UdeS et coutumes

CHRONIQUE / Nous avons vu la semaine dernière qu’il existe une certaine liberté dans la création d’un sigle ou d’un acronyme. Par exemple, il n’est pas obligatoire d’écarter tous les articles et prépositions (tel le « du » dans « Société québécoise du cannabis », qui a donné « SQDC »). Il est aussi possible d’utiliser les deux ou trois premières lettres d’un mot, voire une syllabe complète (le « so » de « société » dans « SODEC »).

Mais cela ne veut pas dire que l’on peut faire tout ce qu’on veut. Normalement, dans un sigle ou un acronyme, toutes les lettres sont en majuscules. Certains dérogent toutefois de cet usage. La Banque de dépannage linguistique cite Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui a opté pour conserver un n minuscule dans le sigle « BAnQ ». 

Vous déduirez donc que le sigle servant à représenter l’Université de Sherbrooke (UdeS) ne respecte pas non plus l’usage. Mais ce n’est pas par simple plaisir de briser les règles : personne n’a réussi à trouver de façon plus satisfaisante d’abréger « Université de Sherbrooke ».

Je me rappelle que, lorsque j’étais étudiant en communications et journaliste-réviseur au Collectif, le journal étudiant de l’Université de Sherbrooke, le débat revenait régulièrement sur la table : pouvions-nous écrire « UdeS » dans nos articles même si, dans nos cours, nous avions appris que ce sigle n’était pas valide?

Normalement, l’abréviation d’« université » est « univ. » Dans le cas de l’Université de Sherbrooke, le gain d’espace ne serait guère intéressant. Quant au sigle conventionnel (US), il se trouve malencontreusement à être le même que la plus grande puissance mondiale (United States).

À ce débat, on pourrait répondre : abréger est-il si capital dans ce cas-ci? Ne pourrait-on pas toujours écrire « Université de Sherbrooke » au complet sans que cela devienne dramatique?

Après 24 ans de journalisme, je peux vous assurer que le sigle « UdeS » est bougrement pratique. Parce que cette université occupe une place importante dans l’actualité régionale, elle y revient régulièrement. Les articles deviendraient assurément trop lourds s’il était impossible d’abréger de temps à autre.

Et je suis sûr que la plupart des gens qui œuvrent à l’Université de Sherbrooke sont de mon avis. D’ailleurs, lorsqu’on visite le site internet de l’établissement, on s’aperçoit que le sigle « UdeS » revient un peu partout. Il n’est peut-être pas conforme, mais c’est celui que les gens de l’université ont choisi.

Remarquez, ils ne sont pas les seuls, car le sigle « UdeM » existe également à l’Université de Montréal. Notez aussi que les minuscules ne sont pas toujours fautives, puisqu’il arrive qu’un sigle se lexicalise : il devient en quelque sorte un nom comme les autres.

Par exemple, l’Unesco (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) s’écrit le plus souvent en minuscules de nos jours.

Chez nous, les collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP) sont non seulement devenus eux aussi nom commun (« les cégeps du Québec »), mais ils ont accouché du dérivé « cégépien ». Le même phénomène s’est produit en France avec l’École nationale d’administration (ENA), dont les anciens élèves sont devenus des « énarques ».

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.