SHERBROOKE

Question(s) de transparence

CHRONIQUE / La transparence. Le genre de truc dont on entend parler, mais dont on se demande un peu à quoi ça peut ressembler. Savez, un peu comme une aura. Ou le paradis. C’est flou, et nécessairement, ça fait un peu appel à l’imagination.

Mais ne prenons pas de chance, laissons ici l’imagination de côté pour faire place au Larousse. Transparence : parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique.

Bien sûr, on se demandera ici ce qui est du domaine de l’opinion publique. En fait, ce sont souvent des responsables des communications (certains, pas tous) qui poseront la question, habituellement lorsque celle que l’on soulève les met un peu dans l’embarras, eux ou les gens qu’ils représentent. Tradition de plus en plus ancrée également, compléter leur énoncé par « Vous autres les médias… »

Le travail des médias et des journalistes, chères gens des communications, on vous le rappelle, est d’informer la population, de fournir aux citoyens l’information dont ils ont besoin afin de jouer leur rôle dans une société complexe où les enjeux sont nombreux.

Ceci dit, entendons-nous pour mettre la chose politique dans la catégorie du « domaine de l’opinion publique », comme on le ferait avec la gestion des institutions et services de la santé ou de l’éducation.

Ainsi, quand l’entourage d’un maire et, du coup, ledit maire, décident de ne pas faire face à des questions, que ce soit dans un point de presse qu’ils ont eux-mêmes organisé ou dans le cours normal de leurs activités, ce n’est pas aux médias qu’ils refusent de répondre, c’est à cette même population, à ces mêmes citoyens.

Le maire et son entourage refusent ainsi de dévoiler plusieurs informations aux Sherbrookois. Qu’en est-il précisément de la demande du maire à son chef de cabinet concernant la conseillère Évelyne Beaudin? Quelle est la teneur de l’entente entre le maire Lussier et Daniel Bergeron? Comment est-elle survenue? Y a-t-il compensation financière? Si oui, on parle de quelle somme? Tirée de quel budget? Et parlant de budget, la convocation expédiée aux médias pour la conférence de presse de dimanche a été acheminée par un cabinet d’avocats indépendant, idem pour le communiqué qui a suivi, et non par le service des communications de la Ville : de quel budget seront tirés ces argents? De celui du maire? De la poche même de Steve Lussier?

Ces questions, le maire et son ex-chef de cabinet les ont repoussées dimanche du revers de la main et de la transparence. Ils n’ont pas voulu répondre aux médias, et du coup, ils n’ont pas jugé pertinent d’informer la population.

Parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique?

Pas tant, non.

On devine ici que le maire Lussier, par inexpérience, par naïveté ou par manque de jugement, s’est placé dans une situation pour le moins difficile et compromettante. On ne jure pas être dans le droit chemin un jour pour s’excuser bien platement moins d’une semaine plus tard, à moins d’avoir eu sous le nez un truc d’une odeur franchement désagréable, voire désagréablement menaçante.

Aujourd’hui, le maire Lussier aura à s’expliquer à ses collègues du conseil municipal, dont plusieurs l’appelleront à davantage de prudence, de clairvoyance, et espérons-le, de transparence. On l’invitera aussi sans aucun doute, à s’entourer de gens de confiance qui partageront les valeurs de transparence et d’harmonie sur lesquelles il a bâti sa campagne électorale et sa surprenante victoire.

C’est un exercice que la population saura aussi apprécier.

Sonia Bolduc

L’art de ne pas se démoder

CHRONIQUE / Comme ça, il y a encore quelque part dans le fin fond de la boîte à bois quelques petits préjugés pognés en paquet au sujet des salons des métiers d’art ? Ça sonne le vieux ? Le passé date ? L’ancien temps ? Ah ah. Il est temps que tu te mettes à la page mon ami.

On est loin de la nuisette à boîtes de mouchoirs en phentex, je le précise d’emblée, et ceci étant dit avec tout l’amour du monde pour les couvre-boîtes de papier mouchoir.

Petite visite mardi au Centre de foires, où ça fourmillait joyeusement dans les 60 kiosques du Salon qui lance aujourd’hui sa 28e édition, un exploit en soi à une époque d’achat en ligne et du prêt-à-jeter fabriqué à l’autre bout du monde qu’on rêvera de remplacer à peine l’aura-t-on acheté.

