SHERBROOKE

Question(s) de transparence

CHRONIQUE / La transparence. Le genre de truc dont on entend parler, mais dont on se demande un peu à quoi ça peut ressembler. Savez, un peu comme une aura. Ou le paradis. C’est flou, et nécessairement, ça fait un peu appel à l’imagination.

Mais ne prenons pas de chance, laissons ici l’imagination de côté pour faire place au Larousse. Transparence : parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique.

Bien sûr, on se demandera ici ce qui est du domaine de l’opinion publique. En fait, ce sont souvent des responsables des communications (certains, pas tous) qui poseront la question, habituellement lorsque celle que l’on soulève les met un peu dans l’embarras, eux ou les gens qu’ils représentent. Tradition de plus en plus ancrée également, compléter leur énoncé par « Vous autres les médias… »

Le travail des médias et des journalistes, chères gens des communications, on vous le rappelle, est d’informer la population, de fournir aux citoyens l’information dont ils ont besoin afin de jouer leur rôle dans une société complexe où les enjeux sont nombreux.

Ceci dit, entendons-nous pour mettre la chose politique dans la catégorie du « domaine de l’opinion publique », comme on le ferait avec la gestion des institutions et services de la santé ou de l’éducation.

Ainsi, quand l’entourage d’un maire et, du coup, ledit maire, décident de ne pas faire face à des questions, que ce soit dans un point de presse qu’ils ont eux-mêmes organisé ou dans le cours normal de leurs activités, ce n’est pas aux médias qu’ils refusent de répondre, c’est à cette même population, à ces mêmes citoyens.

Le maire et son entourage refusent ainsi de dévoiler plusieurs informations aux Sherbrookois. Qu’en est-il précisément de la demande du maire à son chef de cabinet concernant la conseillère Évelyne Beaudin? Quelle est la teneur de l’entente entre le maire Lussier et Daniel Bergeron? Comment est-elle survenue? Y a-t-il compensation financière? Si oui, on parle de quelle somme? Tirée de quel budget? Et parlant de budget, la convocation expédiée aux médias pour la conférence de presse de dimanche a été acheminée par un cabinet d’avocats indépendant, idem pour le communiqué qui a suivi, et non par le service des communications de la Ville : de quel budget seront tirés ces argents? De celui du maire? De la poche même de Steve Lussier?

Ces questions, le maire et son ex-chef de cabinet les ont repoussées dimanche du revers de la main et de la transparence. Ils n’ont pas voulu répondre aux médias, et du coup, ils n’ont pas jugé pertinent d’informer la population.

Parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique?

Pas tant, non.

On devine ici que le maire Lussier, par inexpérience, par naïveté ou par manque de jugement, s’est placé dans une situation pour le moins difficile et compromettante. On ne jure pas être dans le droit chemin un jour pour s’excuser bien platement moins d’une semaine plus tard, à moins d’avoir eu sous le nez un truc d’une odeur franchement désagréable, voire désagréablement menaçante.

Aujourd’hui, le maire Lussier aura à s’expliquer à ses collègues du conseil municipal, dont plusieurs l’appelleront à davantage de prudence, de clairvoyance, et espérons-le, de transparence. On l’invitera aussi sans aucun doute, à s’entourer de gens de confiance qui partageront les valeurs de transparence et d’harmonie sur lesquelles il a bâti sa campagne électorale et sa surprenante victoire.

C’est un exercice que la population saura aussi apprécier.

Sonia Bolduc

L’art de ne pas se démoder

CHRONIQUE / Comme ça, il y a encore quelque part dans le fin fond de la boîte à bois quelques petits préjugés pognés en paquet au sujet des salons des métiers d’art ? Ça sonne le vieux ? Le passé date ? L’ancien temps ? Ah ah. Il est temps que tu te mettes à la page mon ami.

On est loin de la nuisette à boîtes de mouchoirs en phentex, je le précise d’emblée, et ceci étant dit avec tout l’amour du monde pour les couvre-boîtes de papier mouchoir.

Petite visite mardi au Centre de foires, où ça fourmillait joyeusement dans les 60 kiosques du Salon qui lance aujourd’hui sa 28e édition, un exploit en soi à une époque d’achat en ligne et du prêt-à-jeter fabriqué à l’autre bout du monde qu’on rêvera de remplacer à peine l’aura-t-on acheté.

