Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Trop priser les reprises

CHRONIQUE / «Ce cas a été signalé à plus d’une reprise. » « Un suspect condamné à plus d’une reprise pour le même genre de délit. » Des phrases comme celles qui précèdent me font tiquer. Il me semble que « reprise » implique qu’il s’agit de plus d’une fois. Des tournures comme « à plusieurs reprises », « à maintes reprises » me semblent logiques, mais « à plus d’une reprise », qu’en est-il? Madeleine Pichette, Lac-Sergent.

Ce qui m’horripile le plus est la mauvaise utilisation du mot « reprise ». Ce dernier ne devrait-il pas signifier une fois de plus que l’adjectif numéral qui le précède? Ainsi, on dira « à une reprise » pour deux fois, « deux reprises » pour trois fois et ainsi de suite. Alors pourquoi la presque totalité des journalistes s’acharne à utiliser ce mot comme signifiant un événement unique? Alain De Lisle, Lévis

Vos questions se résument à déterminer si le mot reprise est un parfait synonyme du mot fois. Parce que si une reprise, par définition, est l’action de recommencer quelque chose, la première fois ne devrait logiquement pas compter comme une reprise. Un événement qui s’est produit à une reprise devrait donc s’être produit deux fois, à deux reprises, trois fois, et ainsi de suite. De même, une tournure comme « à une seule reprise » au sens d’« une seule fois », très populaire en journalisme, ne devrait pas être acceptable.

En fait, ce sont les principaux dictionnaires et ouvrages de difficultés qui sont responsables de cette confusion. Tout d’abord, ils cautionnent les locutions « à plusieurs reprises, à diverses reprises, à différentes reprises, à maintes reprises », et ils leur donnent comme définition : « Plusieurs fois, souvent. »

Notons d’abord que, lorsqu’on se retrouve devant une quantité indéfinie, approximative ou imprécise, cela ne porte pas vraiment à conséquence. Si vous dites que quelque chose s’est produit à différentes reprises, diverses reprises, maintes reprises, plusieurs reprises, une dizaine de reprises, trois ou quatre reprises, il n’est pas vraiment important de savoir si la première fois est incluse ou non dans le nombre, puisque ce nombre est indéfini ou approximatif.

Même constat pour « à plus d’une reprise » : si vous lisez qu’un cas a été signalé à plus d’une reprise, savez-vous exactement de combien de fois il s’agit? On peut supposer que c’est minimalement trois fois. Mais comme le nombre est imprécis, impossible de le savoir. Il n’y a donc pas de problème ici non plus. 

C’est quand on se retrouve dans des situations où le nombre exact est connu qu’on est en droit de s’interroger. À deux reprises, c’est deux fois ou trois fois?

Si je me fie au Dictionnaire de l’Académie et au dictionnaire Larousse en ligne, eh bien oui, reprise peut être considéré comme synonyme de fois ou d’occasion. Le premier accepte « à deux reprises » au sens d’« à deux occasions », et le second nous donne « à deux, trois, diverses, etc., reprises : deux, trois, maintes, etc., fois ».

Et les autres? Ils sont muets ou ne relèvent pas de difficultés sur ce point, notamment la Banque de dépannage linguistique, qui n’a aucune fiche sur cette question. Ceux qui acceptent les tournures comme « à deux reprises, à trois reprises », etc., ne précisent pas s’il faut inclure la première fois.

Bref, il est très difficile de se faire une idée, aucune source ne donnant catégoriquement la bonne façon de faire. Mais ce qui me fait croire que l’Académie et le Larousse exagèrent, c’est que personne n’ose mentionner « à une seule reprise » (au sens d’« une seule fois »). Pourtant, si on suit leur raisonnement, cela devrait aussi être accepté. Pourquoi alors personne n’ose le relever?

Je suis donc porté à conclure que considérer reprise comme un parfait synonyme de fois est abusif. Il vaut mieux privilégier ce dernier mot pour qu’il n’y ait pas d’équivoque sur le nombre exact d’occurrences que l’on souhaite exprimer, à moins que le contexte soit clair.


Si vous ratez votre examen, vous n’aurez droit qu’à une seule reprise [correct].

Sherbrooke et Coaticook se sont affrontés à une seule reprise cette saison [abusif au sens d’une seule fois].

Ma mère m’a rappelé à deux reprises aujourd’hui [le verbe rappeler nous indique précisément qu’il s’agit de deux fois de plus].

À trois reprises, il a entendu d’autres coups de feu [l’adjectif autres précise qu’il s’agit de coups de feu supplémentaires].

Perles de la semaine


Merci au Sportnographe pour ces commentaires sportifs nettement en zone rouge…


« L’ouverture est là jusqu’à demain, au temps qu’on annonce notre choix. Donc j’t’a oreille, puis on va voir ce qui va se passer. »

« Vous avez un gars qui a fait sa vie au hockey professionnel, qui a fait 30 ans de hockey, qui connaît ça comme le revers de sa main. »

« C’est la vie : quand tu fais mal à quelqu’un, tu te fais peut-être du bien. »

« Les Canadiens de Montréal sont fiers de sélecter… »

« Guy Lafleur, y a eu un quadruple pontage pis un autre déblocage d’une artère coréenne. Euh, pas coréenne… corénaenne. »


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.