Un instant, les autrices!

Cela fait presque un an que je vous ai parlé du fabuleux retour du mot «autrice», et je ne suis pas le seul. Même Radio-Canada a jugé bon de faire un reportage sur le sujet il y a quelques semaines, On y entendait notamment l’animateur Alain Gravel lancer qu’il se fait «chicaner» chaque fois qu’il dit «auteure»  plutôt qu’«autrice».

J’ai donc eu envie de me porter à sa défense. J’ai de petites nouvelles pour la personne qui le chicane : «auteure» est toujours accepté et acceptable. Il n’est pas devenu erroné du jour au lendemain, n’en déplaise aux tenantes et tenants d’«autrice».

Ne vous méprenez pas : je ne suis pas du tout contre le fait qu’on dise maintenant «autrice», lequel est le synonyme qui aurait dû logiquement s’imposer dès le départ, comme ce fut le cas en Suisse. Mais je suis dérangé lorsque cette prise de conscience se transforme en intransigeance.

Premièrement, cela fait une quarantaine d’années que l’Office québécois de la langue française a proposé à la fois «auteure» et «autrice». Même si le deuxième était le plus logique, c’est le premier qui s’est imposé. Visiblement, les usagers n’ont pas voulu d’«autrice». Et quand on dit les usagers, cela signifie les hommes comme les femmes. Si les écrivaines avaient tout de suite aimé «autrice», je ne pense pas qu’«auteure» aurait survécu très longtemps.

Bref, ce n’est pas parce que, soudainement, une partie de la population est désormais prête à dire «autrice» qu’il faut brusquement honnir «auteure», lequel nous a très bien convenu pendant toutes ces années.

Deuxièmement, si les inconditionnels d’«autrice» sont logiques avec eux-mêmes, ils doivent également s’attaquer à tous les autres féminins illogiques. Or, j’aimerais bien voir s’ils sont tout aussi prêts à dire «une assureuse», «une défenseuse», «une entrepreneuse», «une gouverneuse», «une metteuse en scène», «une procureuse», «une réviseuse», «une superviseuse», «une vainqueuse». Parce qu’en français, lorsqu’un nom est dérivé d’un verbe, c’est la terminaison en «euse» et non en «eure» qui est logique. Préférer «assureure» ou «réviseure», c’est se ranger du même côté que ceux qui préfèrent «auteure».

Bref, dans ce débat, il vaut mieux opter pour la souplesse, du moins si on ne veut pas se faire remettre ses propres incohérences sur le nez. «Autrice» finira par s’imposer s’il plaît à la majorité. Il faut juste lui donner le temps. D’ici là, inutile de jeter l’opprobre sur ceux qui continuent de recourir à «auteure». Et consolons-nous en nous rappelant qu’en France, la plupart des gens parlent encore d’une écrivaine en disant «un auteur».

Perles de la semaine

Ils sont malades, complètement malades, cernés de rigolade...

«Je n’entends pas bien, je dois avoir des bouchons de surimi [cérumen].»

«Pour mes nausées, vous pouvez me prescrire du Volkswagen [Vogalène]?»

«C’est grave, ce virus Hezbollah [Ebola]?»

«Il faut me faire une télescopie [coloscopie].»

«Pour ma conjonctivite, je dois me laver les yeux avec du sérum philosophique [physiologique].»


Source : C’est grave docteur? Les plus belles perles entendues par votre médecin - Tome 2, Michel Guilbert, Les Éditions de l’Opportun, 2016.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.