Pilotée par le ministre Simon Jolin-Barrette, la réforme de l’immigration s’est butée à un mur d’opposition.

Le droit à l’erreur

CHRONIQUE / Est-ce la fin de la lune de miel ? Après une première année sans fautes et une cote de popularité à faire pâlir d’envie nombre de politiciens et autres partis politiques, le gouvernement caquiste a récemment fait face à sa première crise majeure. Pilotée par le ministre Simon Jolin-Barrette, la réforme de l’immigration s’est effectivement butée à un mur d’opposition, les uns dénonçant l’empressement du gouvernement, les autres son incompétence pure et simple.

Pour autant, je ne crois pas que cette erreur de parcours viendra entacher durablement le bilan du gouvernement Legault, qui fait un excellent travail depuis son élection en octobre 2018. En effet, que l’on soit d’accord ou non avec son programme et ses idées, force est de reconnaître que la CAQ livre la marchandise. Les résultats sont tels qu’en à peine un an au pouvoir, on a quasiment l’impression que ce gouvernement en a fait plus pour le Québec que les libéraux en 15 ans ! À n’en point douter, François Legault et son équipe travaillent d’arrache-pied afin de remplir le mandat qui leur a été confié par la population.

Les Québécois avaient soif de changement, et c’est exactement ce que ce gouvernement est en train de leur offrir. De la laïcité jusqu’à la réouverture de la loi 101, les chantiers ne manquent pas. Cela dit, pour revenir à la réforme de l’immigration, il se peut que les troupes caquistes aient péché par excès de confiance et de volontarisme. Visiblement enorgueilli par ses récents succès et la confiance – presque aveugle – que le premier ministre semble lui accorder, le ministre Jolin-Barrette a quant à lui omis certaines règles élémentaires en politique, à commencer par l’importance de la consultation et de la concertation. Une erreur de débutant, je suppose.

Qu’à cela ne tienne, l’échec du gouvernement Legault à faire accepter sa réforme de l’immigration s’avère une excellente occasion d’apprendre. La CAQ peut maintenant mesurer les limites de sa popularité (de son populisme ?) et sait qu’elle doit freiner ses ardeurs. Et de son côté, en acceptant de retirer sa réforme et de reconnaître ses erreurs, le ministre Jolin-Barrette a fait preuve de maturité et d’un sens de l’État qui mérite d’être salué. En effet, il est plutôt rare qu’un politicien fasse ainsi acte de contrition, sans chercher des excuses ou des coupables. Cela nous rappelle que nous avons affaire à des êtres humains, non à des technocrates sans âme.

L’ironie veut cependant que l’une des principales critiques adressées au projet de réforme de l’immigration du ministre Jolin-Barrette soit son manque d’humanité. De toute évidence, le gouvernement n’avait pas bien mesuré ou réfléchi aux impacts négatifs de sa réforme sur les institutions et les personnes concernées. Il aurait pu s’en rendre compte bien avant s’il avait daigné tenir compte des avis de la haute fonction publique, mais il ne l’a pas fait. C’était une erreur, évidemment, mais qui s’explique essentiellement par le sentiment d’urgence qui anime toutes les actions du gouvernement.

N’empêche qu’il n’y a rien de mal ou d’anormal à commettre des erreurs de temps en temps. Ce qui importe, en revanche, c’est de ne pas s’entêter dans ses erreurs, mais bien de les reconnaître et de les corriger. Il n’y a qu’ainsi que nous pouvons en tirer quelques leçons. Et c’est exactement ce que François Legault et son ministre semblent disposés à faire. Pour cette raison, je suis d’avis que plutôt que réclamer la tête du ministre Jolin-Barrette, l’opposition devrait être plus indulgente et offrir sa collaboration dans le dossier de la réforme de l’immigration. Ce serait beaucoup plus constructif comme ça, il me semble.

De manière générale, je crois que c’est en s’accordant le droit à l’erreur que nous pouvons nous améliorer. Le monde de la politique ne devrait pas faire exception à cette règle. D’ailleurs, je suis plutôt convaincu que si nos politiciens adoptaient davantage cette attitude plutôt que chercher constamment à s’écraser les uns les autres, les électeurs seraient beaucoup moins cyniques qu’ils ne le sont actuellement. Le droit à l’erreur, voilà peut-être un élément important de la « politique autrement ».