Sagesse marocaine

CHRONIQUE / J'écoutais hier soir le réalisateur Nour-Eddine Lakhmari nous raconter le Maroc, sa minorité religieuse qui crie plus fort que la majorité et capte ainsi l'attention de tout l'Occident, cette peur de la femme libre par qui passe inévitablement le progrès, sa conviction que l'art et la culture sont au coeur de la vie.
Vous connaissez Lakhmari? Marocain, il vit en Norvège depuis deux décennies, mais il fait du cinéma marocain, mais vraiment marocain, répétait hier après la présentation de Zéro un jeune homme qui a grandi au Maroc au cours des deux dernières décennies. « Votre cinéma, c'est le vrai Maroc, pas celui idéalisé du tourisme, du tout beau et du tout propre. »
Un Maroc de violence domestique et quotidienne, de corruption organisée, de miséreux qui errent et dorment dans les rues, d'hommes brisés qui cherchent à fuir leur réalité, de femmes qui pleurent. C'est le même Maroc que vous pourriez voir ce soir dans Casanegra, sélection marocaine aux Oscars de 2010.
C'est surtout le même Maroc qu'on ne connaît pas si on n'a pas accès à ce cinéma, à ces rencontres, à ces échanges.
C'est le Maroc dont le Festival Cinéma du monde ouvre les portes avec tous ces plongeons dans le quotidien et la fantaisie de l'étranger.
La Ville de Sherbrooke et le Festival Cinéma du monde viennent de s'entendre pour trois années encore. On ne parle pas d'un budget très important, c'est un peu en-deça de 50 000 $ par année, ça semble même incroyable de pouvoir tenir à Sherbrooke un événement de ce calibre et de cette qualité avec si peu de petit change en poche.
Mais bon, ce qui importe, c'est que la Ville et les différents palliers de gouvernements soient là.
À long terme, de façon récurrente.
Parce que le cinéma, l'art, l'économie, la culture, la vitalité, le rayonnement, la rencontre, l'éducation, la compréhension.
Parce que dans cette ville, dans cette vie, à cette époque, ce festival est un lieu de rencontre et de vivre-ensemble qui vaut sans doute bien des commissions, des assemblées publiques, des campagnes de pub et des activités de sensibilisation.
Je disais donc que j'écoutais hier soir le réalisateur Nour-Eddine Lakhmari nous raconter le Maroc, mais j'avais en fait cette conviction profonde qu'il nous racontait le monde.
Puis pour me donner raison (une fois encore) il a ajouté, à propos du Maroc, mais ça s'adapte pas mal à un paquet d'ailleurs et d'ici, « C'est une société qui se développe, qui s'ouvre, mais ça prend du temps. Ça prend du temps, mais on ne peut arrêter le progrès et la liberté. »
Profitez bien de ces deux derniers jours de Festival.