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Ces lieux qu'on aime

Ces lieux qu'on aime: de la bière, de la bouffe, mais surtout des gens

CHRONIQUE / Un commerce, un coin de rue ou un parc méconnus, un endroit pour rencontrer ou relaxer : les villes regorgent de lieux qu’on aime, souvent loin des circuits plus traditionnels. Cet été, les chroniqueurs des six journaux de Groupe Capitales Médias vous amènent à la découverte de ces petits trésors, de Québec jusqu’en Outaouais, de la Mauricie à l’Estrie ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Rendez-vous chaque jeudi de l’été.

C’est quoi ton lieu préféré?

Éco-logique

Le pissenlit par la racine et les fleurs

CHRONIQUE / Après-midi tranquille, les genoux et les mains dans la terre, avec ma douce on prépare un petit coin de plus pour des fleurs sauvages au pourtour du potager, mélange de vivaces et de saisonnières qui devraient attirer, nourrir et réjouir les insectes et butineurs.

Entre deux vers de terre qu’on essaie de ne pas trop déranger, une reine bourdon a l’air perdu, elle semble peiner à se déplacer. Je la prends au creux de ma main, la dépose sur un pissenlit tout près. Je vous le dis, j’ai entendu son soupir de soulagement, elle m’a fait un petit clin d’œil complice, est repartie à ses affaires.

Éco-logique

L’habitude est dans le sac

CHRONIQUE / Dans un coin de la cuisine, sous un vieux meuble récupéré sur le bord du chemin, traîne une tout aussi vieille chaudière de métal aux couleurs jaune et rouge de O. Gauthier Limitée, fabricant de cornets sucrés.

Je n’y ferais pas tremper mon dentier si j’en avais un, c’est peut-être un peu rouillé dans le fond, mais ça peut quand même servir encore pour un million d’affaires. Comme pour empiler les vieux sacs de plastique au retour de l’épicerie quand t’as oublié tes sacs réutilisables ou que t’en avais pas assez.

La chaudière est désormais vide. Fait pas si longtemps, quelques mois à peine, depuis en fait que notre municipalité a acheté un petit camion à ordures avec un bras automatisé qui peut virer sur un 10 cents dans les fonds de rangs. 

Jusque-là, c’était un gars qui venait ramasser les ordures avec son pick-up, il faisait ça à la main, donc nécessairement, t’essayais de lui faire des petits sacs qui se manient bien, qui tiennent et qui ne s’éventrent pas dans l’élan et la boîte de pick-up.

Bref, le camion acheté, le bac vert est venu rejoindre le bac bleu du recyclage, ils font leur petite virée jusqu’au chemin à tour de rôle aux deux semaines, plus besoin de sacs.

Plus besoin de sacs? Du tout?

Honnêtement, non.

Et plus honnêtement encore, on en met quand même un dans la poubelle de la cuisine. Mais je suis là à vous écrire, et je me demande vraiment pourquoi on en met encore un.

Je ne vois pas.

On ne jette pas de restes de bouffe dans la poubelle. Quand il y a des restes, y a un bouillon de légumes qui se sert, des chiens qui se servent, des poules qui se servent, le compost qui se sert.

Fait que concrètement, pas de bouffe, pas de papier, pas de carton, pas d’aluminium, pas de verre, pas de plastique recyclable, on achète beaucoup en vrac, alors on s’entend qu’il n’y a plus grand-chose qui se retrouve dans la poubelle, et vraiment rien qui mérite de dormir dans un sac plutôt que de passer directement de la poubelle au bac vert. (Je sais que la couleur des bacs varie d’une région à l’autre...)

Le sac à poubelle est donc là par habitude.

Comme le sac à l’épicerie, dans la section des légumes et des fruits, le sac à la pharmacie, le sac au dépanneur, le sac au resto quand on prend un plat pour emporter, le sac-marketing en boutique quand on achète un chandail et un jeans.

Le sac, qu’il soit de plastique ou de papier, c’est une habitude.

Une mauvaise habitude comme on en traîne tous, sans savoir d’où ça vient et à quoi ça sert.

En supposant que ça serve à quelque chose.

Tiens, des questions : à quoi ça sert? C’est utile? Nécessaire? Ou bien c’est juste une habitude?

Depuis quelques semaines, quelques mois, les municipalités, villes et MRC décident à tour de rôle de bannir les sacs de plastique, de réfléchir aussi à des stratégies d’élimination des articles à usage unique comme les sacs, pailles et ustensiles de plastique, les contenants de styromousse, les gobelets et les tasses.

Ils le font pour répondre aux demandes et exigences de leurs citoyens. Parce que le citoyen fait valoir son inquiétude, son désir que ça bouge, là, maintenant, pour de bon.

Mais le citoyen, le même ou un autre, réagit aussi souvent aux changements par un « Ouin, mais... »

Ouin mais t’sais les fruits à l’épicerie, le pain, la tasse qui j’ai oublié, les sacs que j’ai oubliés, les sacs que je réutilisais dans la poubelle.

Ben, vite de même, je nous invite à y regarder de près, peut-être que nous n’en avons pas besoin autant qu’on cherche à se le faire croire.

C’est peut-être juste de mauvaises habitudes qu’il nous faut casser.

Pis là, je dois trouver un autre usage à ma chaudière de cornets...

Sacs réutilisables

On s’interroge à raison sur les impacts environnementaux réels des sacs à usage unique et des sacs réutilisables.

En ce moment, quelque 6700 tonnes de sacs jetables sont recyclées annuellement au Québec, tandis que 42 000 tonnes de ces mêmes sacs sont envoyées à l’élimination, la plupart par enfouissement.

On recycle donc environ 14 pour cent des sacs à usage unique.

Le sac en plastique conventionnel en HDPE mince est celui qui a le moins d’impacts environnementaux parmi les sacs jetables étudiés, regroupant le sac en plastique oxodégradable, le sac en bioplastique compostable, le sac en plastique épais et le sac en papier. Le sac en plastique conventionnel a par contre plus d’impact environnemental quand il est abandonné dans l’environnement. 

Plastique conventionnel

Mince et léger, sa production nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production et l’achat de sacs à ordures puisqu’il bénéficie d’un haut taux de réutilisation lorsqu’il est réutilisé à cette fin (soit 77,7 %). 

Le point faible de ce type de sac est lié à son abandon dans l’environnement. Sa dégradation très lente est à la source de la persistance du plastique (polyéthylène) dans l’environnement, à l’égard des territoires sensibles à cette problématique. 

Sacs de source végétale (bioplastique compostable et papier)

Les sacs jetables en matériaux de source végétale (comme le sac en bioplastique compostable de type amidon-polyester et le sac en papier) ont quant à eux l’avantage de limiter les nuisances causées par leur abandon dans l’environnement. *

Oxodégradable

Le sac oxodégradable, quant à lui, n’offrirait pas d’avantage environnemental par rapport à son équivalent non dégradable, son cycle de vie étant quasi identique. Cependant, lorsqu’il est abandonné dans l’environnement, le sac oxodégradable est soumis à une fragmentation accélérée en particules de polyéthylène (PE) invisibles à l’œil nu et longtemps persistantes dans l’environnement. 

