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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Syllepse ici... mais pas là

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CHRONIQUE / Le pronom indéfini « on » s’utilise fréquemment pour «nous» dans le langage courant. Grammaticalement, « on » est singulier et « nous » est pluriel. Cependant, on tombe souvent, à l’écrit, sur des phrases comme « on est obligés... » Selon moi, il y a faute d’accord, le sujet et le verbe étant au singulier et le participe passé, au pluriel (Paul Deshaies, Sherbrooke).

Retour à ma chronique du 5 mars 2004, dont la réponse est toujours valide.

Le « on » utilisé à la place du « nous » est typique d’un niveau de langue familier. Voilà pourquoi on le retrouve plus souvent à l’oral qu’à l’écrit. Lorsqu’on tombe dans un français soutenu, il est recommandé de revenir au bon vieux « nous », beaucoup plus élégant.

Il arrive toutefois, surtout lorsque l’on rapporte directement des propos, que l’on conservera ce « on » pour respecter la personnalité de l’interlocuteur. Ce qui arrive régulièrement en littérature, selon le type du personnage, et en journalisme, au moment de faire une citation.

Par exemple, chez certains adolescents, la puberté est souvent palpable dans le vocabulaire. Un jeune percé de partout me dit: « Ouais, on a "faite" ça! C’tait "full cool"! » Dois-je écrire: « Oui, nous avons fait cela! C’était très amusant! »?

Il risque de me trouver « full pas rap »!

Mais alors, dans ces cas-là, doit-on accorder les adjectifs et les participes passés avec « nous »? D’après la majorité des ouvrages de référence, oui. C’est ce qu’on appelle une syllepse (un accord selon le sens et non selon les règles de grammaire). L’exemple que vous donnez est donc « correct » dans un niveau de langue familier.

Si le « nous » représente, par exemple, un groupe de femmes, on citera ces dernières (toujours dans un niveau de langue familier) de la façon suivante: « On a été entendues dans nos revendications et on en est fières! »

Certains ouvrages considèrent toutefois que l’accord au singulier n’est pas mauvais pour autant.

Mais entendons-nous bien. Dans la langue soignée, on emploie le « nous ».

***

« Je me permets de vous faire part de ce qui est, selon moi, la faute la plus fréquemment entendue à la radio, même par des animateurs dont le français est plus qu’acceptable: on accorde le verbe au pluriel quand le sujet est le mot "monde", alors que celui-ci devrait être au singulier. Par exemple, "tout le monde sont allés à l’église", "le monde ne comprennent pas ce qui se passe", "le monde disent des choses"… J’ai pensé que vous pourriez en parler afin de sensibiliser les gens [Gaston Déry, Québec]. »

Voyons voir ce que j’en disais le 16 avril 2004, alors qu’un autre lecteur soulevait la même question.

La locution « tout le monde » est en effet un collectif singulier, un peu comme « couple », « famille », « foule », « groupe », « ensemble », etc. L’erreur que vous évoquez est bien plus courante dans le parler populaire. On peut dire que, dans ce cas-ci, les gens font une syllepse alors qu’ils ne le devraient pas.

Personnellement, je ne l’ai jamais vue écrite dans un média, et je ne me souviens pas non plus de l’avoir entendue dans un bulletin de nouvelles, car elle m’apparaît vraiment trop grosse. Il peut arriver qu’un journaliste ou un animateur s’échappe, mais c’est par inattention. La règle est généralement bien connue.

J’en profite pour préciser qu’en langue soignée, on ne dit pas non plus qu’il y a « gros du monde », mais bien qu’il y a « beaucoup de monde ».

À l’écrit, je vois plus souvent se glisser ce genre d’incohérence grammaticale avec le mot « couple », ou lorsqu’il est question de groupes de musique.

« Un couple a tout perdu après l’incendie de sa maison [et non "leur maison"]. »

« La formation Bleu Jeans Bleu a donné un de ses meilleurs spectacles de l’année [et non "un de leurs"]. »

Évidemment, si le nom du groupe était un nom pluriel, tels les Beatles ou les Trois Accords, la phrase serait correcte.

Perles de la semaine

Le prof d’histoire a fait une dépression... et ce n’est pas à cause de l’enseignement en ligne.

  • « C’est grâce aux antiquaires que nous connaissons l’Antiquité aujourd’hui. »;
  • «Ce prophète du mazdéisme s’appelait Zorro Astre [Zoroastre].»;
  • «On faisait la traite des esclaves pour prendre leur lait.»;
  • «En 1929, la Bourse américaine s’est écroulée, tuant beaucoup de gens.»;
  • «Au début du cinéma, on ne faisait jouer que des acteurs muets.»

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.