Chronique

Calendrier du grand débarras

CHRONIQUE / Des fois, souvent, on ne sait pas par où commencer.

C’est un peu ce qui se passe dans mon trop grand bungalow meublé d’une collection de tables, de vieux fauteuils, de patentes, de gogosses et de cossins rapaillés au fil de trente ans de ventes de garage, de brocantes bon marché et d’antiquaires à l’époque où ils étaient moins populaires et donc moins chers.

J’ai le décor chargé et hétéroclite. Tu viens assurément pas chez nous pour te reposer l’œil, mais c’est un bordel qui me sied assez bien. 

Moins à ma douce, qui depuis quelque temps déjà me presse la patience à grands discours minimalistes. En gros, je résume parce qu’elle parle beaucoup, elle veut qu’on se débarrasse de tout plein de choses, qu’on se lousse du coup l’espace et l’esprit.

Des fois, souvent, tu sais que quelque chose est bon pour toi, mais tu hésites quand même à y aller.

Mais j’ouvre mon cœur, comme diraient les coachs de vie de ce monde.

En fait, j’avais déjà accepté de passer, pièce par pièce, pour faire le tri de ce qui peut partir et de ce qui doit rester, mais ce n’était pas sans avoir déjà apposé un droit de veto sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un livre, un disque, une toile/photo/gravure/sculpture.

Et à quelques petites choses encore pour lesquelles j’ai des projets quinquennaux que je remets de cinq ans en cinq ans.

« Pis les tables tournantes, les projecteurs, les radios qui ne fonctionnent pas? »

Pas touche.

On entend ici le son de la résistance. De ma résistance.

On est tous un peu dans la résistance face au changement, aussi bénéfique s’annonce-t-il.

C’est un peu pour ça que des fois, souvent, faut commencer doucement, même si on sait qu’il faudra plus et plus rapidement. 

L’important, c’est de commencer. Quelque part.

Et de ne pas s’arrêter là.

Je vous parle alors de la députée de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, Christine Labrie, un rare petit point orange solidaire en régions du Québec, mais l’allégeance est assez accessoire dans le cas qui nous intéresse.

Mère de trois jeunes enfants, Christine Labrie annonçait cette semaine sur les réseaux sociaux que la petite famille avait instauré un calendrier de l’avent inversé. Concrètement, parents et enfants déposent chaque jour dans un sac à cet effet un objet qu’ils n’utilisent plus et qu’ils souhaitent donner à quelqu’un d’autre. Un quelqu’un d’autre qui pourra, on l’imagine, être connu ou inconnu, individu ou organisme.

Madame Labrie expliquait que l’opération était tellement bénéfique dans sa chaumière qu’ils envisageaient de la poursuivre au-delà du 25 décembre.

J’ai relayé l’idée à la minimaliste de ma propre demeure, démontré une belle ouverture je crois à ce qu’on avance ainsi tout en douceur vers une certaine épuration des lieux et des nécessités.

Parce que l’objectif final, ce n’est certes pas de se débarrasser sur un coup de tête de choses que l’on cherchera désespérément à remplacer à la première occasion.

Ce qu’on souhaite, ultimement, c’est revoir notre relation aux choses, aux objets qui nous entourent, à notre besoin insatiable de se les approprier, de les accumuler, de les remplacer, souvent même avant la fin de leur vie utile. 

Ce qui serait tout à fait extraordinaire, disons-le en cette période de l’avent qui s’adonne à arriver juste avant Noël, c’est de retrouver un rapport plus sain aux bébelles, qu’on ait 7, 37 ou 77 ans.

Fait que je vais amorcer mon calendrier de l’avent un brin en retard, mais y a peut-être des copies vinyles de La Mélodie du bonheur pis de Grease, quelques bouquins que je garde en double pis une table tournante qui vont finalement sortir de la maison.

Des fois, souvent, il faut résister à la résistance.

Quoi faire avec tout ça? Chaque région regorge d’organismes prêts à assurer le relais entre vos surplus et les besoins de quelqu’un d’autre. Et pourquoi ne pas envisager du troc ou encore une méga vente-débarras avec vos collègues ou vos voisins, les fonds recueillis pouvant alors être remis à un organisme ou servir à l’aménagement d’un potager collectif? 