Plastique épais

Certains commerces affichent le sac de plastique épais comme réutilisable. Afin que cette option soit plus performante environnementalement que le sac de plastique conventionnel, il faudrait le réutiliser entre 3 et 6 fois pour transporter ses emplettes. 

Sacs réutilisables

Malgré les impacts environnementaux associés à leur production, soit l’extraction de ressources non renouvelables (produits pétroliers et gaz naturel) pour les sacs en plastique tissé ou la culture intensive pour les sacs de coton, les sacs réutilisables sont considérés comme étant le choix le plus environnemental, après la réduction à la source, pour répondre à la problématique des sacs d’emplettes. 

(note de la chroniqueuse : des sacs de tissus fabriqués avec de vieux jeans/manteaux/rideaux/démos de tissus de recouvrement récupérés, ça fait la job pas pire et c’est original)

SOURCE : Analyse du cycle de vie (ACV) environnementale et économique des sacs d’emplettes, commandée par RECYC-QUÉBEC et réalisée par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Éco-logique

Rafale d’adaptation

CHRONIQUE / Vous connaissez Rafale, l’ami des petits et des grands?

Non? J’avoue, je ne l’avais jamais remarqué non plus jusqu’à la semaine dernière, et pourtant, Rafale est bien visible dans un coin de la page d’accueil du site du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques du gouvernement du Québec.

Éco-logique

Des gants, des pinces et de l’action citoyenne

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça vous aussi, mais quand j’étais floune, avec des amis, on « faisait les fossés » pour ramasser les bouteilles de bière et de liqueur vides et aller les revendre au dépanneur. Si t’étais dans un bon spot pis que t’avais des bonnes bottes, tu pouvais quasiment te payer un bicycle neuf à la fin de la journée, un BMX dans tes rêves les plus fous.

J’exagère à peine, et de toute façon, vous me direz que c’est une histoire du bon vieux temps, parce que de nos jours, on ne trouve à peu près plus rien dans les fossés.

Éco-logique

Ami, lève ton verre!

CHRONIQUE / Pas la meilleure semaine pour parler d’eau, me direz-vous, alors qu’un paquet de nos concitoyens en ont jusqu’au pompon, victimes une fois encore ou en grande première de ces crues printanières qui vont souvent mourir dans les inondations estivales ou automnales causées par des pluies torrentielles.

Je sais, mais en même temps.

Éco-logique

Se réparer les patentes et la bienveillance

CHRONIQUE / Ma mère, ma grand-mère et mes tantes, jouquées comme des poules de l’année, une guenille dans chaque main, des chansons sur le bout de la langue et de grands fous rires malgré la tâche. Y a des torchons qui se rincent dans la chaudière, des tapis et des rideaux qui se font battre à l’air frais, la moppe qui se fait aller, les vitres des fenêtres qui couinent sous les essuie-tout et le Windex.

Vous dites ménage du printemps, c’est la première image qui me vient en tête, une image sexiste et sépia des années 70/80, mais avec du son et de la récurrence.

Éco-logique

Jour(s) de la Terre

CHRONIQUE / C’est pas d’hier, ce Jour de la Terre.

Presque un demi-siècle chez nos voisins du sud où le mouvement a pris forme en 1970, une trentaine d’années tout autour de la planète, chaque année le mouvement gagne encore son lot d’adeptes; nouveaux pays, nouveaux humains aussi, c’est sûr que David St-Jacques va pogner quelque chose lundi en regardant ça aller des hauteurs de sa station spatiale.

Éco-logique

Le poids réel des poules

CHRONIQUE / Chaque matin, pour me rendre à la grange et faire le (petit) train, je passe près du poulailler.

Habituellement, je m’occupe des poules sur le chemin du retour, histoire de ne pas casser les œufs du jour dans mes poches de manteau, parce que c’est un peu dégueu à nettoyer pis que c’est du gaspille.

Éco-logique

Consigne et crème glacée

CHRONIQUE / J’aurais tendance à pencher pour le sundae au caramel, le smoothie sans banane ou plus probablement encore le yaourt glacé aux petits fruits. Mais peut-être préférez-vous le banana split, l’avalanche ou un autre de ces desserts où le soleil, la canicule et la crème glacée collante sur le menton frayent ensemble sur une terrasse bondée, au bord de l’eau ou d’un boulevard asphalté et très passant.

Peu importe, de façon assez générale, on essaie de prendre suffisamment son temps pour bien savourer, mais tout en se pressant quand même un peu, histoire que ça ne coule pas en fondant jusque sous les aisselles, ce qui nous priverait d’une certaine liberté d’action.

Éco-logique

Obsolescence royale

CHRONIQUE / C’est une Royal noire, le modèle portatif qui pourrait dater de 1930 environ, on va être très honnête, je n’ai jamais cherché à le savoir.

Un jour, dans une vente de garage, elle traînait sous une table dans une valise tout aussi noire, probablement, peut-on l’imaginer avec un certain romantisme, entre une pile de vinyles et une horloge coucou avec le coucou encore dedans.

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La ronde du roundup

CHRONIQUE / C’est l’avantage des culs-de-sac dans le fin fond de la campagne, mettons que tu te dis « Ah, j’vais aller prendre une petite marche avec les ânes et les chèvres... », ben tu fais juste enfiler tes bottes à tuyau, tu passes le licou aux ânes pis tu descends dans le rang.

Les chèvres suivent en gang et en sautillant, faut juste que tu sois assez stratégique pour passer loin du jardin, pis des fleurs, pis de la talle de bleuets, pis de tout finalement.

Éco-logique

La marche, un exercice citoyen?

CHRONIQUE / La marche, c’est bon pour un paquet de trucs, vous saviez ça?

Y a déjà tous les bienfaits physiques; ça aide à diminuer le risque de maladies du cœur et d’accident vasculaire cérébral, le taux de cholestérol, la tension artérielle.

Éco-logique

Ras la tasse jetable

CHRONIQUE / Vous sentez ça? C’est l’odeur du café. Le premier café matinal.

Il est assez tôt, le soleil se lève à peine, c’est à ce moment que je préfère vous écrire, peut-être parce que c’est tranquille, peut-être une trame sonore d’Alexandra Streliski en sourdine quelque part certains matins, mais sinon c’est silence et j’ai l’impression qu’on se comprend mieux.

Éco-logique

Pour cesser de se bidonner!

CHRONIQUE / J’ai jamais trop compris pourquoi le réservoir de lave-glace de ma voiture était juste un peu plus petit que le bidon qui devait servir à le remplir.