Ça fourmillait donc joyeusement, disait-on, les artisans et leur garde rapprochée s’employant à convertir chaque petit espace de contreplaqué en lieu de rencontres chaleureux et invitant pour mettre en lumière non seulement leurs réalisations, mais aussi cette passion qui les anime. Qui les anime suffisamment pour avoir décidé de vivre de cette passion, de ce talent, de ce besoin de créer du beau et du bon avec leurs mains et leur imagination.

« Ce n’est pas parce que tu bricoles à la maison que ça devient un métier d’art, rappelle la présidente de la Corporation des métiers d’art du Québec en Estrie, Diane Ferland.

« Les artisans qui se retrouvent dans les salons des métiers d’art du Québec sont des professionnels, il est temps qu’ils soient reconnus comme tels, poursuit encore Diane Ferland. On trouve normal quand on va chez le fleuriste de payer en fonction d’un salaire, de services et de frais à payer. C’est la même chose pour un artisan ou un métier. C’est un métier, il gagne sa vie ainsi, on doit y associer une notion de revenus. »

Elle dit ça, Diane Ferland, parce qu’elle entend souvent les gens s’étonner du prix de certaines pièces qui se retrouvent en kiosques du Salon ou sur les étals de la boutique de la Corporation, rue Frontenac au centre-ville de Sherbrooke. Payer quelques dizaines ou une centaine de dollars pour un bijou, une pièce de céramique ou une lampe fabriqués par un artisan quand on peut s’offrir pour une poignée de change une babiole made in n’importe où fait par des jeunes à presque pas de salaire, c’est sûr que ce n’est pas la même affaire. Dans l’éthique, déjà, on ne va pas se faire de dessin là-dessus, mais aussi dans la valeur réelle de l’objet, du geste derrière l’objet, de la personne à l’origine du geste.

« On s’offre alors un plaisir qui est durable dans le temps, assure Diane Ferland. Quinze ans après l’achat, l’objet nous procure encore autant de plaisir, de satisfaction. C’est même un objet que l’on peut léguer, que nos enfants et petits-enfants voudront recevoir et posséder à leur tour. »

Je ne ferai pas ici avec vous le tour des 60 kiosques du Salon version 2018, je vous laisse le plaisir de la découverte, mais la fille de bois en moi fait dire que vous ne pourrez pas manquer à l’entrée les kiosques presque côte à côte de Ghislain Rattelade et de Gilles McInnis, deux ébénistes de feu dont les créations vous convaincront de jeter au feu pas mal tous vos préjugés sur les salons des métiers d’art.

Et si jamais il vous en reste après être passé par là (ça n’arrivera pas), sachez qu’on a créé en grande première cette année l’Avenue de la mode où une bonne demi-douzaine de mannequins sur pied ont été habillées par des créateurs du Salon, André Dufour et France Ménard pour ne pas les nommer.

Ça sonne vieux ? Passé date ? Ancien temps ?

Non, ça sonne très tendance. Mais de ces tendances qui durent dans le temps, comme le Salon.

Le Salon des métiers d’art débute ce mercredi 29 novembre et prendra fin dimanche 3 décembre.

Sonia Bolduc

Emprisonnée dans les glaces... pour libérer la création

CHRONIQUE / Il y a quelques flocons ici et là, il ne fait pas réellement froid, mais c’est un peu cru, autant sur le béton du centre-ville sherbrookois que dans l’atelier de Deborah Davis situé à l’étage de La Fabrique, cet espace de création installé dans les anciens locaux du Service de police de Sherbrooke, rue Marquette.

« Il fait froid, hein? » me lance Deborah en me faisant promettre de lui dire si c’est trop, le cas échéant elle ira préparer de la tisane.

Mais dans le même souffle, elle m’avoue tout de go que la température risque d’être pas mal plus froide que ça, en mars, dans la région d’Akunaaq, au Groenland, où elle passera le mois de mars en résidence artistique.

Oui, en résidence artistique.

Sur un bateau délibérément emprisonné dans les glaces, entouré de neige. Près du 69e parallèle nord. Dans une petite baie à l’écart du village d’Akunaaq. Avec trois autres artistes, un chercheur, deux membres d’équipage.

Une résidence non seulement artistique, mais complètement arctique.

