Ce pays qui n'est pas le nôtre

CHRONIQUE / « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » — Robert Bourassa, 22 juin 1990

Vous vous souvenez du 27 octobre 1995 ? C’était trois jours avant le référendum sur la souveraineté et des dizaines de milliers de Canadiens étaient venus des quatre coins du pays pour démontrer leur volonté de conserver le Québec au sein du Canada. C’était le fameux « love-in ». Les Canadiens venaient soudainement de se découvrir un amour et un attachement pour le Québec, et ce, après plus d’une décennie de querelles constitutionnelles à travers lesquelles le Québec n’a récolté que du mépris et de la déception.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet événement contrastait aussi beaucoup avec tout le « Québec bashing » auquel nous avions assisté dans les années 1980, notamment en raison de la loi 101. À l’époque, il n’était effectivement pas rare de voir le Québec dépeint comme un État totalitaire et les Québécois comme des racistes et des xénophobes. Et comme l’histoire se répète toujours deux fois, il faudra certainement s’attendre à ce que les Québécois soient une fois de plus la cible de propos injurieux lorsque le projet de loi 21 sera adopté. Pour ma part, quoi qu’on puisse penser de ce projet de loi et de l’utilisation de la clause dérogatoire, je crois que les Québécois ne méritent pas de subir un tel sort.

À ce propos, je m’en voudrais de passer sous silence l’excellent coup de pub du Bloc québécois. Récemment, la formation politique s’est effectivement offert un petit message à l’attention de nos amis dans le Canada anglais. « Quebec knows what’s right for Quebec. Thank you. », pouvait-on lire sur la pancarte. Le message est clair : il revient aux Québécois et à eux seuls de débattre et de décider de leurs lois. À mon sens, il n’est pas nécessaire d’être indépendantiste ni même d’être d’accord avec le projet de loi 21 pour apprécier le sens et la portée de ce message. Il s’agit simplement de réaffirmer le caractère national du Québec, et de ce fait son autonomie à l’égard des institutions canadiennes.

Évidemment, la question nationale n’a pas beaucoup la cote de ces temps-ci, mais le fait est qu’il ne suffirait probablement que d’une petite étincelle afin de raviver la flamme nationaliste des Québécois. À elle seule, l’élection de la CAQ constitue d’ailleurs un indicateur en ce sens. Après plus de 15 ans de règne libéral, les Québécois ont en effet choisi de redonner le pouvoir à un parti qui semble plus enclin à bousculer l’establishment fédéraliste et canadien. Pour autant, le gouvernement Legault aura beau japper plus fort et y aller de ses revendications, il demeure encore assez douteux qu’il parvienne à obtenir de meilleurs résultats que ses prédécesseurs.

Quoi qu’il en soit, cela aura à tout le moins le mérite de remettre la question nationale au goût du jour. Alors que nous étions plusieurs à penser que les Québécois étaient las de ce débat, force est de constater qu’ils ont encore quelque chose à dire et à revendiquer. Entre autres choses, il apparaît assez évident que le Québec n’arrive toujours pas à prendre sa place dans ce Canada multiculturel et « post-national ». Et surtout, en se voyant constamment refuser toute forme de reconnaissance, les Québécois ne peuvent que se sentir de plus en plus isolés.

Que faire ? Nous ne le dirons jamais assez, mais tant que le Québec ne sera pas un pays ou qu’il n’aura pas obtenu la pleine reconnaissance de son statut particulier à l’intérieur du Canada, il aura besoin d’une voix forte à Ottawa afin de faire entendre ses revendications.

Et finalement, il faudra avoir le courage et l’honnêteté de se dire que, dans sa forme actuelle, le Canada n’est pas notre pays. Est-ce à dire que nous devrions nous en séparer ? Non, pas forcément. Lorsque je dis que ce pays n’est pas le nôtre, je veux simplement dire qu’une réforme constitutionnelle est nécessaire afin de redonner au Québec une place de choix dans la fédération canadienne. Et si cela ne devait jamais se produire, il faudra en tirer les conclusions qui s’imposent.