Éco-logique

Se ralentir le conditionnement

CHRONIQUE / « Ouin. Là, je veux bien, mais ça c’est un bout où je ne pense pas te suivre. C’est too much… »

Elle, c’est Jess, extraordinaire amie et collègue photographe, une fille qui fait donc beaucoup de route, toujours très pressée entre deux assignations, la job, les enfants, les courses, les projets pis toutes les autres affaires. 

Je venais de lui annoncer mon intention de faire passer ma vitesse de croisière sur l’autoroute de 120 à 100 km/h, c’est ce que j’ai trouvé de plus créatif et efficace pour réduire ma consommation d’essence et par conséquent l’empreinte de mes déplacements entre la maison et le boulot, deux trucs que j’adore, mais qui sont situés à 50 kilomètres l’un de l’autre.

C’est aussi une façon comme plein d’autres de passer à une autre vitesse dans cette lutte aux changements climatiques.

Bref, Jess trouvait que non. Juste non. 

Et je n’ai pas trop insisté parce que, très honnêtement, ça me saoule un peu d’impatience de rouler à 100 km/h sur l’autoroute quand je suis passagère. 

Et plus honnêtement encore, même derrière le volant, les premières fois que j’ai bloqué la vitesse à 100 km/h, j’avais cette impression étrange et franchement désagréable que je n’arriverais jamais nulle part, que mon esprit se détachait de mon corps et allait me dépasser par la droite en me faisant un doigt d’honneur.

J’sais pas si l’image est claire, mais c’est dire à quel point c’est souvent question de conditionnement. Parce que concrètement, après deux semaines, le corps et l’esprit ont fait la paix, ça roule merveilleusement à 100 km/h, j’écoute une toune de plus pendant le trajet et je suis arrivée partout où je voulais vraiment aller. (Avis aux autres, arrêtez de m’attendre.)

Le conditionnement, que je disais.

L’habitude d’aller vite, de chercher à aller plus vite encore, de se faire répéter que c’est comme ça de façon généralisée, que c’est très bien ainsi, qu’on est dans la norme, normaux donc, et d’y trouver une certaine valorisation.

Conditionnés sur l’autoroute. Pis dans la vie.

Si vous avez amorcé un virage un peu plus écologique, une réflexion sur votre rapport à la consommation ou au travail, ou encore une remise en question du grand culte de la vitesse et de la performance, ça vous aura sans doute sauté aux yeux.

Et pour peu que vous soyez sensible à l’environnement, sans égard pour la teneur du virage que vous avez décidé de négocier, peu importe que vous trouviez votre motivation dans un pacte, une lecture de chevet, des changements climatiques qui vous font suer, les remontrances de vos enfants ou l’avenir de vos petits-enfants, vous savez que vous devez d’abord vous déconditionner.

Et se déconditionner, c’est casser des réflexes et des habitudes. Désapprendre. 

Puis apprendre autre chose, d’autres choses, d’autres façons de faire, de penser, de dépenser, de posséder, d’être même, carrément.

C’est non seulement décider de reprogrammer à la baisse son régulateur de vitesse, mais prendre plaisir à le faire.

Je vous laisse ici pour l’instant, pas que je m’ennuie, mais je pense que je vais allez prendre une bière avec Jess. Faut qu’on rejase...

Actualités

Alexie avec un e

Coiffeuse, esthéticienne, quelques courses. Alexie s’offre une petite virée sherbrookoise de temps en temps, un genre de retour aux sources, mais de façon assez sélective. Pas nécessairement de visite nostalgique à l’université où elle a étudié en kinésiologie ou au gym où elle a travaillé et s’est entraînée pendant des années.

L’entraînement, c’était pas mal toute sa vie. Elle voulait aider ses clients à atteindre leurs buts de remise en forme, cherchait de son côté à développer un corps parfaitement et naturellement musclé. Le corps qui allait lui permettre de remporter plusieurs prix de culturisme entre la première place chez les novices du Québec de l’International Drug Free International en 2007 jusqu’à la première place toutes catégories en 2013 et 2015.

Alexis Brien-Fontaine était un Monsieur Canada presque parfait, coupé au couteau, le sourire radieux, la vie qui allait de soi.

Sauf que dans sa tête, dans tout son être, Alexie savait que ce corps-là, aussi parfait soit-il, ce n’était pas le sien. Pas celui qui fittait avec ce qu’elle était derrière toute sa masculinité de façade, une fille jusqu’au fond de l’âme.