C’est à la deuxième édition d’Artistes en Arctique que Deborah Davis prendra ainsi part dans quelques mois à bord du Manguier, un ancien remorqueur de la marine à bord duquel son capitaine de propriétaire Philippe Hercher a décidé, pendant l’hiver arctique, d’inviter quelques artistes. Deux groupes se sont succédé l’an dernier, il en sera de même cette année.

En janvier, quatre Européens seront là, en pleine nuit polaire, pendant un mois complet. Début mars, lorsque Deborah arrivera à son tour avec trois Français, la photographe Férial, l’auteure-compositrice-interprète Cora Laba et le réalisateur Rémi Mazet, on passera lentement de la grande nuit au grand jour.

« Je m’en vais pour un projet de création complètement différent, confie celle qui a longtemps proposé de très grands formats de peinture et de techniques mixtes, et qui le fait encore souvent, mais qui a, au cours des dernières années, travaillé davantage la gravure et des œuvres plus petites.

« On est restreint dans les bagages, je pars donc avec un journal de bord et de l’équipement pour faire différents dessins et techniques mixtes. J’espère surtout revenir avec des plaques de gravures. Beaucoup de plaques de gravure. Mais je ne veux pas trop penser ici à ce que je vais faire là-bas. Je veux me laisser inspirer non seulement des paysages et de l’atmosphère, du contexte aussi de la fonte des glaces et des problèmes environnementaux, mais surtout des rencontres. Peu importe où je suis, ce sont les rencontres qui importent. »

Être. s., c’est le nom du projet de la Sherbrookoise pour l’instant. Mais au cœur de son processus de préparation et de création, elle désire la même souplesse.

« Je me donne un cadre avec l’Arctique, les contes de l’enfance et l’intégration éventuelle de contes groenlandais, mais ça demeure très flexible selon le déroulement de la résidence. »

Ils étaient quelque 200 à avoir envoyé leur dossier pour Artistes en Arctique. On a filtré un peu, relancé les candidats : « Si vous pensez ne pas être capables de vivre ça jusqu’au bout, dites-le! »

Un mois sur Le Manguier emprisonné dans les glaces au grand froid à quelques kilomètres de la côte, c’est en effet la proximité, beaucoup d’intimité et peu d’espace à partager, l’économie de l’eau et de la nourriture, l’accomplissement de quelques tâches quotidiennes, certains besoins qui se font dans la nature. On dort tous dans des chambrettes en cale à des mercures oscillant entre 0 et 5 degrés, puis on partage l’espace de vie et de création un peu plus haut, dans le un peu plus chaud aussi, entre 15 et 20 degrés grâce au poêle central.

« Ce que j’en comprends, la journée débute lentement, on se répartit les tâches du quotidien comme le ménage ou la préparation du pain, un peu comme des quarts de travail, puis en après-midi et en soirée, c’est vraiment l’espace création, raconte Deborah qui a échangé avec des participants de la première édition en plus de multiplier les lectures.

Parce que Deborah le répète : dès le dépôt de sa candidature, elle savait qu’elle serait du voyage. « Je n’ai jamais douté, je savais que c’était pour moi », insiste celle qui, depuis quelques années déjà, a placé animaux et paysages nordiques au cœur de ses techniques multiples.

Davis sera ainsi la seule artiste non européenne de la cohorte 2018, qui sera par ailleurs aussi accompagnée du chercheur Arnaud Rey, qui suivra sur une base quotidienne les progressions des différents niveaux de langage des artistes.

« Ça fait quand même un peu peur cette idée de se retrouver avec des inconnus dans un lieu très confiné, loin de tout. Mais j’imagine qu’on devrait s’endurer ou trouver une façon de gérer les tensions au besoin », s’amuse un peu celle qui a déjà beaucoup voyagé sur différents continents et qui s’avoue fascinée par la nordicité.

« Je vais être servie. »

Pour le froid aussi. Il va se boire de la tisane.

Deborah Davis a, pour ce faire, lancé une campagne de financement par le biais de La Ruche Estrie. Pour atteindre son objectif de 12 000 $, la peintre et graveure propose des œuvres créées sur place ou à son retour en contrepartie de sommes variant entre 60 $ et 5000 $. On obtiendra plus d’information en visitant le site.

