Le portrait devant lequel les Sherbrookois se trouvent n’est pas qu’une résultante de parti. En cumulant les votes sur les budgets des quatre dernières années, on constate que les conseillers indépendants se sont ralliés à 22 reprises aux orientations proposées par le tandem formé de Bernard-Sévigny et de Serge Paquin, alors que celles-ci n’ont été rejetées que 14 fois.

Tir groupé sur la mauvaise cible

CHRONIQUE / Quatre candidats indépendants de différents districts électoraux de Sherbrooke ont choisi de faire front commun pour mettre les Sherbrookois en garde contre la réélection d’un « maire dépensier, qui serait aveuglément suivi par les membres son parti et sans qu’on s’inquiète suffisamment de fortes hausses de taxes refilées aux contribuables ».

Tels sont les griefs que les prétendants Pierre Avard, Pascal Cyr, Paul Gingues et Pierre Tremblay ont exprimés à l’unisson devant l’hôtel de ville, mardi matin, avec la perception que la présente élection « prend des allures de référendum sur le pouvoir de dépenser ».

La « coalition des 4 P », appellation lancée spontanément en se référant aux prénoms, s’est appuyée sur une compilation de l’un des candidats à la mairie, Denis Pellerin, pour décrier la dynamique de parti instaurée par Bernard Sévigny. Sur les 100 résolutions soumises à un vote du conseil au cours du dernier mandat, seulement 19 dissidences ont été exprimées par des membres du Renouveau sherbrookois contre 269 par des conseillers indépendants, a cité le quatuor pour vendre l’autonomie.

Avant de présenter l’indépendance politique comme une vertu ou d’imputer que des blâmes au maire Sévigny ainsi qu’aux seuls membres de son parti, passons en revue les votes sur les budgets au cours du dernier mandat puisqu’ils sont ceux qui ont eu le plus d’incidence sur la gestion municipale et sur nos comptes de taxes.

Rappelons qu’outre le maire Bernard Sévigny, le dernier conseil municipal était constitué de neuf conseillers de son parti et autant d’indépendants. Or, une seule voix a été discordante lors de l’adoption du budget 2014, celle d’Hélène Dauphinais.

Mme Dauphinais a également refusé d’endosser le budget 2015 et bien que Jean-François Rouleau, Annie Godbout et Julien Lachance aient joint cette année-là les rangs des dissidents, les voix de cinq autres non alignés se sont ajoutées à celles des représentants du Renouveau sherbrookois pour entériner les choix budgétaires.

Le résultat a été identique l’année suivante. Hormis le fait que Pierre Tardif ait remplacé son collègue Lachance dans le camp des insatisfaits, une majorité d’indépendants a endossé les orientations proposées. Le budget 2017 a été le seul vote d’exception au terme duquel plus de conseillers indépendants se sont retrouvés du côté des opposants (5) que dans le camp des adhérents (4).

Le cumul des votes sur quatre ans révèle cependant que les budgets largement influencés par le maire Bernard-Sévigny et son bras droit Serge Paquin ont été endossés à 22 reprises et rejetés seulement 14 fois par des conseillers municipaux indépendants.

« Il y a des indépendants de circonstance et des indépendants d’esprit qui, dans mon livre, sont beaucoup plus fiables. C’est bien différent. Là où les indépendants ont cependant échoué, c’est dans la formation de coalitions ponctuelles pour défendre une vision commune. De cela, j’en ai été témoin en coulisses plus d’une fois », analyse Pascal Cyr.

« Les conseillers indépendants siégeant sur les comités stratégiques, notamment l’exécutif, ont des intérêts financiers à se rallier au maire. Pour nous, c’est clair que ça vient enlever leur indépendance. C’est comme ça que le maire a réussi à casser la force que les indépendants auraient pu avoir », croit quant à lui Pierre Avard.

Jolie pelure de banane lancée sous les pieds de Chantal L’Espérance et de Rémi Demers qui, sans être ouvertement montrés du doigt, sont clairement visés par cette insinuation.

Le quatuor coupe cependant court au procès d’intention.

« Nous voulons recadrer le débat sur ce que sont les priorités des citoyens, les hausses de taxes. Certains de nos gouvernants semblent avoir perdu ça de vue », glisse dans la conversation Pierre Tremblay.

« C’est n’importe quoi et il y a beaucoup de tape-à-l’œil dans ce qu’on essaie de nous vendre, en particulier avec Well Inc.  C’est très opaque et quant à moi, c’est là-dessus qu’un certain nombre de conseillers indépendants ont manqué à leurs obligations », ajoute Paul Gingues.

La politique est une partie d’échecs au cours de laquelle les répliques aux stratégies d’un adversaire doivent être calculées à l’avance et les conseillers indépendants sont loin d’avoir été des maîtres en la matière, ont fini par admettre les 4 P.

Mauvaise cible ou pas, ces derniers ont retiré de cette frappe concertée une visibilité qu’ils n’auraient pas obtenue autrement. Ces candidats savent également que le rejet des partis municipaux est un argument auquel les électeurs sont sensibles. Je l’entends régulièrement. D’où leur intérêt à propager le doute.

Le maire Sévigny a-t-il d’autre part livré des résultats à la hauteur de ce qu’ils promettaient en insistant pour que les électeurs lui accordent une majorité de sièges, il y a quatre ans? C’est également sous cet angle que la raison d’être du Renouveau sherbrookois est susceptible d’être remise en cause d’ici le scrutin du 5 novembre.