On appelle ça une dysphorie de genre, lui a confirmé une spécialiste il y a deux ans.

« Je l’ai toujours su, je crois. J’ai souvenir, vraiment toute petite, d’une blague d'un proche qui me dit ‘Viens ici ma petite fille’ et que j’avais aimé ça, ça collait à ma peau », me racontait Alexie il y a un mois.

C’était quelques jours à peine avant de subir une vaginoplastie au Centre métropolitain de chirurgie, pas très loin de chez elle, dans le nord de Montréal, là où elle s’est installée pour reprendre des études, cette fois en sciences infirmières à Bois-de-Boulogne.

Chaque semaine, le docteur Pierre Brassard effectue une dizaine de vaginoplasties, pour environ une phalloplastie pendant la même période. Les patients viennent des quatre coins de la planète.

Que dire de la vaginoplastie? Techniquement, que seuls les testicules et le corps caverneux sont retirés, que le reste du pénis est métamorphosé pour la construction du néo-vagin, permettant de conserver à la fois les fonctions de l’organe et de recréer l’univers féminin avec toutes ses zones érogènes.

On peut aussi en dire que des soins de dilatation sont nécessaires pendant des mois après l’opération afin d’éviter une cicatrisation naturelle que cherche à effectuer le corps.

Qu’en dire de plus? « Pour moi, ç’a été vraiment très douloureux dans les heures et les jours qui ont suivi. Ça n’a pas été facile. J’en ai braillé », racontait Alexie quelques jours après l’intervention.

Qu’est-ce qui était le pire, Alexie, la vaginoplastie ou l’acceptation de cette transidentité?

« Clairement l’acceptation, répond-elle sans hésiter. Tu vis ta vie, tu fais tout pour qu’elle soit ‘normale’, mais un moment donné, tu penses juste à ça, ça te paralyse, ça vient fucker tes relations avec les gens autour de toi, t’es obsédée, tu n’es plus fonctionnelle. »

Alexie a fini par en parler. Avec une professionnelle, avec ses proches aussi, progressivement. 

Vivre la vie d’Alexie avec un e, c’était une question de vie ou de mort.

Alexie a commencé l’hormonothérapie il y a un an et demi, a quitté Sherbrooke pour Montréal. La première fois qu’elle s’est présentée à ses cours à Bois-de-Boulogne, c’est aussi la première fois qu’elle sortait « en elle-même ». Ses cheveux avaient poussé, elle avait pris grand soin à son maquillage, avait choisi ses vêtements dans sa nouvelle garde-robe toute féminine.

« C’est sûr qu’il y a eu des réactions, il y en avait qui n’étaient pas sûrs, mais j’ai fini par gagner leur respect avec le temps et ma personnalité de feu », lance-t-elle dans un grand rire.

Vrai qu’elle a une personnalité de feu, Alexie. Début trentaine, talentueuse, brillante, une maîtrise en kinésiologie et des études en sciences infirmières qui lui permettent de ne rien échapper de sa métamorphose, solide dans sa tête, sens de l’humour incroyable, capable d’exprimer ses idées et son cheminement, elle a commencé à donner des conférences dans les écoles et les organismes l’hiver dernier.

« Si l’acceptation des trans est plus grande qu’elle l’était auparavant, il y a encore bien du chemin à faire quand même. Si je peux faire ma part pour aider à démystifier cette réalité, je vais le faire », explique-t-elle.

C’est pour cette raison également qu’elle a accepté d’être le sujet d’un film documentaire mené par une équipe estrienne, dont fait partie l’auteure de ces lignes, et dont le tournage se poursuivra pendant une année complète.

« Il reste encore plusieurs étapes, mais la vaginoplastie, c’en était une grande, confie Alexie. Quand tu as accepté le fait que tu es une femme, que tu décides d’avancer dans le processus, ton pénis devient une barrière, une chose qui n’a pas d’affaire là. »

Au sortir de la salle d’opération, les parents d’Alexie étaient là tous les deux. Ils avaient fait le trajet depuis Valcourt, où ils ont élevé leurs trois garçons, pour accueillir la fille qui prend le relais de l’un d’entre eux.

