Toujours sensible, Rachel Mwanza a pris de l'assurance depuis sa victoire aux Jutra.

TLMEP: Revenir de loin

CHRONIQUE / Il y avait quelque chose de surréaliste à entendre Rachel Mwanza, dimanche à «Tout le monde en parle». Surréaliste d'entendre cette jeune femme qui gagne désormais sa vie avec le cinéma, raconter son enfance alors qu'elle vivait dans la rue, victime d'atrocités, et qu'on lui a fait subir un exorcisme, la croyant sorcière. Sa rencontre à la fois touchante et fort sympathique avec Corneille, qui s'est reconnu en elle, a constitué un des moments forts de la soirée.

À 21 ans, la révélation du film Rebelle de Kim Nguyen, qui s'est rendue aux Oscars, est ce qu'on appelle «une vieille âme». Elle remporte notre étoile du match. Toujours sensible, elle a pris de l'assurance depuis sa victoire aux Jutra. L'actrice, une des vedettes du film Troisièmes noces, pleure en évoquant ses années à se battre, à vouloir s'en sortir. Elle a voulu retourner un mois dans son pays République démocratique du Congo, mais n'est restée que cinq jours. «Je n'ai pas été capable. J'ai été choquée [par toute cette souffrance].» Heureusement, tous ces drames n'ont pas effacé son âme d'enfant, ni sa capacité d'émerveillement. «As-tu rencontré l'amour au Québec?» a demandé Dany Turcotte. «Faut vraiment que j'en parle, là?» lui a-t-elle répondu, toute timide, appuyée par les rires du public.

Après avoir toujours écrit en solo, Corneille collabore avec son épouse Sofia de Medeiros depuis 10 ans, et a signé son dernier album, Parce qu'on aime, avec elle. Il avoue que son album en anglais était une erreur de parcours; il n'en a vendu que 600 copies au Canada, 25 000 en France et 50 000... au Japon. Alors que d'autres sont présentés comme des découvertes de Star Académie, Corneille a longtemps été présenté comme un survivant du génocide au Rwanda. «À chaque fois, ça grugeait un petit peu sur qui je suis, parce que je suis beaucoup plus que ça», plaide-t-il.

Corneille comprend la peur à l'endroit des immigrants, «inhérente à la nature humaine». Enfant, il a vu des réfugiés somaliens arriver en masse au Rwanda, entassés à la gare centrale de Kigali. «Nous n'avions pas tant d'empathie pour ces gens-là, des Noirs comme nous», se souvient-il. Mais selon lui, c'est le rôle du gouvernement d'expliquer à la population que l'immigrant ne lui enlève absolument rien. Il sourit d'entendre l'expression «immigration touristique». «Pensez-vous que quelqu'un prend sa femme, ses enfants […] parce qu'il a envie d'aller voir le zoo de Granby? [...] Quitter chez soi, c'est le dernier recours. […] Ce n'est pas un geste irréfléchi, c'est un geste de survie.» La carte du fou du roi: «Si un jour le téléphone sonne pour t'offrir le rôle principal d'une comédie musicale relatant la vie de Jacques Cartier ou de René Lévesque, raccroche!»

En début d'émission, il a été un peu question de hockey avec le joueur du Canadien, Max Domi, mais beaucoup de diabète de type 1, avec lequel le numéro 13 doit vivre depuis l'âge de 12 ans. Heureusement, son chien Orion, spécialement entraîné, détecte aussitôt si son taux de sucre n'est pas adéquat, simplement avec l'odeur de sa salive, même pendant son sommeil. Domi, qui a souligné sur les réseaux sociaux le défilé de la fierté de Toronto, est l'un des seuls joueurs de hockey à appuyer la cause gaie. «Et vous savez quoi? J'aime croire et j'espère que dans un avenir rapproché, il y aura un gai dans la LNH. […] Je serais le premier à les accueillir.»

On était loin du joueur au tempérament bouillant, qui évolue sur la glace. Ce qu'il crie à Zack Smith [des Sénateurs] lors d'un match? «Ce n'est malheureusement pas quelque chose qui se répète ici», a-t-il reconnu, ajoutant que les ennemis sur la glace vont prendre une bière après les matchs.

C'est la première fois que Patrice Godin joue un personnage aussi abject que Yanick Dubeau, qui suscite les passions dans District 31. Père de trois filles, il admet avoir été troublé en jouant ces scènes où Yanick planifiait le meurtre de Charlène Baribeau, se réveillant même la nuit, habité par son personnage. L'acteur, aussi romancier, a adopté de saines habitudes de vie depuis 10 ans, notamment en cessant de fumer. À l'époque, il lui arrivait régulièrement de faire des crises de panique. «J'avais peur de mourir, carrément.» Depuis, il est adepte d'ultra-marathons. On a vu d'horribles photos de ses pieds et de ses orteils fortement meurtris après ces longues courses. Godin s'entraîne et prend part à différentes courses avec ses collègues de District 31, Sébastien Delorme et Michel Charette, celui-ci ayant perdu une cinquantaine de livres. Dommage que Guy A. ne lui ait pas demandé si on risque de revoir son personnage pour le reste de la saison.

Une partie de l'étoile du match va certainement à Raymond St-Pierre, dont le parcours est impressionnant. Après 54 ans en journalisme, dont les 40 dernières à Radio-Canada, il prend sa retraite à contrecoeur, en raison d'une maladie rare qui l'a rendu en partie paralysé. À son arrivée, un réalisateur lui avait pourtant prédit qu'il ne ferait jamais carrière chez le diffuseur public, parce qu'il n'avait pas le bon ton radio-canadien. On lui a même fait retirer ses lunettes légendaires, qui feront ensuite sa marque de commerce.

Il se souvient des années Reagan, considéré alors comme un homme de droite mais qui passerait pour un gauchiste aujourd'hui. Images puissantes mais très difficiles de personnes amputées, victimes de mines antipersonnel lors du conflit en Angola, en 1986. Il semble comprendre Justin Trudeau vouloir se prémunir contre l'ingérence russe en vue du prochain scrutin; les autorités de ce pays ont voulu déstabiliser les alliances et ont tenté d'intervenir dans les élections en Europe, en manipulant l'information. «Les gens croient à des nouvelles étonnantes», dit-il au sujet de ce qui peut circuler sur les réseaux sociaux.

Pour être certain d'être bien compris, Alexandre Taillefer avait apporté des tableaux expliquant la débâcle de Téo Taxi. Un peu didactique pour la télé, mais quelques données parlantes. L'organisateur de la dernière campagne du Parti libéral, qui regrette son implication en politique, affirme que les investissements de la Caisse de dépôt, «ce n'est pas l'argent de l'État. Le projet a reçu 5 millions de dollars de subventions», précise-t-il, avant d'ajouter que le projet a reçu d'autres subventions auxquelles ont droit toutes les entreprises.

L'ancien dragon a fait un long plaidoyer contre la guerre des mots, qualifiant de «diffamatoires» les chroniques qui l'accusent de copinage politique. «Ça ne peut pas continuer comme ça. Faut arrêter de mettre de l'huile sur le feu. Il faut qu'on trouve comment est-ce qu'on va recoller le dialogue», dit-il, évoquant la «cyberintimidation» dont il a été victime, de même que ses proches, dans les derniers jours. «Je regarde dans le miroir, je suis capable de lever la tête», ajoute M. Taillefer, encore convaincu que le modèle de Téo Taxi aurait pu trouver la rentabilité.

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Une partie de l'étoile du match va certainement à Raymond St-Pierre, dont le parcours est impressionnant.