Les plants de cannabis que les trafiquants n’utilisent que très partiellement pour la vente de stupéfiants et que les policiers détruisent systématiquement lors de saisies seront entièrement valorisés par les entreprises, qui en feront bientôt une culture légalisée et encadrée.

Sur le nuage du cannabis

CHRONIQUE / Des centaines de milliards de dollars de ventes canadiennes et plus de 75 % de nos exportations québécoises sont toujours pris en serre dans l’intransigeance de Donald Trump malgré les négociations intenses de la dernière semaine à Montréal. « Chaque minute qui passe, 1,4 million $ en biens et services traverse la frontière canado-américaine », illustre le ministère de l’Économie du Québec pour décrire l’enjeu.

Par chance, la légalisation de la marijuana calme nos appréhensions et nous offre même quelques moments d’euphorie. Bien qu’inscrite dans le registre des entreprises du Québec depuis à peine huit mois, la compagnie CannaSher est déjà prête à libeller un chèque à la Ville pour un terrain de 350 000 pieds carrés dans le parc scientifique de Sherbrooke, où doit se concrétiser avec empressement un projet de 27 M$.

« Nous avons demandé à bénéficier de l’exemption fiscale de 10 ans accordée aux nouvelles entreprises, rien de plus. Le prix que nous offrons est très correct », a soutenu cette semaine son vice-président Yvan Vanier.

Nous serons à même d’en juger au moment où les élus se prononceront sur la transaction, mais les entreprises ont l’habitude de négocier plus serré. Même après avoir uniformisé le prix de ses terrains industriels pour les rendre plus concurrentiels, Sherbrooke a dû consentir un rabais additionnel de 15 % à la multinationale française Soprema pour recevoir sa première usine de panneaux isolants dans le parc régional.

Société entièrement privée, CannaSher n’aura de comptes à rendre qu’à ses bailleurs de bonds. Ce n’est pas le cas de MYM Neutraceuticals (MYM), l’entreprise de Vancouver qui a délégué ses représentants cette semaine à un déjeuner de la Chambre de commerce de Sherbrooke. Celle-ci est cotée en bourse et son action flotte entre 3 et 4 $ depuis le début de l’année.

Voici ce qu’en disait Mario Lamoureux, président et fondateur du site Bourse101.com, sur lequel il a publié en juillet un palmarès des « 12 meilleurs titres de cannabis au Canada pour l’investisseur en bourse ».

« Bien que cette société ait annoncé des serres de 200 M$ à Weedon, il est impossible de trouver les chiffres des ventes actuelles ainsi que le financement récent. Le rapport de Reuters et de TMX indique 0 $ partout pour la liquidité (?!?) ».
M. Lamoureux plaçait alors MYM au 12e rang dans son classement.

« C’est une compagnie qui présente un certain potentiel et il faut reconnaître que nous sommes dans une industrie naissante, très évolutive et qui est donc très spéculative. Comme ce fut le cas pour l’internet au tournant des années 2000. Toutes les prétendantes nous disent qu’elles ont une mine d’or, mais peu d’entre elles sont capables de nous présenter des données financières », ajoute en entrevue le blogueur spécialisé.

Le résumé exécutif 2018 de MYM remis aux participants cette semaine à Sherbrooke était riche de projections et d’anticipation, mais effectivement maigre de résultats.

Entre prévoir et produire pour vendre, un milliard de dollars ont été égarés en chemin par Magnola à Asbestos pour exploiter le filon de magnésium de nos résidus d’amiante. Le potentiel n’a pas disparu avec l’usine démantelée, mais une fois de plus ce sont les résultats de la commercialisation qui fixeront la valeur de la technologie de la deuxième chance sur les marchés.  

« C’est la même chose avec le cannabis, il faut lancer vers le panier pour espérer marquer des points », image Mario Lamoureux.

Pas besoin de double dose sur le café pour rester éveillé et intéressé durant une conférence matinale d’Antonio Bramante, qui vous marie un site touristique et centre de recherche avec du sérieux et de l’anecdotique.

« Saviez-vous que la déclaration d’Indépendance des États-Unis a été signée sur du papier de chanvre? » a-t-il lancé aux gens d’affaires, qui sont restés bouche bée.

Ça nous prend au plus vite une caisse de papier de chanvre pour imprimer « la version trumpienne » de l’ALÉNA, ai-je noté dans mon calepin. Forçons les Américains à nous dévoiler dès maintenant l’entourloupette commerciale qu’ils nous réservent après l’inéquité des machines à laver!

Le conférencier a provoqué certains éclats de rire en affirmant que les dirigeants de MYM sont des gens « qui ont un bon cœur ».  

« J’ai demandé aux autres personnes de ma table : a-t-il vraiment dit que ses patrons avaient un bunker? Ce n’est évidemment pas le cas. C’est le fort accent italien de M. Bramante qui nous a confondus », a badiné le président de l’UPA de l’Estrie, François Bourassa, qui a trouvé ce cours de « culture de cannabis 101 » utile.

« Les multiples débouchés dont on nous a parlé sont attrayants. Qu’on véhicule par contre que la culture du cannabis pourrait nous rapporter 1000 $ l’acre au lieu d’à peine 100 $ l’acre avec le maïs ne tient pas compte des exigences de sécurité, alors qu’il faudrait transformer des centaines d’hectares en enclos clôturés. Ce volet n’est pas réaliste », retient le représentant du milieu agricole.

« Je sors d’ici avec des curiosités. Que le chanvre puisse être un substitut à la pétrochimie, c’est une bonne piste pour nos entreprises et nos chercheurs », commente le directeur de la firme Deloitte, Éric Grondin, qui a le mandat des promoteurs de produire une étude d’impacts économiques.

« Il faudrait être aveugles et sourds pour ne pas entendre les multiples possibilités sur le plan social, économique et environnemental, qui collent en plus aux principes de développement durable. Même pour le tourisme, si on travaille en partenariat, ce sont des débouchés qui peuvent être rassembleurs », m’a répondu en quittant la salle la présidente du comité exécutif de Sherbrooke, Nicole Bergeron.

On vient de trouver la vocation de l’ancien bunker des Hells : on le transforme en musée pour marquer la rupture avec le passé!

Le potentiel du cannabis serait tel qu’il réduit pratiquement le projet Well inc. à un échantillon de bière de dégustation de la microbrasserie Siboire. Dans le survol et les prévisions pour l’Estrie que les très sérieux économistes de Desjardins ont publiés le mois dernier, le Quartier de l’entrepreneuriat est présenté comme un projet d’investissement important pour 2018, mais on ne retrouve pas la moindre allusion à l’émergence de la marijuana. Pas un mot, pas un chiffre, même pas un filet de boucane. Rien.

Prochain blitz de persuasion : les assemblées générales des caisses!