En calculant des déboursés de 400 000 $ pour entretenir la place publique et exploiter les 715 places de stationnement de Well inc., la Ville retranche 20 M $ aux bénéfices calculés sur 50 ans. Malgré cela, il faut écarter d’emblée le statu quo.

Un pari de 10 $ par porte

CHRONIQUE / Les comptes de taxes de l’année 2018 livrés aux contribuables sherbrookois il y a une dizaine de jours ont été calculés avec des paramètres connus : la valeur imposable du bâtiment et du terrain, le taux de la taxe foncière ainsi que les taxes de services applicables.

Le maire Steve Lussier a introduit le cadre financier révisé de Well inc. en se référant à la « quantité impressionnante » d’information fournie pour éclairer la réflexion.

« Je suis par contre comme vous, je n’ai pas vu de chiffres définitifs. Les aspects juridiques ne sont pas encore finalisés. Le retour sur les investissements sera celui qu’on pourra établir en se référant aux engagements contractuels », a-t-il nuancé par la suite en entrevue.

À considérer avant de trop s’emballer.

Malgré cela, cette autre analyse n’est pas qu’un exercice superficiel. Elle nous rapproche du réel.

Des déboursés annuels de l’ordre 400 000 $ ont été inscrits dans la colonne des dépenses pour entretenir la place publique et exploiter le stationnement étagé que la Ville devrait racheter de ses partenaires privés au coût de 20 millions de dollars. Ce n’est pas la mer à boire, direz-vous, mais cette seule précision retranche justement 20 M$ supplémentaires aux bénéfices anticipés sur 50 ans. L’effet de distorsion sur un demi-siècle joue dans les deux sens.

Des déboursés de 4 M$ sont également ajoutés dans la colonne des dépenses pour remplacer « les infrastructures urbaines centenaires » de la rue Wellington Sud. La cure de rajeunissement a été limitée à quelques corrections mineures et à l’ajout de quelques bornes-fontaines, il y a 20 ans, avant de remplacer l’asphalte par du pavé uni. Celui-ci est encore en bonne condition, mais les trop-pleins des collecteurs d’égouts qui passent dessous se déversent directement dans la rivière Saint-François lors des crues. Tant qu’à faire, aussi bien mieux faire et corriger cette atteinte environnementale.

Pour ce qui est des revenus, ceux qui étaient associés aux seuls investissements du consortium privé dans les chiffres dévoilés à mi-janvier sont ramenés de 71 à 62 M$ pour tenir compte de possibles exemptions fiscales durant dix ans. Le conseil municipal sera vraisemblablement appelé à approuver une bonification des incitatifs qui seront offerts à l’ensemble des investisseurs privés qui manifesteront de l’intérêt pour le Quartier de l’entrepreneuriat.

« Nous évaluons cette exemption fiscale à 9 M$ pour les membres du consortium et à 14 M$ pour l’ensemble des projets privés qui pourraient se réaliser sous l’impulsion de Well inc. », rapporte le directeur général de la Ville, Yves Vermette.

On ne peut donc pas reprocher à l’administration municipale d’avoir cherché à dorer la pilule. Au point même de calculer en toute transparence qu’avec deux fois plus de places de stationnement, les amendes pour les places impayées devraient aussi doubler. Dix millions de plus dans la colonne des revenus!

Il me semble avoir déjà entendu des élus municipaux dire que les nouvelles technologies seraient d’une efficacité rare pour payer les stationnements à distance ou pour monter à bord des autobus, mais ça doit prendre un certain temps à apprivoiser le changement...

Le trésorier François Poulette a précisé que le calcul des coûts de financement avait été « plus conservateur que pas assez » avec des frais d’intérêts à 4 pour cent, un point de plus que ce que les villes paient actuellement. À ce taux, la contribution municipale de 30 $ M pour garantir des investissements privés de 48 à 50 M$ de la part du consortium coûterait 60,3 M$ aux contribuables sur 50 ans.

Cette analyse illustre d’autre part à quel point il serait coûteux et peu judicieux de se limiter au remplacement du stationnement étagé en fin de vie. Cette option que la Ville présente comme le statu quo commanderait une contribution de 9 $ par porte (montant établi sur facture de taxes d’une résidence moyenne évaluée à 229 120 $) pendant 20 ans et ne rapporterait aucun bénéfice mesurable autre que la sensation du neuf durant quelques mois.

La facture municipale pour lancer Well inc. représenterait une majoration fiscale de 19,43 $ par porte durant la période d’exemption fiscale de 10 ans. Mais dès la première année, cet effort collectif redonnerait vie à un secteur en dormance et peu reluisant. La contribution serait régressive au fur et à mesure que les recettes fiscales augmenteraient. À la 15e année, elle ne serait plus que de 3 $ par foyer. Au bout de 50 ans, l’écart positif des revenus par rapport aux dépenses représenterait 31 $ par porte.

Ces chiffres sont discutables et ils ne sont surtout pas des absolus. Sans les prendre naïvement pour du cash, reconnaissons toutefois qu’ils sont suffisamment crédibles et logiques pour écarter d’emblée le statu quo.