Ça fourmillait donc joyeusement, disait-on, les artisans et leur garde rapprochée s’employant à convertir chaque petit espace de contreplaqué en lieu de rencontres chaleureux et invitant pour mettre en lumière non seulement leurs réalisations, mais aussi cette passion qui les anime. Qui les anime suffisamment pour avoir décidé de vivre de cette passion, de ce talent, de ce besoin de créer du beau et du bon avec leurs mains et leur imagination.

« Ce n’est pas parce que tu bricoles à la maison que ça devient un métier d’art, rappelle la présidente de la Corporation des métiers d’art du Québec en Estrie, Diane Ferland.

« Les artisans qui se retrouvent dans les salons des métiers d’art du Québec sont des professionnels, il est temps qu’ils soient reconnus comme tels, poursuit encore Diane Ferland. On trouve normal quand on va chez le fleuriste de payer en fonction d’un salaire, de services et de frais à payer. C’est la même chose pour un artisan ou un métier. C’est un métier, il gagne sa vie ainsi, on doit y associer une notion de revenus. »

Elle dit ça, Diane Ferland, parce qu’elle entend souvent les gens s’étonner du prix de certaines pièces qui se retrouvent en kiosques du Salon ou sur les étals de la boutique de la Corporation, rue Frontenac au centre-ville de Sherbrooke. Payer quelques dizaines ou une centaine de dollars pour un bijou, une pièce de céramique ou une lampe fabriqués par un artisan quand on peut s’offrir pour une poignée de change une babiole made in n’importe où fait par des jeunes à presque pas de salaire, c’est sûr que ce n’est pas la même affaire. Dans l’éthique, déjà, on ne va pas se faire de dessin là-dessus, mais aussi dans la valeur réelle de l’objet, du geste derrière l’objet, de la personne à l’origine du geste.

« On s’offre alors un plaisir qui est durable dans le temps, assure Diane Ferland. Quinze ans après l’achat, l’objet nous procure encore autant de plaisir, de satisfaction. C’est même un objet que l’on peut léguer, que nos enfants et petits-enfants voudront recevoir et posséder à leur tour. »

Je ne ferai pas ici avec vous le tour des 60 kiosques du Salon version 2018, je vous laisse le plaisir de la découverte, mais la fille de bois en moi fait dire que vous ne pourrez pas manquer à l’entrée les kiosques presque côte à côte de Ghislain Rattelade et de Gilles McInnis, deux ébénistes de feu dont les créations vous convaincront de jeter au feu pas mal tous vos préjugés sur les salons des métiers d’art.

Et si jamais il vous en reste après être passé par là (ça n’arrivera pas), sachez qu’on a créé en grande première cette année l’Avenue de la mode où une bonne demi-douzaine de mannequins sur pied ont été habillées par des créateurs du Salon, André Dufour et France Ménard pour ne pas les nommer.

Ça sonne vieux ? Passé date ? Ancien temps ?

Non, ça sonne très tendance. Mais de ces tendances qui durent dans le temps, comme le Salon.

Le Salon des métiers d’art débute ce mercredi 29 novembre et prendra fin dimanche 3 décembre.

Sonia Bolduc

Emprisonnée dans les glaces... pour libérer la création

CHRONIQUE / Il y a quelques flocons ici et là, il ne fait pas réellement froid, mais c’est un peu cru, autant sur le béton du centre-ville sherbrookois que dans l’atelier de Deborah Davis situé à l’étage de La Fabrique, cet espace de création installé dans les anciens locaux du Service de police de Sherbrooke, rue Marquette.

« Il fait froid, hein? » me lance Deborah en me faisant promettre de lui dire si c’est trop, le cas échéant elle ira préparer de la tisane.

Mais dans le même souffle, elle m’avoue tout de go que la température risque d’être pas mal plus froide que ça, en mars, dans la région d’Akunaaq, au Groenland, où elle passera le mois de mars en résidence artistique.

Oui, en résidence artistique.

Sur un bateau délibérément emprisonné dans les glaces, entouré de neige. Près du 69e parallèle nord. Dans une petite baie à l’écart du village d’Akunaaq. Avec trois autres artistes, un chercheur, deux membres d’équipage.

