Tous les cas de « tout »


« Dans une chronique de M. Gilles Vandal, j’ai lu la phrase : « Cette loi autorise le gouvernement fédéral à traduire devant les tribunaux toute cause où des personnes sont discriminées pour des raisons de religion, de race ou de genre. » Je ne comprends pas pourquoi les mots « toute » et « cause » ne sont pas au pluriel. Ce ne devrait pas être écrit « toutes les causes »?  »
Nicole Maillé, Sherbrooke

Dans cette situation précise, on peut aussi bien dire « toute cause » que « toutes les causes ». Pour chacun des deux cas, « tout » a un sens différent, mais qui, ici, revient au même.

Dans le premier cas, « tout » signifie « n’importe quel », et dans le second, « sans exception ». Or, si vous dites « n’importe quelle cause » ou « l’ensemble des causes sans exception », vous désignez la même réalité, soit toutes les causes possibles.

Dans les multiples habits que peut revêtir le mot « tout », il y a celui de déterminant indéfini. Dans ce cas-là, « tout » se place, en général, directement devant le mot. Voici des exemples tirés de la Banque de dépannage linguistique que vous avez probablement déjà vus quelque part.

Les admirateurs arrivaient de tous côtés.

Ce film s’adresse à un public de tout âge (ou : de tous âges).

Dans les deux phrases ci-dessus, vous pourriez facilement écrire « tous les côtés » et « tous les âges » et vous obtiendriez le même sens.

Mais les « tout » déterminants indéfinis ne sont pas toujours interchangeables comme ça, notamment lorsqu’un article s’insère devant le mot.

Tous les candidats seront convoqués à une entrevue.

Il lui téléphone à toute heure du jour ou de la nuit.

Elle va lui rendre visite tous les dimanches.

Dans la première des trois phrases, on ne peut pas dire « n’importe quel candidat » à la place de « tous les candidats ». Le sens de « sans exception » est le seul plausible.

Dans la deuxième phrase, c’est l’inverse : le sens de « n’importe quelle heure » est exclusif. « Tout » n’est pas synonyme de « toutes les heures sans exception ».

Avec la troisième phrase, « tous les dimanches » signifie « chaque dimanche » et non « n’importe quel dimanche ».

Il y a finalement des cas où « tout » est synonyme d’« en entier », d’« unique » ou de « véritable ». Voyez les phrases qui suivent.

Il a été malade toute la semaine.

Cet été, ma fille a lu tout Zola.

Pour toute réponse, il a souri.

Son voyage au Rwanda fut toute une aventure.    

Dans ces cas-là, « tout » est toujours au singulier et il n’est plus déterminant, mais plutôt adjectif qualificatif, du moins selon certains grammairiens. Vous me demanderez comment faire la différence. Je vous répondrai que ça n’a pas vraiment d’importance, puisque cela ne pose pas de difficultés d’accord. Je vais vous éviter ainsi quelques cauchemars...
TEXTE-courant:      

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.