J’ai déjà hâte aux premiers flocons pour subir mon test de quotient intellectuel sur la politique plus permissive de la Ville de Sherbrooke concernant le stationnement de nuit.

Souffler les réticences

CHRONIQUE / Dans la grisaille du printemps, c’est une nouvelle sans éclat. À l’échelle du temps, il s’agit pourtant d’une avancée majeure : les Sherbrookois auraient finalement atteint un niveau d’intelligence suffisant pour gérer le stationnement de nuit de manière moins restrictive sans compromettre l’efficacité du déneigement.

Jugeant le risque de délinquance assumable, la Ville limitera dorénavant les interdictions aux seules nuits pendant lesquelles ses équipes déblaieront les rues ou procéderont à des travaux de tassement et de ramassage de la neige.

J’ai déjà hâte à l’hiver. Je suis impatient de subir mon premier test de quotient!

Il vaut mieux rire que pleurer des 20 années d’hésitation et de tergiversations qui ont été nécessaires pour admettre cette évidence. La saga des panneaux de signalisation, en 2006, avait envoyé le premier signal d’une nécessaire remise en question. Un juge avait alors annulé la contravention d’un automobiliste pour un stationnement prohibé de nuit.

Ce magistrat avait conclu que la Ville ne pouvait présumer que tous connaissaient ses règlements et que le nombre de panneaux était insuffisant pour remplir cette obligation. La solution n’allait quand même pas être de doubler ou de tripler le nombre de poteaux et d’écriteaux.

Même si des villes comme Drummondville ont opté pour l’assouplissement réglementaire, les gestionnaires sherbrookois sont restés frileux même avec le projet-pilote des deux dernières années en conservant le pouvoir de décréter les soirées d’exception au règlement appliqué du 15 novembre au 31 mars.

Peu enneigé, le dernier hiver a démontré une fois de plus que ce cadre légal était dépassé.

Dorénavant, il incombera à chaque citoyen de vérifier si le stationnement est permis ou pas durant la nuit, en se référant au système téléphonique qui sera mis à jour sur une base quotidienne, en consultant le site Web de la Ville ou encore en misant sur des outils interactifs simples d’utilisation.

Tous n’évoluent pas au même rythme dans la maîtrise des nouvelles technologies. Mais rares sont celles et ceux qui s’en plaignent, une fois devenus familiers avec des moyens rapides et efficaces pour répondre à des besoins courants.

La Ville recense actuellement 16 412 utilisateurs de l’application B-Citi via laquelle des alertes municipales seront acheminées et qui permet également d’acquitter les frais des parcomètres ou d’en prolonger la période d’utilisation. Ce nombre augmente à une cadence de 25 nouveaux adhérents par jour depuis le début de 2018 et je suis de ceux qui viennent de joindre le cercle des usagers pour appuyer la décision du conseil, qui souffle ainsi une politique beaucoup trop conservatrice.

Au même titre que toutes les autres infrastructures municipales, les rues sont des actifs collectifs dont il faut maximiser l’utilisation et non la restreindre. Les casse-tête de gestion peuvent être résolus autrement.

Ce changement s’inscrit dans le même courant d’innovation que celui que la Société de transport de Sherbrooke propose à ses usagers, que la gestion des stationnements municipaux, l’informatisation des dossiers de la Cour municipale, etc. C’est un signe de modernité.

Bien sûr, comme pour le reste, il y aura une période d’ajustement, d’adaptation et de compréhension. Afin de prévenir une bordée de remorquages et de plaintes, la Ville devra déployer un bon plan de communication avec un rappel des changements lorsque se pointeront le froid et la neige cet automne.

À entendre les plus inquiets du temps où Sherbrooke offrait un service de luxe pour la collecte des ordures ménagères — les éboueurs venaient chercher nos déchets en fond de cour — rouler un bac jusqu’à la rue allait être l’enfer un jour de tempête pour les personnes âgées.

À l’usage, il s’avère que ce sont souvent des aînés qui ont comme passe-temps de déneiger leur cour trois fois avant qu’un premier coup de gratte soit donné dans la rue.

Si la formule fonctionne ailleurs, les automobilistes sans cases réservées, les amis ou la parenté devraient réussir à s’y adapter également dans la ville innovante que Sherbrooke prétend être.