Une résidence non seulement artistique, mais complètement arctique.

C’est à la deuxième édition d’Artistes en Arctique que Deborah Davis prendra ainsi part dans quelques mois à bord du Manguier, un ancien remorqueur de la marine à bord duquel son capitaine de propriétaire Philippe Hercher a décidé, pendant l’hiver arctique, d’inviter quelques artistes. Deux groupes se sont succédé l’an dernier, il en sera de même cette année.

En janvier, quatre Européens seront là, en pleine nuit polaire, pendant un mois complet. Début mars, lorsque Deborah arrivera à son tour avec trois Français, la photographe Férial, l’auteure-compositrice-interprète Cora Laba et le réalisateur Rémi Mazet, on passera lentement de la grande nuit au grand jour.

« Je m’en vais pour un projet de création complètement différent, confie celle qui a longtemps proposé de très grands formats de peinture et de techniques mixtes, et qui le fait encore souvent, mais qui a, au cours des dernières années, travaillé davantage la gravure et des œuvres plus petites.

« On est restreint dans les bagages, je pars donc avec un journal de bord et de l’équipement pour faire différents dessins et techniques mixtes. J’espère surtout revenir avec des plaques de gravures. Beaucoup de plaques de gravure. Mais je ne veux pas trop penser ici à ce que je vais faire là-bas. Je veux me laisser inspirer non seulement des paysages et de l’atmosphère, du contexte aussi de la fonte des glaces et des problèmes environnementaux, mais surtout des rencontres. Peu importe où je suis, ce sont les rencontres qui importent. »

Être. s., c’est le nom du projet de la Sherbrookoise pour l’instant. Mais au cœur de son processus de préparation et de création, elle désire la même souplesse.

« Je me donne un cadre avec l’Arctique, les contes de l’enfance et l’intégration éventuelle de contes groenlandais, mais ça demeure très flexible selon le déroulement de la résidence. »

Ils étaient quelque 200 à avoir envoyé leur dossier pour Artistes en Arctique. On a filtré un peu, relancé les candidats : « Si vous pensez ne pas être capables de vivre ça jusqu’au bout, dites-le! »

Un mois sur Le Manguier emprisonné dans les glaces au grand froid à quelques kilomètres de la côte, c’est en effet la proximité, beaucoup d’intimité et peu d’espace à partager, l’économie de l’eau et de la nourriture, l’accomplissement de quelques tâches quotidiennes, certains besoins qui se font dans la nature. On dort tous dans des chambrettes en cale à des mercures oscillant entre 0 et 5 degrés, puis on partage l’espace de vie et de création un peu plus haut, dans le un peu plus chaud aussi, entre 15 et 20 degrés grâce au poêle central.

« Ce que j’en comprends, la journée débute lentement, on se répartit les tâches du quotidien comme le ménage ou la préparation du pain, un peu comme des quarts de travail, puis en après-midi et en soirée, c’est vraiment l’espace création, raconte Deborah qui a échangé avec des participants de la première édition en plus de multiplier les lectures.

Parce que Deborah le répète : dès le dépôt de sa candidature, elle savait qu’elle serait du voyage. « Je n’ai jamais douté, je savais que c’était pour moi », insiste celle qui, depuis quelques années déjà, a placé animaux et paysages nordiques au cœur de ses techniques multiples.

Davis sera ainsi la seule artiste non européenne de la cohorte 2018, qui sera par ailleurs aussi accompagnée du chercheur Arnaud Rey, qui suivra sur une base quotidienne les progressions des différents niveaux de langage des artistes.

« Ça fait quand même un peu peur cette idée de se retrouver avec des inconnus dans un lieu très confiné, loin de tout. Mais j’imagine qu’on devrait s’endurer ou trouver une façon de gérer les tensions au besoin », s’amuse un peu celle qui a déjà beaucoup voyagé sur différents continents et qui s’avoue fascinée par la nordicité.

« Je vais être servie. »

Pour le froid aussi. Il va se boire de la tisane.

