Fondé en 1984, le Centre de services éducatifs populaires du Haut-Saint-François cherche une relève à ses deux cofondateurs, Robert Cyr et Édith Cournoyer, qui prennent leur retraite à la fin de la présente année scolaire.

Reprendre le flambeau et les valeurs

CHRONIQUE / Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne me souviens pas par coeur de la formule de Pi. En début de semaine, dans le local du Centre de services éducatifs populaires du Haut-Saint-François, l'une des élèves a soulevé le fait qu'elle ne savait pas comment calculer la circonférence d'un cercle. L'une de ses voisines lui a dit qu'ils allaient voir ça plus tard, en même temps que le Pi, « c'est ce que Édith a dit. »
Édith, c'est Édith Cournoyer. Depuis 1984, elle enseigne entre autres choses la lecture, l'écriture, le calcul et l'informatique aux jeunes adultes qui viennent se reconnecter au CSEP situé à East Angus.
Ces élèves, ce sont souvent des adultes, jeunes ou moins jeunes, pour qui le parcours scolaire traditionnel n'était pas le mieux adapté ou pour qui la vie n'est pas nécessairement ce qu'on appellerait un long fleuve tranquille. Chacun a son bout d'histoire derrière lui, chacun a ses espoirs devant lui. Le CSEP, c'est souvent la première station d'un chemin peut-être cahoteux un peu, mais d'un chemin pareil. Pis dieu sait que quand t'as longtemps pensé qu'il n'y avait pas grand-chose pour toi en avant, te retrouver avec un chemin, même si c'est pas une autoroute à quatre voies, c'est quand même une option de plus.
Et dans la classe d'Édith, cette semaine, il y avait des options. L'une allait compléter son cours en vente, lui va devenir soudeur, son voisin va travailler en agriculture et celle-ci va finalement aller étudier en cuisine. Ce qui pouvait sembler impossible ou somnolait dans le flou de la vie il y a un an prend forme dans un petit local de la rue Angus, quelques jours par semaine, pendant des mois, pendant, surtout, qu'on apprend à lire, à écrire, à calculer, à comprendre, à discuter, à analyser.
« Ça m'émeut toujours de les voir travailler, confie Édith Cournoyer. Ce n'est pas toujours facile pour eux. Ils avancent un peu, puis il y a un recul, je leur répète de ne pas lâcher, qu'ils sont capables, qu'il faut regarder en haut et y aller. Il faut s'accrocher. »
Parfois, ça prend quelques essais avant d'accrocher pour de bon. Et puis voilà, à force de détermination et d'acharnement, la plupart des élèves qui passent par le CSEP finissent par réussir le test de développement général (TDG) qui leur ouvrira les portes d'une formation professionnelle. Le TDG, pour votre info, permet d'évaluer les connaissances des candidats en raisonnement mécanique (logique), en sciences, en mathématiques et en français.
« C'est la plus grande victoire qu'on célèbre ici, parce que ça leur permet d'amorcer leur formation professionnelle, note Édith. Ils sont donc déjà bien partis, et pour des gens qui s'en croyaient incapables, c'est une belle et grande victoire. »
Je vous raconte tout ça parce que je les ai trouvés vraiment beaux, les élèves du CSEP. Y avait quelque chose de l'ordre de la fierté dans leurs yeux quand ils me racontaient tout ça.
Je vous raconte ça aussi parce que tout bientôt, Édith et son chum Robert Cyr, directeur du CSEP depuis qu'ils l'ont fondé ensemble en 1984, vont prendre une retraite bien méritée et passer les rênes. Mais à qui?
« En ce moment, on cherche quelqu'un qui croit en cette mission et qui a envie de s'investir », explique Robert Cyr, en notant que l'organisme doit composer comme bien d'autres avec un budget serré et des subventions qui varient.
Avec moins de 100 000 $, on doit gérer, enseigner, payer les comptes et le loyer.
« On s'entend que tu ne fais pas ça pour te mettre riche, lance-t-il en riant. Nous, on avait fait ce choix parce que ça correspondait à nos valeurs profondes. On voulait aider des gens à trouver leur place dans la société active. On parle d'alphabétisation, mais c'est rarement des gens qui ne savent pas lire du tout. C'est davantage des gens qui ont des apprentissages à compléter, qui ont besoin d'apprendre à comprendre et analyser ce qu'ils lisent. C'est un travail essentiel qui a des effets quand tu intègres ça dans un ensemble d'actions comme c'est le cas ici dans le Haut-Saint-François. On est plusieurs organismes à travailler ensemble. »
Et ce travail doit continuer. Même après l'année scolaire en cours, même lorsque Édith et Robert regagneront leur coin de terre pour d'autres projets.
« On cherche quelqu'un de passionné et de compétent, insiste Robert Cyr. Ce n'est pas juste une job, c'est une mission. Mais c'est une mission valorisante qui offre aussi une marge de création pour développer des choses et faire différemment. Ça répondait quand on l'a fondé au besoin d'implication qui était le nôtre. Je suis convaincu que ça répond au besoin d'implication de quelqu'un d'autre aujourd'hui. On a envie de rencontrer cette personne... »
Et c'est maintenant que ça se passe.