« C’est important pour moi que ce soit eux qui soient là à mon retour de l’opération. Ils étaient là à ma naissance, c’est symbolique qu’ils soient là aussi pour cette renaissance. »

Une fille qui vit désormais sa vie de fille, hormonothérapie à l’appui, famille et amis à portée de clics, projets plein la tête.

« Ma vie commence, j’ai hâte de voir comment tout ça va aller. Mais je le sais que ça va bien aller. »

Actualités

Que le cinéma ne parte jamais en fumée

CHRONIQUE / On est quelque part dans les années 1970, dans mon Windsor natal où l’usine de pâte et papier sert de baromètre, où un monsieur avec un haut-parleur sur sa mini van brune diffuse des bonnes et des mauvaises nouvelles et où on retrouve un cinéma juste à côté de la biscuiterie.

J’y ai vu Les 101 dalmatiens en animation, une version de 1961 qu’on avait sûrement eu à bas prix, je ne sais pas, mais Cruella y était dangereusement impressionnante.

C’est le seul film que je me rappelle avoir vu là, mais je décryptais toujours les affiches de la vitrine en passant, puis ce guichet à l’ancienne dans l’entrée étroite qui ressemblait à un confessionnal.

Quelques mois, quelques années plus tard, c’est flou, de la maison de mes grands-parents à l’extérieur de la ville, on a vu une colonne de fumée s’élever dans le ciel, et ce n’était pas l’usine qui annonçait une averse.

C’était le cinéma qui passait au feu. J’ai été aussi dévastée que le bâtiment, qu’on s’est bien sûr empressé de convertir en stationnement.

Quand je suis venue étudier au Cégep de Sherbrooke, une longue décennie plus tard, j’ai pris un appartement sur Kennedy, dans le fond d’une cour, j’ai arpenté Sherbrooke à ma guise et je suis tombée en amour avec la Maison du cinéma qui avait ouvert ses portes deux ans plus tôt en lieu et place du Capri.

Je vous niaise pas, je pense que je traversais le pont tous les soirs pour y voir à peu près tout ce qu’on y présentait. Des fois, je les revoyais deux, trois, quatre fois.

James Ivory, Eric Rohmer Woody Allen, Wim Wenders, Denys Arcand, ils habitaient pratiquement tous là en permanence, j’allais leur tenir compagnie sans dire un mot, il faisait sombre dans les salles, mais y avait de la saprée belle lumière dans ma vie de cégepienne.

Des fois, je me demande comment j’aurais occupé mes temps libres, mais surtout comment je me serais construit l’être humain sans cette Maison du cinéma, sans ces gens qui ont eu l’audace de sa renaissance, Jacques Foisy en tête.

Fallait y croire sur un chaud temps en cette ère de beta, de vhs, de télés câblées, surtout quand tu t’entêtes à diffuser une bonne part de cinéma de répertoire.

Fallait que les membres de la famille Hurtubise soient tout aussi timbrés quand ils en ont fait l’acquisition en 2011.

Imaginez. Le beta et le vhs s’étaient pas mal tous retrouvés dans les ventes de garage et les sous-sol d’églises, mais le dvd avait encore les reins solides et il y avait tout ce trafic sur le web qui s’intensifiait déjà, qui ne cesse de.

Et pourtant.

Et pourtant, non seulement Denis Hurtubise, Karen Hansen et leur progéniture sont là, avec leur Maison du cinéma qui a multiplié ses salles et ses améliorations technologiques, qui a su conserver sa mission et son indépendance – sérieusement, des fois on oublie notre chance d’avoir un cinéma indépendant à portée d’élan - mais ils s’assurent de mille façons que cette maison soit aussi celle de tout le monde, y compris celle du Festival cinéma du monde.

Parce que t’sais, pas de Maison du cinéma, pas de Festival.

Pas de passionnés de cinéma, pas de Festival de cinéma.

Pas de monde, pas de Festival de cinéma du monde.

Ça adonne vraiment bien que tout ça, ce soit là.

Ç’aurait été triste de voir le cinéma partir lui aussi en fumée.

Sonia Bolduc

Où sont les femmes?... Chefs?

CHRONIQUE / Où sont les femmes chefs? La question est tellement pertinente que non seulement Vérane Frédiani en a fait un documentaire de 90 minutes, mais que les organisateurs du Festival cinéma du monde ont toute les difficultés du monde à réunir le panel de discussion qui doit suivre le ciné-brunch de dimanche au Parvis.