Deborah Davis a, pour ce faire, lancé une campagne de financement par le biais de La Ruche Estrie. Pour atteindre son objectif de 12 000 $, la peintre et graveure propose des œuvres créées sur place ou à son retour en contrepartie de sommes variant entre 60 $ et 5000 $. On obtiendra plus d’information en visitant le site.

Sonia Bolduc

Ces gens qui nous nourrissent

CHRONIQUE / Je vous ai déjà parlé du ketchup aux fruits de ma grand-mère? Non? C’était malade. Y a plein de choses qui me manquent de ma grand-mère depuis qu’elle n’est plus là, son ketchup aux fruits en fait partie. Est-ce que c’était le meilleur ketchup au monde? Je ne sais pas, je n’ai pas tant d’expertise en ketchup, mais c’était assurément mon préféré, because la personne qui le concoctait avec amour, tout près.

C’est un peu ça aussi avec l’agneau de mes voisins, le fromage de Maurice, de Marie-Chantal et de Simon-Pierre, la cheddar et pomme des Gars de la saucisse, le sucre à la crème de Marie-Claude, la bière de Ti-Mat, les beignets de la Desserte et les cornets de Lolo. Quand quelqu’un que tu aimes fait quelque chose que tu aimes, ça fait beaucoup d’amour. C’est ce que tu veux, ce qui te fait plaisir.

Y a un peu de ça derrière la nouvelle initiative du Conseil de l’industrie bioalimentaire de l’Estrie (CIBLE), créer un lien additionnel entre les Créateurs de saveurs des Cantons-de-l’Est, ces gens qui inventent du bon, et vous, les gens qui aiment le bon. Les gens qui aiment le bon, et qui tant qu’à faire, vont préférer le bon d’ici, fait de produits d’ici, transformés ici, par des gens qui habitent ici, des voisins, des belles-sœurs, des oncles, des neveux et des grands-mères qui sont aussi des producteurs chevronnés.

On s’est donc dit chez CIBLE et chez les épiciers IGA de Saint-Élie et de Cookshire qu’on allait vous les présenter, ces créateurs, créer un lien entre eux et vous. Au centre du projet pilote lancé hier dans ces deux épiceries de la région, 19 producteurs tout sourire, que l’on reconnaîtra sur de petites affiches installées près de leurs produits en magasin. Ici, pas très loin des tartes au sucre, Richard Duquette de la pâtisserie du même nom. Là, devant l’étal de terrines et de rillettes, Sandra Fontaine de Ducs de Montrichard, artisans du canard.

« Les produits locaux sont faits par des voisins, des gens de la communauté, on aime les avoir en magasin, explique Éric Bouchard du IGA Saint-Élie. Ce nouvel affichage, ça permet de les identifier, d’expliquer le produit, de lui donner une identité et un visage humain. »

Il y a un humain derrière chaque produit que l’on consomme, note dans le même souffle Sandra Fontaine de Ducs de Montrichard. Quand on connaît ces humains, c’est un lien de plus avec le produit. C’est un peu acheter ce que nous sommes. »

Et ce ne sont pas que de belles paroles. Ça fait quelques années déjà que les Créateurs de saveurs gagnent les tablettes des épiceries de la région, avec plus ou moins de succès il est vrai selon les bannières. Et ça fait plus longtemps encore que les consommateurs sont en quête de leurs produits locaux lorsqu’ils se retrouvent derrière leur panier d’épicerie. Souvent on trouve, à certains endroits on cherche plus qu’on trouve, des fois on demande, les réponses ne sont pas toujours claires, mais on demande, on redemande et on redemande encore.

Du local, épicier, encore plus de local s’il-vous-plaît, à vous et vos maisons-mères. Offrez-nous encore davantage de local, puisqu’il nous plaît.

Il nous plaît de manger fruits et légumes qui n’ont pas parcouru 3000 kilomètres et qui ne vont pas se décomposer dans le sac pendant le trajet entre l’épicerie et la maison, il nous plaît que le pâtissier, le boulanger ou le fromager fasse travailler les gens de sa communauté, que le lait de Massawippi, Hatley et Ayer’s Cliff se retrouve dans La Pinte, que les pommes du coin ne tombent jamais trop loin de l’arbre.