Vraiment. Peu importe la voiture, le modèle de la voiture, le temps et le nombre de sacrements qui se sont écoulés entre la dernière goutte ayant filtré jusqu’au pare-brise et ce moment où tu réussis à te garer pour remplir le réservoir, il va toujours te rester l’équivalent d’un demi-bol de soupe ou de trois shooters dans le fond du bidon.

Éco-logique

Pour le meilleur et pour le pire et pour les semis

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez réussi à vous faire fondre un petit carré de neige pour vous coller la face sur votre futur jardin un long moment, mais si je me fie à vos courriels de la dernière semaine, il n’y avait pas que Tire le coyote et moi qui rêvions de désherbage. Vous aussi.

On prend donc le temps d’y revenir un peu, sans prétention horticultrice aucune, juste parce que les préparatifs, c’est un gage de réussite, les cours de préparation au mariage en font foi. Ou pas. Exemple exemplaire d’exemple boiteux, je l’admets.

Éco-logique

Toc de potager

CHRONIQUE / Je me suis longtemps targuée d’être pas pire saine d’esprit. Puis à un certain moment, c’est arrivé quelque part vers la fin de la trentaine, j’ai développé ce toc, rien de super envahissant, mais quand même, c’est vite devenu de l’ordre de l’incontrôlable, un peu comme quand un collègue commence une toune pis que dans ta tête t’es obligé de finir le couplet, même si tu sais pas les paroles.

Longue intro pour dire que janvier, février, pendant qu’on regarde la neige tomber pis les citadins glisser sur les trottoirs, moi je commence mes plans de jardin. Je dis jardin, en vérité c’est un potager, parce qu’il y a bien quelques fleurs, mais c’est surtout des légumes, des tomates, de l’ail, des oignons, des betteraves, des pois, des haricots, des poivrons pis bien d’autres trucs encore.

Éco-logique

Levons notre verre à la détermination

CHRONIQUE / « Aaah. J’ai oublié ma boîte de bouteilles vides sur le bord de la porte à la maison, vous en avez de la chance, hein? »

Les trois conseillères de la SAQ m’ont souri. Elles me voient assez souvent pour savoir que je ne niaise pas quand je parle de boîte(s). En fait, elles doivent craindre que je débarque un bon matin avec les corps morts de tout ce que j’ai acheté au fil du temps, un long et lourd camion-remorque, un peu comme la gang de Verre-Vert.

Éco-Logique

T’as-tu ton tofu?

CHRONIQUE / Pis? Vous avez profité de mon absence pour vous faire une liste longue comme le bras d’initiatives écologiques à mettre en place d’ici 2020?

Cool. Hâte d’entendre ça.

Éco-Logique

Lutte à finir avec un lave-vaisselle... et autres bébelles

C’était lui ou moi.

Dans le coin droit, masqué de mystère et de quelques années de loyaux services, un lave-vaisselle qui ne voulait plus laver de vaisselle. Dans le coin gauche, une fille qui n’avait pas envie d’aller magasiner des électroménagers ou de reprendre du service devant l’évier.

Une lutte à finir, carrément, alimentée non seulement par un entêtement génétique, mais également par une publication de ma blonde sur les réseaux sociaux où on me voyait agenouillée à côté du lave-vaisselle, une pince à la main, prête à me salir les mains, certes, mais pas à entacher ma réputation.

Parce que je suis née avec un marteau et un coffre d’outils dans les mains, moi, madame. 

Bon, peut-être pas née, mais y a dans l’album familial une vieille photo sépia de moi en salopette carreautée, j’ai une boîte à lunch dans une main, un petit coffre à outils dans l’autre, je m’en vais sur un chantier avec mon père du haut de mes 4 ans. Je me souviens d’avoir planté des clous dans le plancher d’une maison qui n’avait pas encore de murs. (Je suis déjà repassée devant, ça tient encore debout des décennies plus tard!)

Peu importe, sortons du chantier, ce que je voulais dire, c’est que ça va de soi que chez nous, depuis la nuit des temps et que je suis partie dans mon premier appartement, y a forcément un marteau, deux ou trois pinces (dont des long-nose), une variété de tournevis pis un plat de margarine avec un paquet de clous, de vis pis de gogosses qui peuvent toujours servir pour installer une étagère, improviser un meuble, réparer une chaise, une porte ou un lave-vaisselle.

En fait, c’est vrai pis c’est pas vrai. Le lave-vaisselle, j’avais jamais touché à ça, et même si j’ai appris quelques vagues notions sur les circuits électriques dans un cours d’exploration technique en secondaire 3, me sentais pas très à l’aise devant la grosse machine.

Mais ses lumières clignotaient comme dans un show rock des années 80, le cycle se lançait quelques secondes puis s’arrêtait invariablement en laissant un pouce d’eau dans le fond de la bête. Elle me défiait.

« On va en acheter un autre », m’a lancé ma douce moitié avant d’amorcer le magasinage en ligne.

« Over my dead body beubé! »

Je sais. Obsolescence programmée, que vous allez me dire.

Vrai que depuis des années les choses ne sont plus fabriquées pour durer.

Mais on n’est plus programmés pour les réparer non plus. Souvent, on n’est même plus programmés pour attendre qu’elles rendent l’âme avant de les remplacer.

« Hey chéri.e, on refait la cuisine?! On en profite pour changer les carreaux, les électros, le gazebo, l’auto, les marmots? »

Du neuf, c’est toujours tentant, ça calme nos désirs de changements sans trop d’engagements, si ce n’est sur la marge de crédit, le tas de cochonneries et les ressources.

Et si on se modérait sur la marge et le tas, histoire de se préserver les ressources? La base de tout, toujours, cette réduction à la source.

Je sais, il y a de ces trucs sur lesquels on a l’impression de n’avoir aucun contrôle. Le jour où ma tablette est morte, j’ai su que je n’allais pas la ressusciter, j’en ai fait mon deuil. Mais je ne l’ai pas remplacée... et je ne m’en porte pas plus mal.

Depuis, j’ai décidé que chaque bris allait être traité à la pièce. Ça se répare? On répare. C’est terminé? Est-ce que ça doit absolument être remplacé? Par du neuf? De l’usager? De la location ou de l’emprunt de temps en temps?

Des fois, c’est surprenant, quand on évalue réellement nos besoins, on réalise qu’ils sont finalement peu nombreux.

C’est le cas du lave-vaisselle, qui ne sera pas remplacé lorsqu’il rendra l’âme, mais ça il ne le sait pas encore. Ma blonde non plus d’ailleurs, on tient ça mort.

Là, grâce à ma patience légendaire (des jours d’entêtement en vérité), une clé Allen, des pinces et un technicien ben d’adon au téléphone, j’ai trouvé le bobo et remplacé la boîte de contrôle pour le tiers du prix d’un neuf. 

Première ronde, Bolduc, qui va se reposer de tout ça. On se rejase en février. 

