entrevoir la lumière au bout du tunnel, même si le marathon de vaccination ne fait que commencer.

Et pendant qu’on regardera cette personne recevoir la première dose à Drummondville, on ne se doutera pas à quel point d’innombrables personnes travaillent présentement dans l’ombre à coordonner ce qui s’annonce être la plus vaste campagne de vaccination jamais connue dans la province. Jamais... ou presque, puisque la campagne de vaccination de la grippe A H1N1 en 2009 nous a sans doute préparés à ce qu’on s’apprête à vivre. La machine, même si elle ne sert (heureusement) pas trop souvent, elle est bien rodée.

Des files d’attente devant les sites de vaccination, des attroupements afin d’aller chercher un coupon de vaccination pour savoir quand sera son tour, voilà le genre de scénario qu’on avait connu en 2009, et qui ne devra absolument pas se produire lors de cette campagne de vaccination massive de la COVID-19. Contrairement aux expériences passées, il faut maintenant coordonner une vaccination massive en s’assurant de respecter la distanciation. Un énorme défi logistique que le CIUSSS se dit prêt à relever.

Gilles Hudon, aujourd’hui président et directeur général adjoint au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, était aux premières loges de la campagne de vaccination de la grippe H1N1 en 2009, à titre de directeur des affaires médicales pour la défunte Agence de santé. S’il sait que le scénario est aujourd’hui différent de celui de 2009, il se dit aussi rassuré de pouvoir compter sur des structures qui ont fait leurs preuves depuis le temps et qui serviront dans le déploiement de cette campagne.

Le système «COPIN» — pour Comité Planification Intervention — est un terme dont le public entendra certainement parler au cours des prochains mois. Ce comité mis en place depuis bien avant la grippe A H1N1 permet la coordination de toutes les directions du secteur de la santé, en plus de contacts avec la sécurité civile et toutes les autorités en place. Bref, même si on n’a jamais souhaité que la COVID nous tombe dessus, chacun savait déjà ce qu’il aurait à faire le jour où le vaccin arriverait parmi nous.

En 2009, on avait eu un taux de population vaccinée qui tournait autour de 54 %. Avec la COVID-19, on vise 75 % de la population. En Mauricie et au Centre-du-Québec, ce sont donc 375 000 personnes qui devront être vaccinées si on veut espérer atteindre l’immunité collective visée par l’ensemble du corps médical et des scientifiques. Pour ce faire, il faudra déployer des sites de vaccination à plusieurs endroits, et pas seulement à Drummondville et Trois-Rivières comme c’est le cas actuellement. D’ailleurs, la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière qui vient de se terminer aidera certainement à cette planification.

«On prévoit ouvrir des sites dans l’ensemble des MRC de la région Mauricie et du Centre-du-Québec. On ne part pas de zéro. Si on recevait plus de doses demain, ce qui serait à notre grand bonheur et au bonheur de la population, on a prévu des sites de vaccination massive. On en a un à Drummondville. On en prévoit un à Shawinigan, à Victoriaville, à La Tuque. À Trois-Rivières, le site est déjà identifié aussi», souligne Gilles Hudon qui précise qu’il ne s’agira pas du site du CHSLD Cloutier-du Rivage, où commence ce mardi la vaccination contre la COVID-19. Pas question, en effet, de risquer de faire entrer le virus dans le milieu de vie de 170 résidents.

L’enjeu des sites de vaccination en est d’abord un de mobilité du vaccin. L’antidote développé par Pfizer ne peut être déplacé pour le moment et devra être gardé dans des ultras congélateurs le conservant à -80 degrés. Le CIUSSS attend donc impatiemment le vaccin de Moderna, déjà approuvé aux États-Unis et sur le point d’être approuvé par Santé Canada, pour penser le déploiement massif de cette campagne vers les MRC de même que dans les différents milieux de vie.

En 2009, l’approvisionnement des doses à travers la province avait aussi été un enjeu de taille, allant jusqu’à causer parfois de la confusion dans la population, et à quelques reprises de la bousculade entre certains individus pressés de pouvoir mettre la main sur un coupon de vaccination leur donnant droit d’avoir accès à une dose.

On ne verra plus ces attroupements en 2021. Ce serait trop risqué pour la propagation du virus. On procédera par rendez-vous via le site Clic-Santé, explique Gilles Hudon, un outil qui a déjà fait ses preuves dans le cadre de la vaccination pour l’influenza saisonnière, mais aussi pour le dépistage COVID depuis l’automne.

Au défi logistique s’ajoute le défi de la communication, pour non seulement bien informer les gens sur la campagne, mais également sensibiliser les personnes plus craintives à aller se faire vacciner. Un défi pour lequel l’argumentaire se bâtit au fil des jours, des conséquences du confinement et des décès qui s’accumulent. Si, en 2009, on pouvait compter sur les doigts d’une seule main le nombre de décès causés par la H1N1 en Maurice et au Centre-du-Québec, il en est autrement avec la COVID-19. Lundi, on recensait 340 décès, et 7766 dans la province.

«J’ai confiance en l’intelligence collective de notre population. Quand on regarde toutes les mesures de restrictions qu’on a depuis le mois de mars, je pense que toute la population commence à être tannée. On commence à en avoir notre voyage. Les gens sont conscients que plus les gens seront vaccinés rapidement en plus grande quantité, plus vite on va avoir un retour à la vie normale qui devrait se faire d’ici l’automne 2021», indique Gilles Hudon, qui ne manque jamais de saluer le travail des équipes soignantes, qui oeuvrent dans des conditions extrêmement difficiles, indique-t-il.

Et la fin de ce cauchemar, la vraie, pourrait aussi arriver plus tôt que tard pour la population générale.

«Je vais être prudent, mais selon les informations dont je dispose, l’arrivage massif de vaccins devrait se faire au courant du printemps 2021, pour que là, on puisse amorcer de façon très significative la vaccination de l’ensemble de la population en Mauricie et au Centre-du-Québec. Initialement, quand on parlait de la vaccination, on parlait du printemps 2021 pour commencer la vaccination. Là, c’est une excellente nouvelle, car on amorce trois mois et demi plus tôt que ce qui avait été anticipé. On n’a peut-être pas beaucoup de doses, mais si on commence plus tôt, on va forcément finir plus tôt de vacciner la population. Pour moi, c’est la lumière au bout du tunnel. Enfin on va être capable de s’en sortir de cette crise-là», considère Gilles Hudon.

Tout comme pour un marathon, les derniers 500 mètres sont possiblement les plus difficiles à franchir. Mais, patience, le fil d’arrivée laisse entrevoir que le meilleur est à venir, souligne-t-il.