Alors voilà, dorénavant, chez IGA de Saint-Élie et de Cookshire, ailleurs éventuellement, vous pourrez dénicher les sourires des producteurs d’ici, faire le lien entre leurs binettes et leurs produits. On appellera ça, si le cœur vous en dit, mettre un visage sur ce qui nous nourrit. Une bonne idée, n’est-il pas?

Et si jamais vous tombez sur un ketchup aux fruits de malade, faites-moi signe, je vous en prie.

Estrie et régions

Et si on visait (presque) zéro déchet

CHRONIQUE / La cueillette des rebuts, c’est clairement pas ma tâche préférée. Fait que la plupart du temps, je laisse ça à ma douce, ça lui permet de prendre une petite marche jusqu’au chemin, ça la garde en forme. Une semaine, c’est le bac bleu du recyclage, l’autre les poubelles, qui n’ont pas de bac de couleur chez nous. C’est ma réalité de fond de campagne, y a un type qui passe ramasser les ordures à la main avec son pick-up.

Je vous entends là : hey la grande, tu vas pas sérieusement nous parler de tes déchets!?

Tellement.

En fait, pas tant des miens que de ceux de Stéphanie Gagné Clermont, maître es environnement, membre du mouvement Zéro déchet et enthousiaste partageuse d’expérience. De ses déchets, donc, ceux qu’elle produit annuellement et plus encore de ceux qu’elle ne produit pas tout aussi annuellement.

Partons de la partance. Je vous rappelle qu’un bon Canadien produit en moyenne chaque année 720 kg de déchets; un bon Québécois, 749 kg. Ça fait, comment dire, un méchant gros tas de cochonneries, des bacs et des sacs pas mal pleins chaque fois que ma douce prend sa marche jusqu’au bout de la cour.

Pendant ce temps, au cours de la dernière année, Stéphanie a généré 1,46 litre de déchets. Ce n’est pas une erreur de frappe : 1,46 litre.

En mesure populaire, pas tout à fait l’équivalent de deux bouteilles de vin. Bien loin d’un vinier. Chaque mois au cours de la dernière année, elle a réussi à faire entrer ses déchets du mois dans un petit bocal à confiture maison. Le plus petit des bocaux. C’est complètement minuscule.

Elle sourit.

« Tendre vers le zéro déchet, c’est un processus vraiment progressif et ça doit absolument se faire dans le plaisir. Il faut commencer par des petites choses, intégrer de nouvelles façons de faire et de penser pour que ça reste simple. Ma devise c’est ‘‘faut pas virer fou avec ça’’ », dit-elle.

Deux choses.

D’abord bien enregistrer son « Tendre vers le zéro déchet ». Même les grandes figures de ce mouvement de plus en plus populaire, la Franco-Américaine Béa Johnson en tête, n’arriveront jamais à produire zéro déchet, c’est techniquement impossible. L’idée, c’est donc avant tout d’en produire le moins possible.

De là aussi l’idée d’y aller progressivement, dans le plaisir, une étape à la fois, une bouteille et une tasse réutilisables à la fois, un sac, un pot ou un contenant réutilisables à la fois, un achat ou un non-achat à la fois, une réorganisation et une habitude à la fois.

Tiens, jasons habitudes. En une vingtaine d’années, on en a changé quelques-unes. Le recyclage et le compostage ont pris leur place dans notre quotidien. Je nous vois apporter nos sacs à l’épicerie, nos tasses au bureau, notre bouteille d’eau accrochée au sac à dos, notre électronique à l’écocentre. C’est pas encore la totale, mais il s’est quand même passé quelque chose.

ACTUALITÉS

Jasons bière

CHRONIQUE / La scène se déroule chez moi, à la fin de l’été qu’on n'a pas eu, sur la terrasse autour du feu allumé très tôt pour accumuler la braise sur laquelle je prépare la paëlla annuelle. Au standing bar improvisé pour l’occasion, y a Zach, Phil et Math qui me jasent bière. Ça ne parle pas de la dernière brosse. Non. Ça jase avec un enthousiasme dément amertume, brassage, goûts, IPA, bières non filtrées, essais maison et micros préférées.

J’essaie d’imaginer cette même scène il y a 30 ans, avec des amis, quand j’avais l’âge du plus jeune de ces trois gars-là.

Impossible, on oublie ça.