+

En moyenne, chaque Canadien produit environ 400 kilos de déchets par année, c’est l’équivalent d’à peu près 10 lave-vaisselle.

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Pas né. e. s avec un marteau entre les dents?

En Estrie, l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) a récemment fait paraître un bottin rassemblant toutes les ressources pour la réparation d’objets divers, incluant les entreprises privées, les groupes d’entraide, les coopératives d’échanges, de prêts d’outils, les tutoriels et sites internet, les ressources offrant de la formation et les options disponibles pour disposer des objets qui ne se réparent plus. Ailleurs au Québec, vérifiez auprès de l’ACEF de votre région, des centres de loisirs ou de formation.

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Il existe dans toutes les régions du Québec des Accorderies dont la mission est de contrer la pauvreté et l’exclusion sociale en mettant à la disposition des gens des services individuels et des activités d’échanges. Vous pouvez y dénicher du savoir-faire et y proposer le vôtre.

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Il existe aussi différentes ressources d’échanges et de prêts d’outils dans chaque communauté, juste pour éviter de surconsommer dans la scie sauteuse à outrance.

Éco-logique

Petit pacte de bonne année groundée!

Les grandes résolutions du Nouvel An sont sur le bord de débarquer sur votre perron et, tout comme moi, vous commencez à être à court d’inspiration?

On s’entend que tu ne peux pas souhaiter être plus extraordinaire encore chaque année. À un moment donné, une fois atteinte la perfection, on tourne en rond, et c’est d’un ennui, j’vous dis pas.

Ben non.

Malgré toutes ces rumeurs que j’alimente moi-même, je ne suis pas (toujours) parfaite.

Bon, une fois passé le choc, avouez que ça enlève de la pression de se dire qu’on a encore une petite marge de manœuvre du côté du mieux pis du meilleur pis du moins pire et que ça vaut pour tout le monde.

Suffit parfois simplement de laisser du temps pis un petit paquet de bienveillance traîner pas loin.

Alors envie de vous empiler quelques résolutions potentielles dans un coin?

D’accord.

Avant de partir, je fais un détour du côté du Pacte, que plus de 250 000 Québécois ont signé, mais que quelques-uns ont décrié parce que « Oh! Scandale! Certains des signataires ont une empreinte écologique énooooorme».

Au nombre des 500 premiers signataires, l’auteur Fabien Cloutier qui dans le très uppercutant numéro d’un récent spectacle collectif envoyait un coup de semonce bien visé aux écolos de la première heure, aux bien-pensants et aux chialeux chroniques qui s’étaient offusqués de voir des artistes et gens bien nantis s’afficher parmi les initiateurs du Pacte.

Je le paraphrase un peu, et je coupe tous les bouts drôles pour éliminer la compétition, mais pour l’essentiel : « Cr... réjouis-toi! Ç’a pris du temps, mais ç’a fini par se rendre dans leur tête. Y a maintenant plus de monde qui comprend les enjeux, y a plus de monde prêt à faire ce qu’il y a à faire pour l’environnement. C’est une bonne nouvelle. »

Ouaip.

Parce que c’est un enjeu collectif, l’environnement. 

Pis que la collectivité, c’est la somme des individus, de leurs gouvernements et des institutions.

Tu peux rester dans un coin en gueulant que c’est l’affaire des gouvernements et que les petits gestes n’ont pas d’impact.

Tu peux aussi aller t’installer dans l’autre coin pis gueuler plus fort encore que les individus ne pourront jamais faire bouger les gouvernements et que c’est sans issue.

Mais entre les deux, y a plein de nuances, d’options et de possibilités. 

Signer le Pacte, le mettre en œuvre, en fait partie. 

Parce que signer le Pacte, c’est envoyer aux gouvernements et aux institutions un message clair et collectif de nos préoccupations environnementales et de notre détermination à les avoir à l’œil... tout en s’engageant à agir individuellement et en gang.

Ça se peut qu’on parte de loin, individuellement et collectivement. C’est pas grave.

Je répète : c’est. pas. grave.

It’s not grave.

L’important, c’est de commencer quelque part, et surtout entre les oreilles. 

En fait, c’est fou tout ce qui part de ce lieu un peu obscur entre nos oreilles. C’est là qu’il faut se les semer, nos résolutions.

Tiens, faisons ça. Semons-nous des petites graines de réflexion et de réflexes entre les oreilles pour que nos gestes s’enracinent solidement et poussent bien fort dans le soleil.

Résolution.s en trois temps, comme une valse.

1. Reprendre contact avec ce qu’on mange 

Ça se décline de plein de façons, je vous pitche ça en vrac, vous pigez un lot ou un petit bout, c’est à votre guise : profiter des prochaines portes ouvertes de l’UPA pour visiter quelques fermes, demander à son boucher l’origine de sa viande, acheter ses produits au marché public en prenant le temps de parler avec les maraîchers ou producteurs, s’abonner à un panier bio-local, cultiver quelques légumes sur son balcon ou lancer son premier potager, privilégier le produit local, faire un sit-in larmoyant dans l’aller du supermarché quand il n’y en a pas, réduire sa consommation de viande, éviter les produits (trop) emballés, acheter en vrac, cuisiner un repas de plus par semaine, oser son bouillon de légumes ou de poulet, son pain, ses céréales, ses muffins, cuisiner végé et arrêter de manger de son prochain.

2. Assumer pleinement son pouvoir d’achat

Ce qui veut aussi dire — aucun spécialiste de marketing n’insistera beaucoup là-dessus — son pouvoir de ne pas acheter.

Oui, il y a un paquet d’activités possibles un jour de pluie hors des murs du centre d’achat, on se fie sur vous pour trouver ce qui vous parle, mais on sait qu’il vous reste de l’imagination.

Ça veut aussi dire acheter d’occasion, louer, emprunter, acheter en collectivité, fabriquer, créer, réparer, s’en passer.

Moins d’achats, moins de dépenses, moins besoin d’argent, moins besoin de travailler, plus de temps, pour soi et pour ses proches.

3. Se mouvoir la mouvance

Laisser la voiture se reposer un peu quand on peut, y faire grimper quelques passagers quand il faut la sortir, maximiser les déplacements, se contenter d’une seule (ou de pas du tout) voiture si possible, marcher plus souvent, privilégier le transport en commun là où il est disponible, compenser ses déplacements aériens, troquer son boat à moteur pour une chaloupe, son yacht pour un kayak, et son cheval pour un âne.

Commençons simplement par ça, des petits bouts de ça, des discussions et des mises en œuvre de ça, dans le plaisir, sans le stress de performance et de perfection, un genre de pacte entre nous, en marge de ce Pacte que vous pouvez encore et toujours aller signer en ligne à lepacte.ca.

Et au cours des prochaines semaines, on se décline ça tout doucement, sans chercher à être parfait.e.s.

Quoique...

Bonne année groundée!