La chef propriétaire Suzie Rainville, elle, a accepté l’invitation tout de go. Sortir de la cuisine de son Baumann Smokehouse pour parler de la place des femmes en cuisine, parler restauration, parler de son univers, de sa passion, de sa réalité, oui, avec plaisir.

Arts et spectacles

L'art et le cinéma

CHRONIQUE / «M’a être ben franc, avant que je le connaisse, j’avais jamais regardé un coucher de soleil de ma vie. Oui, j’en avais tout de ben regardés, mais pas comme là. (...) On a appris avec lui à regarder les couchers de soleil ou un lever...»

Le lui dont on parle, c’est le peintre Jean-Paul Riopelle.

Arts et spectacles

L’adoption, chacun son histoire

CHRONIQUE / L’adoption, un geste d’abandon ou un don ? La question, beaucoup plus complexe que je vous la lance ici, sera longuement (et ardemment, promet-on !) débattue aujourd’hui jeudi à la Taverne O Chevreuil.

Le docteur Jean-François Chicoine dans un coin, l’historienne (et candidate solidaire) Christine Labrie dans l’autre, on retrouvera entre les deux le directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie, Alain Trudel, la directrice de santé publique Estrie, docteure Mélissa Généreux, ainsi que l’auteure franco-roumaine Marion Dagen.

Arts et spectacles

Ce qui compte, c'est ce qui se conte...

CHRONIQUE / On dit souvent qu’il n’y a pas de hasard. Honnêtement, je ne sais pas où je me situe là-dessus, comme sur la plupart des proverbes d’ailleurs, mais j’avoue que la sélection de « La promesse de l’aube » pour lancer la cinquième édition du Festival cinéma du monde de Sherbrooke, je trouve que c’est un heureux hasard.

Tout est dans le titre. Dans cet espoir du meilleur pour ce quelqu’un, ce quelque chose ou ce festival encore tout jeune à qui on souhaite une vie belle, heureuse, riche en expérience. Et en succès.

On pourra toujours se questionner sur la notion de succès. Celui de Romain Gary/Émile Ajar dont on raconte la jeunesse dans La promesse de l’aube n’est assurément pas discutable.

Seul écrivain à avoir décroché deux fois le Goncourt, auteur d’incontournables histoires comme La vie devant soi, L’angoisse du roi Salomon, Les racines du ciel, Les cerfs-volants et un lot incroyable de récits encore, Romain Gary est un monument. Un monument sur lequel des cohortes d’oiseaux de malheur se sont posés, mais un monument pareil.

Ce succès qui obsédait sa mère et que raconte La promesse de l’aube sur papier et sur grand écran, Romain Gary l’aura connu.

Qu’en sera-t-il du FCMS?

Posons déjà la question autrement : que devrait-il en être? Comment devrait-on mesurer le succès d’un événement comme le FCMS?

On pourrait se contenter de chiffres, certains aiment bien répéter que ce qui compte, c’est ce qui se compte, et on se réfère à cette logique avec une soumission assumée et assommante.

Mais ce que disent les chiffres, en gros, c’est qu’un certain nombre de personnes sont passées par un certain endroit à un certain moment.

Pis des fois, ben ça suffit à apposer un sceau de succès sur un truc.

Et ce qui se conte...

Mais tiens, essayons une autre approche. Osons prétendre que ce qui compte, c’est plutôt ce qui se conte.

Ce qui se conte, et ce que ça laisse en nous, autour de nous, entre nous.

Osons prétendre que ce qui compte, c’est ce qui vient nous ouvrir l’horizon, l’esprit, la conversation, ce qui nous amène à revoir notre vision des choses, nos certitudes, nos connaissances du monde qui nous entoure.

Osons affirmer que le succès du FCMS ne tient pas tant au nombre de personnes qui viendront voir cette semaine la centaine de films proposés et qui prendront part aux quelques dizaines d’activités et événements qui viennent ponctuer et animer le Festival.

Et ce, même si la fréquentation du FCMS est en perpétuelle croissance d’une édition à l’autre.

De plus en plus de gens viennent explorer le monde au FCMS?

Youpi ya, youpi yé.