Cette passion véritable de la bière, elle est relativement récente au Québec. Mais elle est contagieuse, elle déferle sur chaque région au gré des lieux anciens convertis en microbrasseries, des bières aux personnalités colorées qui s’incrustent dans le paysage et dans les habitudes.

Ça se passe partout, en Estrie aussi, depuis la fin des années 1980 où le Lion’s de Lennox a lancé le bal, mais plus encore depuis une dizaine d’années, âge vénérable d’ailleurs du Siboire qui déverse ses bons soins à Sherby et Montréal désormais.

On a d’ailleurs lancé la semaine dernière au Boquébière la version Cantons-de-l’Est du Passeport en fût, heureuse idée importée de la métropole qui permet de voguer de micro en micro pour y goûter les incontournables.

L’autre façon, pas nouvelle celle-là non plus, c’est Dégustabière, dont c’est depuis jeudi la cinquième édition au sous-sol de la cathédrale St-Michel.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas une beuverie là non plus. En fait, ça ressemble beaucoup à mes trois gars qui me jasent bière, sauf que là, on ne bouffe pas ma paëlla mais plutôt les créations de huit chefs de la région qui ont répondu au défi. C’est comme ça que tu te retrouves à marier la Doble Mango de Simple Malt avec la salade de pickle de melon d’eau de Jonathan Perreault ou une inspiration allemande de Vrooden avec le braisé de bœuf à la tire d’éponge de Jasmin Vallières.

De la bouffe, donc, mais surtout de la bière, dont la Dégustapop bêta créée par les organisateurs et brassée au Siboire pour l’occasion, un truc où on a ajouté de la poire et du poivre, et qui laisse d’ailleurs un doux piquant sur le bout de la langue et un joyeux sourire aux lèvres.

Un peu comme une jasette avec Nicolas Ratthé et Jonathan Rondeau-Leclaire, cofondateurs de l’événement au lendemain du Festibroue qui avait tourné un peu court.

« On s’est dit qu’il fallait repartir de là, créer quelque chose », raconte Nicolas, propriétaire du Vent du Nord qui tenait à cette époque et en ce haut lieu de bières importées des dégustations dominicales afin d’ouvrir les horizons de sa clientèle.

« Dégustabière, ça nous permettait de rejoindre du nouveau monde, de parler à des non-convertis, d’élargir la palette de gens déjà convertis, mais en en faisant en plus une rencontre de saveurs et un événement social », note Ratthé.

Un événement où on la goûte, mais où on en parle aussi, par le biais de conférences, d’ateliers, de jeux, mais de rencontres aussi avec des tripeux.

« On peut circuler sans fin pour goûter de nouveaux produits, mais on peut surtout jaser avec les brasseurs et les participants, note Jonathan Rondeau-Leclaire, aussi président du Dégustabière. C’est une rencontre de plaisirs avant toute chose. »

Un peu comme une paëlla sur le feu, avec des amis, des tripeux, pis une bonne bière qu’on savoure en riant.

Et ça se passe jusqu’à samedi soir, et on trouve les modalités sur degustabiere.com

Sonia Bolduc

La naissance, ses déchirures et ses dentelles

CHRONIQUE / Une fille, 47 centimètres, 6 livres et 8 onces. Un garçon, un costaud de 53 centimètres, presque 9 livres, beaucoup de cheveux.

C’est tout. Et trop peu.

C’est peut-être parce que je n’en ai pas et que nécessairement je ne peux pas comprendre, mais souvent, je trouve les histoires de grossesses et de naissances un peu courtes, très factuelles et étrangement numériques.

J’imagine que les chiffres sont plus rassurants que les émotions. Ou à tout le moins plus faciles à communiquer, à dire, à partager.

« Il pesait presque 10 livres, j’ai cru que ça ne passerait jamais! » ça se dit plus aisément et rapidement sans doute que « J’ai profité de chacun de tes mouvements pour imprégner en moi cette expérience unique de femme qui porte la vie. 

ttraper un petit membre qui pointe à travers la bedaine, sourire en te sentant avoir le hoquet, mettre ma main sur mon ventre pour te caresser à travers la peau, vivre toujours auprès de toi et te parler à tout moment… »

« Les histoires d’accouchement, on les remballe vite. On a tellement tendance à standardiser, il y a là plusieurs tabous. Même l’idée de déception sur le déroulement de l’accouchement est un tabou », soulignent Nathalie Plaat et Sophie Arcand, coéditrices de Déchirures et dentelles, récits de naissance, un recueil qui verra enfin le jour le 1er décembre prochain, cinq ans après que l’idée ait germé dans la douceur de la Maison de Naissance de l’Estrie.