Éco-Logique

De quoi s’emballer

CHRONIQUE / Vous l’avez sûrement vu, c’est un classique du début des années 90, (bon, j’y vais un peu fort avec le « classique », j’avoue) mais si ce n’est pas le cas, je vous invite à visionner Le secret est dans la sauce, version française de Fried Green Tomatoes.

Je ne rentre pas dans les détails, mais il y a dans ce film une scène où le personnage d’Evelyn Couch, interprété par Kathy Bates, se confectionne pour rallumer la flamme de son couple une robe de pellicule plastique, aussi appelée film étirable, mais qu’on nomme tous par la marque d’une compagnie bien prospère.

Bref, imaginez que votre bien-aimé.e vous ouvre la porte joliment vêtu.e d’une robe chic et sexy en pellicule plastique alimentaire.

Chaque fois que j’en utilisais (pas pour m’habiller, juste pour mettre des restes de table au frigo) je pensais inévitablement à cette scène, à Kathy Bates, puis à Kathy Bates dans Misery, à Kathy Bates en train de péter les chevilles de James Caan à grands coups de masse.

Re-bref, je faisais un lien direct entre la pellicule plastique et des chevilles pétées à coups de masse.

C’est fou le subconscient des fois, hein?

Mais t’sais, soyons ésotériques deux minutes, les images du continent de plastique et de l’ampleur de la pollution des océans par les matières plastiques, ça fait pas mal l’effet de coups de masse dans les chevilles, non?

C’est comme ça donc qu’à un certain moment, dans ma petite maison dans la prairie, on est arrivé au bout du rouleau de pellicule alimentaire et qu’on n’en a juste pas racheté.

On n’en a plus racheté, mais pendant quelques semaines, réflexe et conditionnement, aussitôt que j’avais un petit reste de table à caser ou que je m’enlignais pour le premier pointage de mon pain, j’étirais la main vers le tiroir à tite-pellicule.

Pas de tite-pellicule. Petit grattage de tête et de méninges.

Fallait trouver des alternatives, et vite.

Facile de remplacer pour le pointage du pain la pellicule par un linge à vaisselle humide. Pas trop compliqué non plus de mettre une assiette en équilibre sur un bol quand on range de la soupe au frigo.

Et une certaine réserve de plats avec couvercles assortis, ça permet de gérer pas mal d’affaires quand on revient de l’épicerie (ou quand on y va, si vous êtes déjà dans une démarche zéro déchet) ou que la visite sacre son camp sans avoir vidé les plats.

Oui, mais il finit toujours par en manquer, des plats, me direz-vous, sans compter que c’est assez coûteux et que les couvercles, quand ils ne fendillent pas de partout, ben c’est comme les bas, ça disparaît.

Alors?

Alors de un, on a sous la main une panoplie de pots Mason qui servent bien sûr pour les conserves d’automne, mais aussi pour les achats en vrac (on en reparlera) et pour la mise au frigo ou au garde-manger de ce qu’il y a en trop.

Pas de Mason à la maison? Pas grave. Ce que vous avez sous la main, ça fait la job. Le pot de moutarde ou de confiture ou de pickles est terminé? C’est bien de le mettre au recyclage, mais vous pouvez aussi le mettre à l’ouvrage. 

Ça peut assurément garder au frais et au sec vos noix, vos dattes, vos flocons d’avoine et vos rêves les plus fous, mais ça peut aussi très bien vous permettre de trimballer votre potage, votre chili et votre bonne humeur légendaire au bureau.

Quoi d’autre? L’emballage réutilisable à base de coton bio et de cire d’abeille, vous en avez entendu parler tout plein, c’est certain, on en trouve de plus en plus en magasin et vous pouvez aussi assez facilement vous en fabriquer à la maison. Ça prend, vous vous en doutez, du coton, de la cire d’abeille, un four et un peu d’amour.

Mais bon, avant de vous lancer dans la fabrication, ça vaut la peine de l’essayer, ça vient en différentes dimensions, c’est assez malléable, ça s’entretient au savon doux, loin des grosses chaleurs de l’eau et du micro-ondes.

Et c’est réutilisable pendant des mois pour emballer vos fruits et légumes, vos sandwichs, vos muffins, vos restes de dinde de Noël, de tofu géant et vos enfants si vous ne trouvez plus leur tuque et leurs mitaines.

Sur ce, joyeux chrismas, bonnes bouffes, belle répartition des restes et, si vous croisez Kathy Bates, prudence.

Éco-logique

Pas un cadeau...

CHRONIQUE / Ma mère vous dira que je n’ai jamais été un cadeau, ma blonde renchérira que ça ne s’est pas arrangé avec le temps. Et les deux vous souligneront, mes amis le confirmeront, je n’en donne pas non plus, des cadeaux.

Ça date. Ça date de ce soir du temps des Fêtes chez mon frère, y a une quinzaine d’années, où ses enfants se sont mis à chigner solide pendant l’orgie de cadeaux à laquelle on avait tous participé délibérément, sans trop se poser de questions. Chaque cadeau à peine déballé était repoussé sous la table du salon pour aller chercher le suivant sous le sapin, ça se foutait pas mal de ce que ça venait de recevoir, de la part de qui et pourquoi, ils en voulaient juste plus, beaucoup plus, tout le temps.

Ça donnait envie de mettre les enfants dans une boîte, de tout remballer en y allant à double tour sur le ruban adhésif et de les retourner au magasin.

On s’entend que le problème n’était pas nécessairement au niveau des enfants.

Nombre de parents vous le confirmeront : difficile parfois de modérer les transports des grands-parents, des minoncles et des mitantes, des parrains, marraines et guides spirituels. Complexe aussi de gérer les attentes des enfants qui tiennent un compte du décompte de cadeaux.

Anyway. Ç’a sonné chez moi le glas du cadeau de fête ou des Fêtes. Terminé, that’s it, finito, on fait comme Julie Masse et on repart à zéro. 

Désormais, les flos, ce sera de l’exploration, découvertes, des fous rires, des souvenirs, des liens aussi qui se créent et qui durent d’un noël à l’autre, d’un anniversaire à une autre célébration.

Qui laissent peu de traces sur l’environnement, mais tout plein dans le cœur, l’âme, la mémoire.

Plus concrètement, ça se traduit par une virée en vélo ou en pédalo, ce pique-nique sur la montagne où tu vas finir par transporter la plus jeune sur tes épaules pour redescendre, un match des glorieux pas si glorieux, des variations sur le thème du cirque, un paquet de spectacles, des soupers préparés en gang pis en riant, des films avec pop-corn dont on parle encore, des jasettes autour du feu qui restent dans la tête et le cœur longtemps, longtemps.

Le temps.

C’est le cœur de l’affaire. 

C’est aussi l’affaire dont on se plaint toujours de manquer.

