Joël Martel

Tous les chiens vont au paradis

CHRONIQUE / Un jour, vous êtes là à faire défiler votre fil d’actualités sur Facebook et puis hop, tout d’un coup, vous vous retrouvez avec le coeur gros comme un jambon parce que vous venez d’apprendre qu’un chien est mort. C’est justement ce qui m’est arrivé il y a quelques jours.

Maintenant, ce qui est le plus ridicule dans tout ça, c’est que ce chien pour qui j’ai soudainement eu de la peine, je ne l’ai même pas croisé une seule fois dans ma vie et pourtant, ça me fait un petit pincement au coeur d’y repenser.

Mais bon, mieux vaut vous expliquer. Donc ce chien, c’était en fait une femelle et elle s’appelait Carline. Ça faisait déjà plusieurs années qu’elle faisait partie du quotidien de bien des gens, car voyez-vous, son maître Carl (Carl et Carline, ça ne s’invente pas) publiait régulièrement des photos d’elle sur les réseaux sociaux, et puisque les images de Carline (oui oui, Carline la chienne de type carline, ça ne s’invente pas non plus) ne pleuvent pas, on finissait rapidement par la remarquer et surtout, par s’y attacher.

De ce que j’ai pu comprendre, l’état de santé de la pauvre Carline n’était pas au top depuis un moment et voilà que le moment auquel un propriétaire de chien ne préfère pas trop penser a fini par survenir.

Tous les chiens vont au paradis, qu’on dit.

Ça m’a refait penser à Buster, le chien du poète Pierre Demers, un autre meilleur ami de l’homme que je n’ai jamais connu et qui occupe pourtant mes pensées quotidiennement, en raison de l’excellent recueil de poésie qu’il a inspiré et à qui il a même donné son nom.

Et puis je repense à ce bon vieux Champion, le premier chien dont je me souvienne. Un jour, mes parents l’avaient amené à la maison en nous annonçant qu’il vivrait désormais avec nous et, après un certain temps, il est reparti vivre « pour être mieux en campagne ».

Il y a aussi eu Milou, un barbet. D’ailleurs, j’ai complètement oublié ce qui lui est arrivé à lui, mais pour ce qui est de Frimousse, ça, je pourrais vous en parler pendant dix chroniques. On a eu ce Westy pendant au moins cinq ans et ce chien, c’était la réincarnation de l’Évadé de l’Alcatraz. Un soir, j’ai oublié de fermer la clôture de la cour arrière et quand on s’est rendu compte qu’il avait pris la poudre d’escampette, on est parti à sa recherche en voiture, mon ami Guillaume et moi. Je me souviens que nous avions fait le tour du quartier une bonne dizaine de fois en roulant très lentement, tandis que nous nous trouvions en plein coeur d’une puissante tempête de neige. Et puis quelques jours après, le téléphone a sonné et c’était pour ma maman. Comme le numéro sur l’afficheur était celui de la fourrière, j’étais resté sur l’autre ligne pour écouter et le gars au bout du fil avait annoncé à ma mère qu’on avait retrouvé le corps de Frimousse dans un banc de neige. Comme dans la bonne vieille blague de la gratte qui est passée et qui a fait des morts.

Échappé belle

L’autre matin, je finis par me décider à me sortir du lit et en arrivant au rez-de-chaussée, il y a Charlot qui est installé à la table de la cuisine devant son ordinateur. Je me dirige alors vers lui pour lui faire un petit bisou de bon matin, mais voilà qu’au moment où je commence à faire irruption dans son périmètre de distanciation sociale, je me rends compte en jetant un bref coup d’oeil à l’écran de son ordinateur qu’une dizaine d’autres gamins, ainsi que leur enseignante, vont me voir en bobettes.

Je m’en vais donc dans la cuisine pour me faire couler du café en me disant que j’ai vraiment évité la catastrophe de peu. Quelques minutes plus tard, alors que Julie me raconte les nouvelles du matin, on entend Charlot qui vient de terminer son cours à distance.

« Déjà? », que Julie s’étonne. Puis Charlot arrive dans la cuisine pour nous annoncer fièrement que son enseignante vient de leur apprendre comment utiliser des bons arguments pour convaincre. « Comme ça, la prochaine fois que je vais vous demander quelque chose, je ne raterai pas mon coup », qu’il a dit.

J’imagine que si j’étais apparu en bobettes dans la webcam de Charlot, ça aurait pu servir d’argument pour qu’il retourne à l’école.