Les deux filles y ont accouché, Sophie y travaille d’ailleurs aussi, mais c’est également l’ensemble des participantes et participants au projet qui sont passés là-bas une ou plusieurs fois pour y créer de la vie, parfois dans la plus grande joie, parfois aussi dans l’angoisse, la douleur, la souffrance.

« La rencontre avec soi a tellement de visages », note Nathalie Plaat pour décrire cet espace-temps où la vie émerge aussi étrangement que naturellement.

« On vit dans une époque de prise en charge, mais au moment d’accoucher, t’es toute seule, et des fois tu veux mourir, notent Nathalie et Sophie. Un accouchement, c’est une femme dans toute sa puissance, c’est vraiment émouvant. »

Aussi Déchirures et dentelles est-il un recueil d’émotions autant que de récits. De ces histoires de femmes, d’hommes, de couples et de familles, on a voulu non seulement raconter l’espoir, les craintes, les fous rires, les pleurs et les cris, mais aussi partager l’intimité, la force, l’intensité.

Moi qui avais connu la puissance dans mes accouchements précédents, j’ai rencontré, dans celui-ci :

le désespoir,

la vulnérabilité,

l’impuissance.

De la beauté ainsi dans les plumes, les mots et la trentaine de récits, mais aussi dans la quarantaine de photos artistiques intégrées au recueil, parce qu’on voulait en faire un objet aussi beau que nécessaire, parce qu’on ne donne pas simplement naissance à un être genré de centimètres et de kilos, « parce que c’est un cheminement chaque fois et qu’il faut se réapproprier l’expérience, qu’elle soit belle ou pas », confient Sophie et Nathalie.

Déchirures et dentelles, récits de naissance, auquel ont aussi collaboré Jeen Kirwen, Michèle Côté, Catherine Savigny, fait présentement l’objet d’une campagne de sociofinancement sur le site de La Ruche Estrie. C’est aussi une heureuse façon de commander votre copie en avance.

www.laruchequebec.com

Sonia Bolduc

La longue route vers l’humanité

CHRONIQUE / On est au centro de Sherbrooke, c’est l’automne, mais encore beaucoup l’été, la vie est douce, mais pas que dans cette météo qui revient si souvent au cœur de nos conversations quotidiennes. Là, autour de la table, dans le petit appartement joyeux, Edigar et François refont le voyage jusqu’au Rwanda, jusque dans ses guerres et son génocide, jusque dans les camps de réfugiés, jusque dans la rue, la peur, la mort.

Jusque dans la vie aussi. Beaucoup jusque dans la vie. Edigar est arrivé au Canada en 2006 via un projet des Nations-Unis qui l’a conduit à Vancouver, puis a traversé le pays jusqu’à Sherby, là où il a retrouvé confiance en l’humanité, et du coup, en la vie.

« J’ai été surpris de voir l’humanité qu’il y avait ici, explique-t-il de sa voix douce. Nécessairement, quand tu vis la guerre et le mal, que tu perds ta famille et ton pays, tu perds foi en l’humanité. Puis un jour, quelqu’un te redonne confiance, te dit que c’est possible, qu’elle va t’aider à réussir. Moi, c’est Louise au Service d’aide aux Néo-Canadiens qui a été cette personne. »

Pour François, arrivé en Estrie en 2013 avec quelques dizaines d’autres réfugiés, ce fut Edigar.

« Il est arrivé à l’Hôtel Wellington, est venu nous parler, nous dire que nos vies allaient changer. Je l’avais senti en prenant l’avion que c’était la transformation de ma vie, mais Edigar me l’a confirmé à notre arrivée », se souvient François.