Mais t’sais, si t’en manques, prends-en un peu plus, c’est tout, vous dirait sagement ma grand-mère si elle était encore de ce monde.

Je le sais, ç’a presque l’air trop simple. 

Mais t’sais, des fois, faut revenir à la base de tout, prendre le temps, prendre son temps, se le répartir plus joyeusement, plus intelligemment, plus généreusement surtout.

Des fois, faut répartir du temps sous le sapin pour les gens qu’on aime. Pis s’inclure là-dedans.

Pas pire cadeau.

Bon. Ceci étant dit, je vous laisse ici une boîte de suggestions, vous pouvez piger dedans sans gêne ou vous en inspirer pour vos cadeaux de dernière minute ou de la prochaine année. Et ça vient sans emballage!

Des cours, parce que savoir, faire pis le savoir-faire, c’est bon.

De boulange ou de cuisine, en famille pourquoi pas, histoire de revoir avec les enfants notre rapport à la nourriture et à sa préparation. Belle façon de ramener ensuite à la maison le plaisir de cuisiner et manger ensemble, de moins gaspiller aussi. Une occasion peut-être même de s’initier au végé ou au vegan si vos ados vous poussent dans le dos depuis un moment...

Tout le monde qui a vu Fantôme d’amour a envie de se laisser séduire par la poterie. Beau cours à s’offrir entre ami. e. s. Variations sur un même thème moins sensuel mais tout aussi cool avec le dessin, la sérigraphie, la gravure ou la peinture...

Un pouce, ça se peinture en vert, ça prend souvent juste une certaine initiation au potager, à la cueillette et production de champignons ou à la permaculture. Des cours se donnent tout au long de l’année un peu partout au Québec, les prix et la durée varient.

Tango, swing, guitare, batterie, cor anglais, en avant la musique...

Ébénisterie, soudure, mécanique automobile, réparation de petits appareils, plomberie, parce que tu peux toujours appeler le beau-frère, mais des fois c’est le fun quand il reste chez eux pis que tu t’arranges tout seul. e...

Orientation à la boussole. Y a à peu près pas de chance que ça serve, mais ça ferait changement de croiser sur la rue des gens qui regardent une boussole en cherchant le nord plutôt que leur cell en cherchant un sens à leur vie.

Chronique

Calendrier du grand débarras

CHRONIQUE / Des fois, souvent, on ne sait pas par où commencer.

C’est un peu ce qui se passe dans mon trop grand bungalow meublé d’une collection de tables, de vieux fauteuils, de patentes, de gogosses et de cossins rapaillés au fil de trente ans de ventes de garage, de brocantes bon marché et d’antiquaires à l’époque où ils étaient moins populaires et donc moins chers.

J’ai le décor chargé et hétéroclite. Tu viens assurément pas chez nous pour te reposer l’œil, mais c’est un bordel qui me sied assez bien. 

Moins à ma douce, qui depuis quelque temps déjà me presse la patience à grands discours minimalistes. En gros, je résume parce qu’elle parle beaucoup, elle veut qu’on se débarrasse de tout plein de choses, qu’on se lousse du coup l’espace et l’esprit.

Des fois, souvent, tu sais que quelque chose est bon pour toi, mais tu hésites quand même à y aller.

Mais j’ouvre mon cœur, comme diraient les coachs de vie de ce monde.

En fait, j’avais déjà accepté de passer, pièce par pièce, pour faire le tri de ce qui peut partir et de ce qui doit rester, mais ce n’était pas sans avoir déjà apposé un droit de veto sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un livre, un disque, une toile/photo/gravure/sculpture.

Et à quelques petites choses encore pour lesquelles j’ai des projets quinquennaux que je remets de cinq ans en cinq ans.

« Pis les tables tournantes, les projecteurs, les radios qui ne fonctionnent pas? »

Pas touche.

On entend ici le son de la résistance. De ma résistance.

On est tous un peu dans la résistance face au changement, aussi bénéfique s’annonce-t-il.

C’est un peu pour ça que des fois, souvent, faut commencer doucement, même si on sait qu’il faudra plus et plus rapidement. 

L’important, c’est de commencer. Quelque part.

Et de ne pas s’arrêter là.

Je vous parle alors de la députée de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, Christine Labrie, un rare petit point orange solidaire en régions du Québec, mais l’allégeance est assez accessoire dans le cas qui nous intéresse.

Mère de trois jeunes enfants, Christine Labrie annonçait cette semaine sur les réseaux sociaux que la petite famille avait instauré un calendrier de l’avent inversé. Concrètement, parents et enfants déposent chaque jour dans un sac à cet effet un objet qu’ils n’utilisent plus et qu’ils souhaitent donner à quelqu’un d’autre. Un quelqu’un d’autre qui pourra, on l’imagine, être connu ou inconnu, individu ou organisme.

Madame Labrie expliquait que l’opération était tellement bénéfique dans sa chaumière qu’ils envisageaient de la poursuivre au-delà du 25 décembre.

J’ai relayé l’idée à la minimaliste de ma propre demeure, démontré une belle ouverture je crois à ce qu’on avance ainsi tout en douceur vers une certaine épuration des lieux et des nécessités.

Parce que l’objectif final, ce n’est certes pas de se débarrasser sur un coup de tête de choses que l’on cherchera désespérément à remplacer à la première occasion.

Ce qu’on souhaite, ultimement, c’est revoir notre relation aux choses, aux objets qui nous entourent, à notre besoin insatiable de se les approprier, de les accumuler, de les remplacer, souvent même avant la fin de leur vie utile. 

Ce qui serait tout à fait extraordinaire, disons-le en cette période de l’avent qui s’adonne à arriver juste avant Noël, c’est de retrouver un rapport plus sain aux bébelles, qu’on ait 7, 37 ou 77 ans.

Fait que je vais amorcer mon calendrier de l’avent un brin en retard, mais y a peut-être des copies vinyles de La Mélodie du bonheur pis de Grease, quelques bouquins que je garde en double pis une table tournante qui vont finalement sortir de la maison.

Des fois, souvent, il faut résister à la résistance.

Quoi faire avec tout ça? Chaque région regorge d’organismes prêts à assurer le relais entre vos surplus et les besoins de quelqu’un d’autre. Et pourquoi ne pas envisager du troc ou encore une méga vente-débarras avec vos collègues ou vos voisins, les fonds recueillis pouvant alors être remis à un organisme ou servir à l’aménagement d’un potager collectif? 

Éco-logique

Se ralentir le conditionnement

CHRONIQUE / « Ouin. Là, je veux bien, mais ça c’est un bout où je ne pense pas te suivre. C’est too much… »

Elle, c’est Jess, extraordinaire amie et collègue photographe, une fille qui fait donc beaucoup de route, toujours très pressée entre deux assignations, la job, les enfants, les courses, les projets pis toutes les autres affaires. 

