Si on se couchait moins niaiseux !

CHRONIQUE / Quand le mercure chute de façon phénoménale, vous remarquerez qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, pour dire qu’il fait « un froid de canard ! » Mais d’où sort cette drôle d’expression ?

Dire qu’il fait un froid de canard ferait allusion au temps glacial qu’il fait normalement au moment de la chasse aux canards, l’automne et l’hiver, en Europe. Quand le froid s’installe, les oiseaux s’envolent vers le Sud, vers leurs quartiers d’hiver situés en Espagne ou en Afrique. Pendant cette migration, ils sont toutefois la cible de chasseurs. Comme ceux-ci doivent attendre de longues heures au grand froid qu’un oiseau se pointe dans l’eau gelée des marais ou des étangs pour boire ou se reposer, ils ont, croit-on, imaginé cette expression.

Ces infos, je les ai trouvées sur un site que j’ai découvert par hasard récemment et que j’adore. Celui de Ça m’intéresse, qui propose, et c’est un peu son slogan, De la curiosité en continu.

C’est là que j’ai trouvé le sens de nombreuses expressions que j’utilise la plupart du temps et d’autres, que j’entends régulièrement.

Par exemple, « il y a un hic », indiquant qu’on vient de découvrir un problème, vient de la locution latine hic jacet lepus (qui se prononce ik yaket lépouss) et qui signifie « c’est ici que gît le lièvre ». Hic indique qu’un problème existe à cet endroit. Lepus signifie que c’est inattendu, comme quand on croise un lièvre par hasard dans le bois.

C’est là aussi que j’ai réalisé que l’expression « passer par la bande » faisait référence au billard. (Fallait juste prendre deux secondes pour y réfléchir !) Comme les bons joueurs qui passent par la bande rembourrée de la table de billard pour atteindre une boule plus rapidement et facilement, on utilise cette expression pour dire qu’on prend un autre chemin pour atteindre notre cible.

J’ai souvent souligné que dans cette chronique j’avais « carte blanche » en ce qui concerne les sujets abordés. Comme quoi je jouissais d’une belle liberté. Curieusement, l’origine de cette locution vient justement d’une carte sur laquelle les gens devaient écrire. Donner carte blanche à quelqu’un, courant dans le vocabulaire militaire dans le temps, signifiait « laisser à l’autre le soin de dicter ses conditions ». On donnait ainsi à l’ennemi une feuille de papier sur laquelle il pouvait écrire ses exigences. Une signification qui a duré jusqu’en 1451. L’expression a pris le sens de « donner les pleins pouvoirs » au XVIIe siècle.

Souvent, je dis aux autres d’y aller mollo. Eh bien, c’est sur mon nouveau site chouchou doudou que j’ai trouvé d’où ça venait. Alors que moi je l’utilise pour inviter les gens à faire les choses tranquillement, à « faire attention », en vrai, y aller mollo serait un synonyme de moindre effort. En langage marin, on peut dire « aller à la molle eau », ce qui veut dire se déplacer sur l’eau à marée basse, en l’absence de courant. Ça serait le meilleur moment pour gagner la terre ferme à la rame, sans trop forcer.

Je vais vous montrer que je ne suis pas la seule à utiliser certaines expressions de la mauvaise façon. Avez-vous déjà « bâillé aux corneilles » ? Pourtant, cela n’a absolument rien à voir avec le fait de « bâiller » à cause de la fatigue ou de l’ennui. Il faut d’ailleurs écrire « bayer aux corneilles ». « Bayer » est un mot de vieux français apparu au XIe siècle. Il signifie être bouche bée. Avoir la bouche ouverte. Ça fait référence à une stupeur un peu niaise. Bref, ceux qui bayent en direction de corneilles posées sur une branche d’arbre, ceux qui « bayent aux corneilles », auraient le regard tourné vers le haut, la bouche ouverte, ce qui leur donne un air un peu nono. En gros, bayer aux corneilles, c’est perdre son temps stupidement !

Une petite dernière ?

Connaissez-vous quelqu’un qui a « un nom à coucher dehors » ? Cette expression remonterait au Moyen-Âge. Dans le temps, pour pouvoir dormir dans une auberge, il fallait se nommer aux tenanciers... qui avaient tendance à donner priorité aux nobles. Plus votre statut était mal vu, plus vous vous faisiez refuser l’accès. Ainsi, plusieurs devaient donc dormir dans l’écurie ou dehors. D’abord liée aux noms indésirables, cette expression s’est métamorphosée au fil du temps pour dire de quelqu’un qu’il a un nom imprononçable. Si, comme moi, vous êtes curieux, allez découvrir www.caminteresse.fr. Vous verrez que je ne vous ai pas raconté de salades... et découvrirez la signification de cette savoureuse expression.