Il raconte cela, Edigar est à côté, essuie ses yeux. Ça fait ça, se raconter, ça remue les souvenirs et les émotions, s’entendent les deux amis. Malgré tout, ils ont accepté de partager leur histoire. Là, avec vous, mais vendredi aussi, au Centre culturel Françoise-Dunn, dans le cadre de la Semaine sherbrookoise des rencontres interculturelles, toujours avec vous, espèrent-ils, et d’autres aussi.

Partager, c’est découvrir l’humanité de l’autre. C’est aussi retrouver la sienne, parfois, quand la vie et les hommes l’ont mis à mal.

Edigar et François racontent ainsi la guerre, les militaires, les tueries, la famille qui disparaît, pour toujours, en même temps que l’espoir, les rêves, la sécurité et les repères.

Edigar et François vous amènent sur les routes de la fuite qui s’étirent sur les milliers de kilomètres de forêts, de montagnes, de dangers, de cadavres, de morts et de violences, ils revoient ces hommes, ces femmes et ces enfants tomber autour d’eux, revivent leur survie qu’ils attribuent, c’est selon, à dieu ou à la capacité de choisir.

« Je suis resté au Rwanda un moment après la guerre, j’y ai tout vu, la folie, le pardon, la haine, le besoin de vengeance, l’oubli, les souffrances, l’indifférence, confie Edigar. Tout ce que j’ai vu m’a poussé à faire un choix, celui de la vie. »

Pendant que le petit François, 3 ans, se frayait une route improbable vers le Congo-Brazzaville où il passera presque vingt ans, Edigar arpente les rues du Rwanda, puis du Kenya. L’un et l’autre cherchent à survivre, à manger, à boire, à dormir, à se protéger.

Et un jour, au bout de la solitude, de la misère et de l’inhumanité, il y a la vie qui se renouvelle.

« Le plus difficile, c’est de décider de vivre une vie normale, de laisser les souvenirs enfouis pour faire place à la vie, note Edigar. Après, une fois qu’on retourne vers la vie, on doit mettre l’accent sur les gens qui nous ont inspirés puis ceux qui viendront. La valeur d’une vie se mesure au nombre de bonnes personnes qu’on rencontre... On a ensuite envie d’en devenir une à notre tour, d’être là pour les aider. C’est la valeur de partage, c’est l’humanité dans ce qu’elle a de beau. 

L’humanité dans ce qu’elle a de plus beau, juste là.

Arts

La main qui nous nourrit

Je reviens de l'étable comme tous les matins, ma chaudière de lait de chèvre dans une main, les oeufs du jour dans l'autre. Ces oeufs-là, je vais les manger tantôt, quand j'aurai fait un peu de magie pour transformer le lait en fromage. Bon, okay, c'est pas vraiment de la magie. Ce qui serait de la magie, c'est que vous puissiez goûter à ce fromage.
C'est illégal. Vous vendre le lait ou le fromage de mes chèvres, c'est illégal. Vous le donner? Tout aussi illégal. En fait, il ne faut même pas que ça sorte de mon terrain. Mais si voulez, et que je le voulais, je pourrais vous vendre du poulet. Si vous êtes chanceux. Parce que mon poulet est vraiment bon, il va jouer dehors et mange bien, no stress baby, ce qui le rend assez tendre et populaire. Mais voilà, des poulets, je ne peux pas en élever plus de 100 par année. À 101, ça devient illégal.

Sonia Bolduc

Les seins de Victoria

CHRONIQUE / J'aime aller au musée ou en galerie pour plusieurs raisons. J'aime l'ambiance de tango argentin entre les visiteurs et les oeuvres proposées, l'espèce de je ne sais pas trop, je t'aime, j't'aime pas, j'te veux, mais peut-être pas non plus, j'essaie de lire dans tes yeux pour te comprendre. Mais bon, ça, on s'en fout un peu, ce n'est pas si pertinent pour la suite des choses.
Ce que j'aime aussi au musée ou en galerie, un peu comme dans une salle de spectacles ou une librairie d'ailleurs, en plus des oeuvres, c'est observer le regard des gens sur ces mêmes oeuvres. Leur façon de scruter une toile, de suivre les lignes d'une sculpture, d'admirer le solo d'un musicien, de retenir leur souffle pendant la tirade d'une comédienne, de sourire ou de froncer des sourcils en lisant quelques lignes d'un bouquin.