Je venais de lui annoncer mon intention de faire passer ma vitesse de croisière sur l’autoroute de 120 à 100 km/h, c’est ce que j’ai trouvé de plus créatif et efficace pour réduire ma consommation d’essence et par conséquent l’empreinte de mes déplacements entre la maison et le boulot, deux trucs que j’adore, mais qui sont situés à 50 kilomètres l’un de l’autre.

C’est aussi une façon comme plein d’autres de passer à une autre vitesse dans cette lutte aux changements climatiques.

Bref, Jess trouvait que non. Juste non. 

Et je n’ai pas trop insisté parce que, très honnêtement, ça me saoule un peu d’impatience de rouler à 100 km/h sur l’autoroute quand je suis passagère. 

Et plus honnêtement encore, même derrière le volant, les premières fois que j’ai bloqué la vitesse à 100 km/h, j’avais cette impression étrange et franchement désagréable que je n’arriverais jamais nulle part, que mon esprit se détachait de mon corps et allait me dépasser par la droite en me faisant un doigt d’honneur.

J’sais pas si l’image est claire, mais c’est dire à quel point c’est souvent question de conditionnement. Parce que concrètement, après deux semaines, le corps et l’esprit ont fait la paix, ça roule merveilleusement à 100 km/h, j’écoute une toune de plus pendant le trajet et je suis arrivée partout où je voulais vraiment aller. (Avis aux autres, arrêtez de m’attendre.)

Le conditionnement, que je disais.

L’habitude d’aller vite, de chercher à aller plus vite encore, de se faire répéter que c’est comme ça de façon généralisée, que c’est très bien ainsi, qu’on est dans la norme, normaux donc, et d’y trouver une certaine valorisation.

Conditionnés sur l’autoroute. Pis dans la vie.

Si vous avez amorcé un virage un peu plus écologique, une réflexion sur votre rapport à la consommation ou au travail, ou encore une remise en question du grand culte de la vitesse et de la performance, ça vous aura sans doute sauté aux yeux.

Et pour peu que vous soyez sensible à l’environnement, sans égard pour la teneur du virage que vous avez décidé de négocier, peu importe que vous trouviez votre motivation dans un pacte, une lecture de chevet, des changements climatiques qui vous font suer, les remontrances de vos enfants ou l’avenir de vos petits-enfants, vous savez que vous devez d’abord vous déconditionner.

Et se déconditionner, c’est casser des réflexes et des habitudes. Désapprendre. 

Puis apprendre autre chose, d’autres choses, d’autres façons de faire, de penser, de dépenser, de posséder, d’être même, carrément.

C’est non seulement décider de reprogrammer à la baisse son régulateur de vitesse, mais prendre plaisir à le faire.

Je vous laisse ici pour l’instant, pas que je m’ennuie, mais je pense que je vais allez prendre une bière avec Jess. Faut qu’on rejase...

Actualités

Alexie avec un e

Coiffeuse, esthéticienne, quelques courses. Alexie s’offre une petite virée sherbrookoise de temps en temps, un genre de retour aux sources, mais de façon assez sélective. Pas nécessairement de visite nostalgique à l’université où elle a étudié en kinésiologie ou au gym où elle a travaillé et s’est entraînée pendant des années.

L’entraînement, c’était pas mal toute sa vie. Elle voulait aider ses clients à atteindre leurs buts de remise en forme, cherchait de son côté à développer un corps parfaitement et naturellement musclé. Le corps qui allait lui permettre de remporter plusieurs prix de culturisme entre la première place chez les novices du Québec de l’International Drug Free International en 2007 jusqu’à la première place toutes catégories en 2013 et 2015.

Alexis Brien-Fontaine était un Monsieur Canada presque parfait, coupé au couteau, le sourire radieux, la vie qui allait de soi.

Sauf que dans sa tête, dans tout son être, Alexie savait que ce corps-là, aussi parfait soit-il, ce n’était pas le sien. Pas celui qui fittait avec ce qu’elle était derrière toute sa masculinité de façade, une fille jusqu’au fond de l’âme.

On appelle ça une dysphorie de genre, lui a confirmé une spécialiste il y a deux ans.

« Je l’ai toujours su, je crois. J’ai souvenir, vraiment toute petite, d’une blague d'un proche qui me dit ‘Viens ici ma petite fille’ et que j’avais aimé ça, ça collait à ma peau », me racontait Alexie il y a un mois.

C’était quelques jours à peine avant de subir une vaginoplastie au Centre métropolitain de chirurgie, pas très loin de chez elle, dans le nord de Montréal, là où elle s’est installée pour reprendre des études, cette fois en sciences infirmières à Bois-de-Boulogne.

Chaque semaine, le docteur Pierre Brassard effectue une dizaine de vaginoplasties, pour environ une phalloplastie pendant la même période. Les patients viennent des quatre coins de la planète.

Que dire de la vaginoplastie? Techniquement, que seuls les testicules et le corps caverneux sont retirés, que le reste du pénis est métamorphosé pour la construction du néo-vagin, permettant de conserver à la fois les fonctions de l’organe et de recréer l’univers féminin avec toutes ses zones érogènes.

On peut aussi en dire que des soins de dilatation sont nécessaires pendant des mois après l’opération afin d’éviter une cicatrisation naturelle que cherche à effectuer le corps.

Qu’en dire de plus? « Pour moi, ç’a été vraiment très douloureux dans les heures et les jours qui ont suivi. Ça n’a pas été facile. J’en ai braillé », racontait Alexie quelques jours après l’intervention.

Qu’est-ce qui était le pire, Alexie, la vaginoplastie ou l’acceptation de cette transidentité?

« Clairement l’acceptation, répond-elle sans hésiter. Tu vis ta vie, tu fais tout pour qu’elle soit ‘normale’, mais un moment donné, tu penses juste à ça, ça te paralyse, ça vient fucker tes relations avec les gens autour de toi, t’es obsédée, tu n’es plus fonctionnelle. »

Alexie a fini par en parler. Avec une professionnelle, avec ses proches aussi, progressivement. 

Vivre la vie d’Alexie avec un e, c’était une question de vie ou de mort.

Alexie a commencé l’hormonothérapie il y a un an et demi, a quitté Sherbrooke pour Montréal. La première fois qu’elle s’est présentée à ses cours à Bois-de-Boulogne, c’est aussi la première fois qu’elle sortait « en elle-même ». Ses cheveux avaient poussé, elle avait pris grand soin à son maquillage, avait choisi ses vêtements dans sa nouvelle garde-robe toute féminine.

« C’est sûr qu’il y a eu des réactions, il y en avait qui n’étaient pas sûrs, mais j’ai fini par gagner leur respect avec le temps et ma personnalité de feu », lance-t-elle dans un grand rire.

Vrai qu’elle a une personnalité de feu, Alexie. Début trentaine, talentueuse, brillante, une maîtrise en kinésiologie et des études en sciences infirmières qui lui permettent de ne rien échapper de sa métamorphose, solide dans sa tête, sens de l’humour incroyable, capable d’exprimer ses idées et son cheminement, elle a commencé à donner des conférences dans les écoles et les organismes l’hiver dernier.