Mais ça n’a d’intérêt que dans la mesure où le cercle de conversation s’agrandit. Ça n’en aurait aucun si, pour s’assurer de se péter les bretelles dans le box-office du Festival, on alignait toute la semaine des superproductions moins parlantes.

Parlantes?

Ouais.

Parce que le succès du FCMS est là, dans sa capacité à conter, et à parler.

À parler de tout. De la vie, des gens, de sujets d’actualités divers, parfois très durs, quelques fois assez émotifs.

D’en parler, et de nous proposer d’en parler encore, entre nous, avec d’autres.

Pas pendant le film. (Ne me parlez jamais pendant un film, sauf pour m’avertir si le cinéma est en feu...)

Mais après le film, allons-y.

Allons parler dans ces débats, ces échanges et ces discussions déjà prévus au programme, ou devant un verre, quelque part en ville, entre deux projections.

Allons-y. Jasons, écoutons, échangeons, revoyons nos certitudes, redessinons notre vision des mondes.

Si on fait cela, et pour avoir vu déjà quelques films proposés cette année, croyez-moi, nous le ferons, alors le FCMS pourra dire qu’il a du succès.

Au-delà des chiffres, le Festival cinéma du monde de Sherbrooke sera un succès s’il nourrit les échanges et les gens qui y prennent part, s’il nourrit sa communauté.

C’est sa promesse, à l’aube de son histoire.

Le film d’ouverture, lui, est présenté à 19 h 30 à La Maison du cinéma, juste après le lancement officiel auquel vous êtes attendus en formule 5 à 7 au Pizzicato.

De quoi jaserons-nous cette semaine au FCMS?

Assurément de parentalité, c’est d’ailleurs le propos des films d’ouverture et de fermeture. Si La promesse de l’aube qui lance le Festival ce lundi soir à la Maison du cinéma se regarde et se porte ensuite un moment avec un petit sourire satisfait, je ne saurais vous dire dans quel état vous allez repartir après le film de clôture, Jusqu’à la garde. Mais moi, ça m’a secouée. Complètement. Ne rate pas ça, Festivalier.

Idem pour Une famille syrienne présentée mercredi et jeudi, qui s’inscrit dans une sélection de films pour mieux comprendre ce conflit qui perdure et la réalité des gens qui le subissent encore ou qui l’ont subi avant de venir se réfugier ici.

Pis on va encore parler d’un paquet d’affaires, faut pas s’inquiéter, la semaine ne fait que commencer, et on va la passer ensemble.

D’ailleurs, je te relance mon invitation, Festivalier : si on se croise en ville, viens me parler de ton festival, ça m’intéresse.

Arts et spectacles

Cette Syrie méconnue...

CHRONIQUE / La Syrie. Depuis le début de la guerre civile en 2011, elle refait trop ou pas assez régulièrement surface dans les manchettes.

Trop, parce que sept longues années de guerre, parce que plus de 500 000 morts, parce que ces millions de blessés, parce que ces populations civiles prises en otages, parce que tous ceux et celles qui ont dû fuir leur pays pour assurer leur survie.

Actualités

Passation de savoir au potager

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez déjà fait pousser du céleri dans votre potager. En fait, partons de la base, de la terre mettons, je ne sais même pas si vous cultivez votre potager.

Par contre, ce que je constatais déjà par observation et que Mélanie Grégoire m’a confirmé cette semaine, c’est que vous êtes de plus en plus nombreux à vous intéresser au potager, mais à n’avoir aucune idée par où commencer, puis, dans les semaines et les mois qui suivent, de la voie à suivre afin de manger les fruits et légumes qui vont (devraient) pousser dans votre nouveau terrain de jeu.

C’est beaucoup pour ça que Mélanie Grégoire lance cette semaine Les Quatre saisons de votre potager, un guide qui vous trace les allées de la toujours très attendue période des semis du printemps jusqu’aux dernières récoltes automnales. Un guide qui vous tient par la main, semaine après semaine, en vous indiquant quoi faire et comment, en bonifiant de quelques conseils et trucs de grand-mère.

La grand-mère, c’est celle de Mélanie Grégoire, Rita, qui lui a légué non seulement son amour du potager, mais aussi un savoir qui au fil du temps fait toute la différence entre un sauté de légumes maison et une livraison de pizza all-dressed.