Le Festival cinéma du monde se met en branle lundi avec une centaine de films à l'horaire et plusieurs activités parallèles qui sont autant d'occasions de découvertes. C'est l'adaptation par Éric Barbier de « La promesse de l'aube », de Romain Gary, qui lance les festivités à 19 h 30 à la Maison du cinéma.

Ce qui compte, c'est ce qui se conte...

CHRONIQUE / On dit souvent qu’il n’y a pas de hasard. Honnêtement, je ne sais pas où je me situe là-dessus, comme sur la plupart des proverbes d’ailleurs, mais j’avoue que la sélection de « La promesse de l’aube » pour lancer la cinquième édition du Festival cinéma du monde de Sherbrooke, je trouve que c’est un heureux hasard.

Tout est dans le titre. Dans cet espoir du meilleur pour ce quelqu’un, ce quelque chose ou ce festival encore tout jeune à qui on souhaite une vie belle, heureuse, riche en expérience. Et en succès.

On pourra toujours se questionner sur la notion de succès. Celui de Romain Gary/Émile Ajar dont on raconte la jeunesse dans La promesse de l’aube n’est assurément pas discutable.

Seul écrivain à avoir décroché deux fois le Goncourt, auteur d’incontournables histoires comme La vie devant soi, L’angoisse du roi Salomon, Les racines du ciel, Les cerfs-volants et un lot incroyable de récits encore, Romain Gary est un monument. Un monument sur lequel des cohortes d’oiseaux de malheur se sont posés, mais un monument pareil.

Ce succès qui obsédait sa mère et que raconte La promesse de l’aube sur papier et sur grand écran, Romain Gary l’aura connu.

Qu’en sera-t-il du FCMS?

Posons déjà la question autrement : que devrait-il en être? Comment devrait-on mesurer le succès d’un événement comme le FCMS?

On pourrait se contenter de chiffres, certains aiment bien répéter que ce qui compte, c’est ce qui se compte, et on se réfère à cette logique avec une soumission assumée et assommante.

Mais ce que disent les chiffres, en gros, c’est qu’un certain nombre de personnes sont passées par un certain endroit à un certain moment.

Pis des fois, ben ça suffit à apposer un sceau de succès sur un truc.

Et ce qui se conte...

Mais tiens, essayons une autre approche. Osons prétendre que ce qui compte, c’est plutôt ce qui se conte.

Ce qui se conte, et ce que ça laisse en nous, autour de nous, entre nous.

Osons prétendre que ce qui compte, c’est ce qui vient nous ouvrir l’horizon, l’esprit, la conversation, ce qui nous amène à revoir notre vision des choses, nos certitudes, nos connaissances du monde qui nous entoure.

Osons affirmer que le succès du FCMS ne tient pas tant au nombre de personnes qui viendront voir cette semaine la centaine de films proposés et qui prendront part aux quelques dizaines d’activités et événements qui viennent ponctuer et animer le Festival.

Et ce, même si la fréquentation du FCMS est en perpétuelle croissance d’une édition à l’autre.

De plus en plus de gens viennent explorer le monde au FCMS?

Youpi ya, youpi yé.

Mais ça n’a d’intérêt que dans la mesure où le cercle de conversation s’agrandit. Ça n’en aurait aucun si, pour s’assurer de se péter les bretelles dans le box-office du Festival, on alignait toute la semaine des superproductions moins parlantes.

Parlantes?

Ouais.

Parce que le succès du FCMS est là, dans sa capacité à conter, et à parler.

À parler de tout. De la vie, des gens, de sujets d’actualités divers, parfois très durs, quelques fois assez émotifs.

D’en parler, et de nous proposer d’en parler encore, entre nous, avec d’autres.

Pas pendant le film. (Ne me parlez jamais pendant un film, sauf pour m’avertir si le cinéma est en feu...)

Mais après le film, allons-y.

Allons parler dans ces débats, ces échanges et ces discussions déjà prévus au programme, ou devant un verre, quelque part en ville, entre deux projections.

Allons-y. Jasons, écoutons, échangeons, revoyons nos certitudes, redessinons notre vision des mondes.

Si on fait cela, et pour avoir vu déjà quelques films proposés cette année, croyez-moi, nous le ferons, alors le FCMS pourra dire qu’il a du succès.

Au-delà des chiffres, le Festival cinéma du monde de Sherbrooke sera un succès s’il nourrit les échanges et les gens qui y prennent part, s’il nourrit sa communauté.

C’est sa promesse, à l’aube de son histoire.

Le film d’ouverture, lui, est présenté à 19 h 30 à La Maison du cinéma, juste après le lancement officiel auquel vous êtes attendus en formule 5 à 7 au Pizzicato.

De quoi jaserons-nous cette semaine au FCMS?

Assurément de parentalité, c’est d’ailleurs le propos des films d’ouverture et de fermeture. Si La promesse de l’aube qui lance le Festival ce lundi soir à la Maison du cinéma se regarde et se porte ensuite un moment avec un petit sourire satisfait, je ne saurais vous dire dans quel état vous allez repartir après le film de clôture, Jusqu’à la garde. Mais moi, ça m’a secouée. Complètement. Ne rate pas ça, Festivalier.

Idem pour Une famille syrienne présentée mercredi et jeudi, qui s’inscrit dans une sélection de films pour mieux comprendre ce conflit qui perdure et la réalité des gens qui le subissent encore ou qui l’ont subi avant de venir se réfugier ici.

Pis on va encore parler d’un paquet d’affaires, faut pas s’inquiéter, la semaine ne fait que commencer, et on va la passer ensemble.

D’ailleurs, je te relance mon invitation, Festivalier : si on se croise en ville, viens me parler de ton festival, ça m’intéresse.