Sonia Bolduc

Ces gens qui nous nourrissent

CHRONIQUE / Je vous ai déjà parlé du ketchup aux fruits de ma grand-mère? Non? C’était malade. Y a plein de choses qui me manquent de ma grand-mère depuis qu’elle n’est plus là, son ketchup aux fruits en fait partie. Est-ce que c’était le meilleur ketchup au monde? Je ne sais pas, je n’ai pas tant d’expertise en ketchup, mais c’était assurément mon préféré, because la personne qui le concoctait avec amour, tout près.

C’est un peu ça aussi avec l’agneau de mes voisins, le fromage de Maurice, de Marie-Chantal et de Simon-Pierre, la cheddar et pomme des Gars de la saucisse, le sucre à la crème de Marie-Claude, la bière de Ti-Mat, les beignets de la Desserte et les cornets de Lolo. Quand quelqu’un que tu aimes fait quelque chose que tu aimes, ça fait beaucoup d’amour. C’est ce que tu veux, ce qui te fait plaisir.

Y a un peu de ça derrière la nouvelle initiative du Conseil de l’industrie bioalimentaire de l’Estrie (CIBLE), créer un lien additionnel entre les Créateurs de saveurs des Cantons-de-l’Est, ces gens qui inventent du bon, et vous, les gens qui aiment le bon. Les gens qui aiment le bon, et qui tant qu’à faire, vont préférer le bon d’ici, fait de produits d’ici, transformés ici, par des gens qui habitent ici, des voisins, des belles-sœurs, des oncles, des neveux et des grands-mères qui sont aussi des producteurs chevronnés.

On s’est donc dit chez CIBLE et chez les épiciers IGA de Saint-Élie et de Cookshire qu’on allait vous les présenter, ces créateurs, créer un lien entre eux et vous. Au centre du projet pilote lancé hier dans ces deux épiceries de la région, 19 producteurs tout sourire, que l’on reconnaîtra sur de petites affiches installées près de leurs produits en magasin. Ici, pas très loin des tartes au sucre, Richard Duquette de la pâtisserie du même nom. Là, devant l’étal de terrines et de rillettes, Sandra Fontaine de Ducs de Montrichard, artisans du canard.

« Les produits locaux sont faits par des voisins, des gens de la communauté, on aime les avoir en magasin, explique Éric Bouchard du IGA Saint-Élie. Ce nouvel affichage, ça permet de les identifier, d’expliquer le produit, de lui donner une identité et un visage humain. »

Il y a un humain derrière chaque produit que l’on consomme, note dans le même souffle Sandra Fontaine de Ducs de Montrichard. Quand on connaît ces humains, c’est un lien de plus avec le produit. C’est un peu acheter ce que nous sommes. »

Et ce ne sont pas que de belles paroles. Ça fait quelques années déjà que les Créateurs de saveurs gagnent les tablettes des épiceries de la région, avec plus ou moins de succès il est vrai selon les bannières. Et ça fait plus longtemps encore que les consommateurs sont en quête de leurs produits locaux lorsqu’ils se retrouvent derrière leur panier d’épicerie. Souvent on trouve, à certains endroits on cherche plus qu’on trouve, des fois on demande, les réponses ne sont pas toujours claires, mais on demande, on redemande et on redemande encore.

Du local, épicier, encore plus de local s’il-vous-plaît, à vous et vos maisons-mères. Offrez-nous encore davantage de local, puisqu’il nous plaît.

Il nous plaît de manger fruits et légumes qui n’ont pas parcouru 3000 kilomètres et qui ne vont pas se décomposer dans le sac pendant le trajet entre l’épicerie et la maison, il nous plaît que le pâtissier, le boulanger ou le fromager fasse travailler les gens de sa communauté, que le lait de Massawippi, Hatley et Ayer’s Cliff se retrouve dans La Pinte, que les pommes du coin ne tombent jamais trop loin de l’arbre.

Alors voilà, dorénavant, chez IGA de Saint-Élie et de Cookshire, ailleurs éventuellement, vous pourrez dénicher les sourires des producteurs d’ici, faire le lien entre leurs binettes et leurs produits. On appellera ça, si le cœur vous en dit, mettre un visage sur ce qui nous nourrit. Une bonne idée, n’est-il pas?

Et si jamais vous tombez sur un ketchup aux fruits de malade, faites-moi signe, je vous en prie.