« Si l’acceptation des trans est plus grande qu’elle l’était auparavant, il y a encore bien du chemin à faire quand même. Si je peux faire ma part pour aider à démystifier cette réalité, je vais le faire », explique-t-elle.

C’est pour cette raison également qu’elle a accepté d’être le sujet d’un film documentaire mené par une équipe estrienne, dont fait partie l’auteure de ces lignes, et dont le tournage se poursuivra pendant une année complète.

« Il reste encore plusieurs étapes, mais la vaginoplastie, c’en était une grande, confie Alexie. Quand tu as accepté le fait que tu es une femme, que tu décides d’avancer dans le processus, ton pénis devient une barrière, une chose qui n’a pas d’affaire là. »

Au sortir de la salle d’opération, les parents d’Alexie étaient là tous les deux. Ils avaient fait le trajet depuis Valcourt, où ils ont élevé leurs trois garçons, pour accueillir la fille qui prend le relais de l’un d’entre eux.

« C’est important pour moi que ce soit eux qui soient là à mon retour de l’opération. Ils étaient là à ma naissance, c’est symbolique qu’ils soient là aussi pour cette renaissance. »

Une fille qui vit désormais sa vie de fille, hormonothérapie à l’appui, famille et amis à portée de clics, projets plein la tête.

« Ma vie commence, j’ai hâte de voir comment tout ça va aller. Mais je le sais que ça va bien aller. »

Actualités

Que le cinéma ne parte jamais en fumée

CHRONIQUE / On est quelque part dans les années 1970, dans mon Windsor natal où l’usine de pâte et papier sert de baromètre, où un monsieur avec un haut-parleur sur sa mini van brune diffuse des bonnes et des mauvaises nouvelles et où on retrouve un cinéma juste à côté de la biscuiterie.

J’y ai vu Les 101 dalmatiens en animation, une version de 1961 qu’on avait sûrement eu à bas prix, je ne sais pas, mais Cruella y était dangereusement impressionnante.

C’est le seul film que je me rappelle avoir vu là, mais je décryptais toujours les affiches de la vitrine en passant, puis ce guichet à l’ancienne dans l’entrée étroite qui ressemblait à un confessionnal.

Quelques mois, quelques années plus tard, c’est flou, de la maison de mes grands-parents à l’extérieur de la ville, on a vu une colonne de fumée s’élever dans le ciel, et ce n’était pas l’usine qui annonçait une averse.

C’était le cinéma qui passait au feu. J’ai été aussi dévastée que le bâtiment, qu’on s’est bien sûr empressé de convertir en stationnement.

Quand je suis venue étudier au Cégep de Sherbrooke, une longue décennie plus tard, j’ai pris un appartement sur Kennedy, dans le fond d’une cour, j’ai arpenté Sherbrooke à ma guise et je suis tombée en amour avec la Maison du cinéma qui avait ouvert ses portes deux ans plus tôt en lieu et place du Capri.

Je vous niaise pas, je pense que je traversais le pont tous les soirs pour y voir à peu près tout ce qu’on y présentait. Des fois, je les revoyais deux, trois, quatre fois.

James Ivory, Eric Rohmer Woody Allen, Wim Wenders, Denys Arcand, ils habitaient pratiquement tous là en permanence, j’allais leur tenir compagnie sans dire un mot, il faisait sombre dans les salles, mais y avait de la saprée belle lumière dans ma vie de cégepienne.

Des fois, je me demande comment j’aurais occupé mes temps libres, mais surtout comment je me serais construit l’être humain sans cette Maison du cinéma, sans ces gens qui ont eu l’audace de sa renaissance, Jacques Foisy en tête.

Fallait y croire sur un chaud temps en cette ère de beta, de vhs, de télés câblées, surtout quand tu t’entêtes à diffuser une bonne part de cinéma de répertoire.

Fallait que les membres de la famille Hurtubise soient tout aussi timbrés quand ils en ont fait l’acquisition en 2011.

Imaginez. Le beta et le vhs s’étaient pas mal tous retrouvés dans les ventes de garage et les sous-sol d’églises, mais le dvd avait encore les reins solides et il y avait tout ce trafic sur le web qui s’intensifiait déjà, qui ne cesse de.

Et pourtant.

Et pourtant, non seulement Denis Hurtubise, Karen Hansen et leur progéniture sont là, avec leur Maison du cinéma qui a multiplié ses salles et ses améliorations technologiques, qui a su conserver sa mission et son indépendance – sérieusement, des fois on oublie notre chance d’avoir un cinéma indépendant à portée d’élan - mais ils s’assurent de mille façons que cette maison soit aussi celle de tout le monde, y compris celle du Festival cinéma du monde.

Parce que t’sais, pas de Maison du cinéma, pas de Festival.

Pas de passionnés de cinéma, pas de Festival de cinéma.

Pas de monde, pas de Festival de cinéma du monde.

Ça adonne vraiment bien que tout ça, ce soit là.

Ç’aurait été triste de voir le cinéma partir lui aussi en fumée.

Sonia Bolduc

Où sont les femmes?... Chefs?

CHRONIQUE / Où sont les femmes chefs? La question est tellement pertinente que non seulement Vérane Frédiani en a fait un documentaire de 90 minutes, mais que les organisateurs du Festival cinéma du monde ont toute les difficultés du monde à réunir le panel de discussion qui doit suivre le ciné-brunch de dimanche au Parvis.

La chef propriétaire Suzie Rainville, elle, a accepté l’invitation tout de go. Sortir de la cuisine de son Baumann Smokehouse pour parler de la place des femmes en cuisine, parler restauration, parler de son univers, de sa passion, de sa réalité, oui, avec plaisir.

Arts et spectacles

L'art et le cinéma

CHRONIQUE / «M’a être ben franc, avant que je le connaisse, j’avais jamais regardé un coucher de soleil de ma vie. Oui, j’en avais tout de ben regardés, mais pas comme là. (...) On a appris avec lui à regarder les couchers de soleil ou un lever...»

Le lui dont on parle, c’est le peintre Jean-Paul Riopelle.

Arts et spectacles

L’adoption, chacun son histoire

CHRONIQUE / L’adoption, un geste d’abandon ou un don ? La question, beaucoup plus complexe que je vous la lance ici, sera longuement (et ardemment, promet-on !) débattue aujourd’hui jeudi à la Taverne O Chevreuil.

Le docteur Jean-François Chicoine dans un coin, l’historienne (et candidate solidaire) Christine Labrie dans l’autre, on retrouvera entre les deux le directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie, Alain Trudel, la directrice de santé publique Estrie, docteure Mélissa Généreux, ainsi que l’auteure franco-roumaine Marion Dagen.