En 2008 (photo), Mark Charest, un ex-employé des Nordiques, avait lancé le projet de construire un amphithéâtre à Saint-Augustin pour un éventuel retour d’une équipe de la LNH à Québec.

«Sincerely» – Gary B. Bettman

CHRONIQUE / Il a reçu la lettre comme un coup de couteau dans le dos.

Pas tant qu’il ait été si surpris de la réponse. Comme tout le monde, Mark Charest voyait bien ce qui se passait.

Mais de le voir écrit noir sur blanc, avec une signature en bas et du papier à en-tête, ça a fait mal. Une trahison, a-t-il ressenti.

«À ce moment-ci, la LNH ne considère pas la ville de Québec pour une expansion ou un déménagement de franchise. Sincerely, Gary B. Bettman.»

Cette lettre est datée du 18 décembre 2017. Le commissaire y répond à celle du début décembre dans laquelle M. Charest disait trouver «inconcevable» pour les amateurs de Québec que le projet glisse dans «l’histoire sans aucun espoir».

Il espérait une réponse claire. Le verdict est venu, laconique et sans appel. 

«Québec a été utilisée», jette M. Charest, dépité et désormais résigné. Il souhaite que Québec puisse maintenant passer à autre chose. 

Pour ceux qui ont suivi les balbutiements du projet de ramener les Nordiques, le nom de Mark Charest est familier. Pour les bonnes et les mauvaises raisons. 

Il fut un rêveur, un convaincu de la première heure, un résilient. 

À la tête du comité LNH à Québec, il avait présenté son projet à Régis Labeaume au printemps 2006, un an et demi avant que celui-ci devienne maire. Ils avaient alors signé une entente de confidentialité sur les informations partagées.

M. Charest avait plus tard réussi à rencontrer Gary Bettman un matin de juin 2008 au Château Frontenac, en compagnie du maire Marcel Corriveau. 

Cette rencontre n’a pas abouti et l’ex-employé des Nordiques n’a jamais pu convaincre par la suite du sérieux des appuis qu’il disait avoir pour construire un amphithéâtre à Saint-Augustin et attirer des investisseurs étrangers. Sa crédibilité en a souffert.

Après l’entrée en scène de Québecor, M. Charest a été mis sur la touche et n’a plus été associé au projet. Tout au plus a-t-il échangé quelques courriels avec M. Bettman.

Est-ce par courtoisie ou par exaspération que le commissaire de la LNH a pris la peine de lui répondre? Allez savoir. 

Dans sa courte lettre, M. Bettman reproche à M. Charest des erreurs de faits. Il fait sans doute référence à l’allégué de M. Charest voulant que Québecor n’est pas le bon investisseur pour la LNH.

«N’essayez pas de colporter à d’autres ce que vous pensez être le point de vue de la LNH sur Québec», écrit M. Bettman. 

La lettre du commissaire dissipe les doutes qui pouvaient rester pour ceux qui pouvaient encore espérer un retour rapide de la LNH à Québec. Il n’était cependant pas besoin de cette lettre pour comprendre que Québec n’est pas dans les plans de la Ligue dont le regard est pour le moment tourné vers Seattle. 

Ce plan d’affaires est conforté par les récents succès de Las Vegas sur la glace, dans les gradins et dans l’effervescence créée en ville dans un marché non traditionnel pour le hockey.

La «fenêtre» qu’on avait cru voir s’ouvrir pour Québec au tournant de 2010 (difficultés de plusieurs équipes américaines, construction de l’amphithéâtre et retour de la LNH à Winnipeg) s’est depuis refermée.

Le président et chef de direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a réitéré la semaine dernière la «même volonté et la même détermination» qu’avant à ramener une équipe.

«Tous les ingrédients sont réunis. […] Nous allons continuer avec la patience qui est nécessaire en cette matière; [tout] vient à point à qui sait attendre.»

Comme dans un conte de Grimm. Ne reste qu’à attendre le baiser qui conjurera le mauvais sort et transformera la grenouille en prince charmant.

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À défaut de Nordiques, Québec devrait relancer une candidature de Jeux olympiques d’hiver, souhaite Mark Charest.

Il a pris contact avec le Comité olympique canadien et prépare un site Internet pour susciter les appuis. Il sait cependant que sans celui du maire, c’est inutile d’y penser. 

Tôt ou tard, la question va finir par revenir à l’agenda.

La dernière tentation olympique de Québec remonte au printemps 2016. 

Le maire Labeaume s’était rendu à Lausanne rencontrer le président du CIO, Thomas Bach. Il avait tiré la «plogue» au retour.

M. Labeaume estimait alors que Québec n’avait pas de chances pour 2026 parce que les présidents de deux importantes fédérations de sport d’hiver (ski et hockey sur glace) étaient partisans d’une candidature suisse. 

Un argument de conjoncture, davantage qu’une opposition de fond à l’idée olympique, ce qui garde la porte ouverte pour la suite. 

Le maire avait cependant fixé d’autres conditions à une candidature : forte acceptabilité sociale, soutien des gouvernements et respect du cadre financier de la ville. La plus difficile à remplir sera l’acceptabilité sociale. 

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Contrairement aux pronostics, le conseil municipal de Calgary a approuvé il y a deux semaines (9 pour, 6 contre) le maintien provisoire de son projet de candidature pour 2026. Le vote du CIO aura lieu l’an prochain.

Si Calgary obtenait ces Jeux, les chances de Québec seraient nulles dans un avenir prévisible. 

Dans le cas d’une victoire suisse ou européenne pour 2026, une fenêtre s’ouvrirait pour l’Amérique du Nord pour 2030 ou 2034. Ça laisse encore un peu de temps pour y penser. 

Ça ne nous donne toujours pas de montagne pour la descente de ski, mais Québec aurait alors un tramway, un anneau de glace couvert, un village et un Club Med au pied des pentes du Massif et qui sait, peut-être un troisième lien. 

Ce serait ça de moins à construire si Québec en venait à croire que les Jeux en valent la peine et décidait de tenter à nouveau sa chance.