Les trois magasins de cannabis d’Ottawa qui ont ouvert leurs portes lundi s’affichent presque uniquement en anglais.

«The Pot Shop» (2)

Mettons que vous vendez du pot. Que vous avez gagné la « loterie ontarienne », que vous avez obtenu une licence d’exploitation pour un magasin de cannabis et que votre boutique se trouve à Ottawa.

Vous étudiez votre marché et vous vous rendez compte qu’un grand nombre de francophones habitent Ottawa et la grande région de la capitale nationale. La gang de Francos de l’Est ontarien, c’est à Ottawa qu’ils se rendront pour se procurer du cannabis. Il n’y a pas de boutique de pot à Casselman, à Embrun, à Clarence-Rockland, à Plantagenet ou ailleurs dans cette immense région majoritairement francophone que sont les Comtés unis de Prescott et Russell.

Vous avez donc comme clients potentiels les francophones d’Ottawa, ceux de l’Est ontarien, et — pour mettre la cerise sur le sundae — vous avez aussi tous ces Gatinois qui traverseront le pont pour se rendre à votre boutique parce qu’il n’y a toujours pas de magasin de cannabis du côté québécois de la rivière.

Mettons tout ça. Question pour vous :

« Est-ce que vous vous assureriez d’avoir un affichage bilingue dans votre boutique ? Et est-ce que vous embaucheriez des gens bilingues pour travailler dans votre commerce ?

La réponse évidente à ces deux questions est : «oui». «Bien sûr.» «Cela va de soi.» «Of course.» «Duh…»

Mais ce n’est pas le cas.

Les trois magasins de cannabis d’Ottawa qui ont ouvert leurs portes lundi s’affichent presque uniquement en anglais. La très, très grande majorité des employés sont unilingues anglophones. Et toute l’information en magasin sur le cannabis et sur les produits disponibles est en anglais.

Cherchez l’erreur.

Le Droit a demandé à la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (CAJO) pourquoi le français est si peu présent, voire invisible, dans les magasins de vente de cannabis qu’elle chapeaute.

Voici la réponse obtenue :

«En vertu de la Loi sur les licences liées au cannabis, il n’existe aucune exigence linguistique concernant l’affichage ou les services dans les magasins de vente au détail de cannabis autorisés. Cependant, les magasins doivent afficher leur sceau officiel à l’intention des détaillants de cannabis de l’Ontario dans un endroit bien en vue. Ils peuvent afficher le sceau dans sa version française, anglaise ou les deux. Partout en Ontario, les clients peuvent être servis en anglais et en français sur le site Web de la Société ontarienne du cannabis (ocs.ca).»

La belle affaire, n’est-ce pas ? Si les trois magasins de vente au détail autorisés d’Ottawa n’offrent pas de services et d’affichage en français, c’est parce qu’ils ne sont pas obligés de le faire. Point à la ligne. L’Ontario n’a pas imposé d’exigences linguistiques en élaborant sa Loi sur les licences liées au cannabis.

Elle aurait pu le faire. Un peu comme la Commission de la capitale nationale (CCN) oblige les commerces qui louent un espace d’elle à offrir des services bilingues et de respecter la Loi sur les langues officielles. L’Ontario aurait pu imiter la CCN et demander aux détenteurs de licence d’exploitation de respecter la Loi sur les services en français (la Loi 8). Elle aurait dû le faire.

Mais non. «Si vous, les Franco-Ontariens, tenez tellement à vous faire servir dans votre langue, allez magasiner en ligne», nous répond-on à la CAJO. Plutôt insultant comme réponse.

Il ne reste donc qu’une chose à faire : déposer une plainte auprès du Commissariat aux services en français de l’Ontario.

Ah oui, c’est vrai, j’oubliais…