Le banquier Steve Lussier a présenté un plan de prospérité auquel il accroche 2000 nouveaux emplois au cours de quatre prochaines années. Au rythme de 200 emplois à temps complet par année et avec le facteur multiplicateur de 1,5 emploi indirect, nous y serons en 2021 assure-t-il.

Un souper presque parfait

CHRONIQUE / «En trame de fond, il y a un désir de changement à la mairie de Sherbrooke. Dès que j’ai l’occasion de rencontrer les gens, ils découvrent rapidement que j’ai les compétences pour remplacer Bernard Sévigny. »

Telle est la lecture de Steve Lussier à l’amorce du dernier droit de la campagne municipale. Le temps presse pour lui et pour les autres prétendants, car il ne leur reste que trois semaines pour se mettre en valeur.

Le banquier Lussier a présenté un plan de prospérité auquel il accroche 2000 nouveaux emplois au cours de quatre prochaines années. Au rythme de 200 emplois à temps complet par année et avec le facteur multiplicateur de 1,5 emploi indirect, nous y serons en 2021 assure-t-il.

Rien toutefois pour faire frémir le maire Sévigny  puisque l’année 2016 s’est soldée par un gain net de 274 emplois, selon le rapport d’activités que Sherbrooke Innopole a publié le printemps dernier. L’année 2015 avait également été une période faste avec l’ajout de 546 emplois. Précisons tout de même que ce boom d’emplois avait été précédé de résultats nettement plus modestes au cours des trois années précédentes.

« Ça prend de nouvelles sources de revenus pour ménager les citoyens. Pour cesser de les matraquer avec des hausses de taxes, ça prend du développement, d’autres entreprises, du nouvel argent. Pour cela, ça prend un maire actif, qui est au front, et qui ne délègue pas ses responsabilités comme M. Sévigny l’a fait en ne tentant aucune démarche personnelle pour amener Ubisoft à Sherbrooke », cible M. Lussier.

J’attire votre attention sur le buffet du développement, sur ce souper presque parfait au cours duquel chaque cuisinier courtise des votes en vantant sa recette.

Le maire Bernard Sévigny tient d’ailleurs le même discours quand il parle de Well inc. en évoquant de nouvelles rentrées fiscales ainsi qu’une appréciation des valeurs foncières. En fin de compte toute la collectivité s’enrichira, répand M. Sévigny.

Il est vrai qu’une ville privée de développement vient qu’à manquer d’air lorsque fardeau financier repose toujours sur la même masse de contribuables. Une ville comme Asbestos aurait risqué une décroissance de longue durée si le gouvernement du Québec n’avait outillé convenablement la MRC des Sources pour l’aider à se remettre de l’abandon de toute exploitation de l’amiante.

Même si la plupart des analystes financiers s’entendent pour dire que Sherbrooke a connu un taux de croissance enviable au cours de la dernière décennie, ce développement n’a pas servi de parapluie aux payeurs de taxes.

La valeur des permis de construction émis a franchi la barre des 300 M$ pour la première fois en 2010, au moment où Bernard Sévigny a remplacé Jean Perrault à la mairie. Cette année-là, les constructions et rénovations de toutes sortes ont augmenté de 58 M$, soit près de 20 %.

Une autre pointe a été atteinte avec des valeurs totalisant 395 M$ en 2012. Ce « nouvel argent » a momentanément permis à l’administration Sévigny de limiter les hausses de taxes à 8,47 % entre 2010 et 2013.

Une seule fois la valeur des permis est revenue sous les 300 millions. Avec un développement soutenu, les effets cumulatifs auraient normalement dû être durables au niveau de la taxation. Ça n’a pas été le cas.

Les Sherbrookois ont essuyé des hausses de taxes totalisant 9,93 % au cours des quatre dernières années. À cet égard, le deuxième mandat de M. Sévigny a été à l’image du dernier de Jean Perrault, qui avait majoré les taxes de 13 % au cours des quatre années ayant précédé son départ.

Le maire Sévigny a profité d’une hausse spectaculaire de 37 % des valeurs foncières à son arrivée à la mairie en 2009. Celles-ci étaient passées de 6 à 8,2 milliards de dollars avec la mise en application d’un nouveau rôle d’évaluation.

La valeur totale des biens immobiliers, sur laquelle les taxes foncières sont aujourd’hui calculées, est chiffrée à 14,4 milliards par la Ville.

La croissance appréciable de 75 % de l’assiette fiscale en huit ans a fort probablement enrichi la valeur de nos actifs immobiliers, c’est certain. Mais nous a-t-elle vraiment « ménagés » à l’heure des comptes? Seule explication qui tienne : la baisse de rentabilité d’Hydro-Sherbrooke aurait creusé des trous encore plus profonds dans nos poches sans cette croissance.