Séance d’orthographe : que le «le» ou que le «ne»?

CHRONIQUE / Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Réglons d’abord le cas du «ne», car c’est un sujet que j’ai déjà abordé dans cette chronique. Le «ne» explétif est une négation qui n’a aucune fonction grammaticale ni même euphonique. Son seul but : faire du remplissage (le verbe latin «explere» veut d’ailleurs dire «remplir»).

Il existe d’autres mots explétifs en français (par exemple le «moi» dans «regarde-moi ça»), mais le «ne» explétif est le plus courant de tous. On le retrouve notamment dans les phrases comportant une conjonction de comparaison («plus que», «moins que», «davantage que», «moindre que», «meilleure que», «mieux que», «pire que», «autant que», «aussi que»…).

Lorsque l’on retire le «ne» explétif, la phrase ne passe pas du négatif au positif.

«L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend.»

«L’algèbre est moins difficile qu’on le prétend.»

Si le «ne» avait vraiment une valeur négative dans la première phrase, celle-ci voudrait dire : «L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend pas.» Ce qui n’aurait aucun sens.

Au tour du «le» maintenant. Pour savoir comment l’utiliser, encore faut-il connaître sa nature.

Dans ce cas-ci, «le» est ce qu’on appelle un pronom neutre. Il ne remplace pas un nom en particulier, mais plutôt un groupe de mots, un participe passé, un verbe à l’infinitif, voire une phrase entière. Il ne porte aucune indication de genre ni de nombre. Voici des exemples.

«Elle est fatiguée et son amie l’est aussi [«le» remplace «fatiguée»].»

«Si elle est en colère? Tu peux parier qu’elle le sera [«le» remplace «en colère»]!»

«Je croyais qu’il voulait sortir, mais je doute qu’il le veuille toujours [«le» remplace «sortir»].»

«Le magasin va fermer, je le lis à l’instant dans le journal [«le» remplace «le magasin va fermer»].»

Maintenant, la plupart des ouvrages de difficultés du français indiquent que ce «le» neutre devient facultatif dans certains cas. Notamment... dans les propositions comparatives introduites par «que».

«Il est plus malin que je ne pensais [ou «que je ne le pensais»].»

«Elle ne pouvait en dire autant qu’elle le voulait [ou «qu’elle voulait»].»

Un seul ouvrage, «Pièges et difficultés de la langue française» de Bordas, est plus à cheval sur les principes et estime que ce «le» pronom neutre est fortement recommandé, voire indispensable lorsque «plus», «moins», «autant», etc., sont suivis d’un adjectif. Ce qui est le cas dans votre exemple, car «moins» est suivi de «difficile».

Mais si on se fie à la majorité, «le» est facultatif dans cette situation. Donc les quatre phrases que vous proposez sont valables.

Maintenant, dans la pratique, il y en a probablement certaines qui vous sembleront plus harmonieuses à l’oreille. Je suis sûr que «qu’on le prétend» vous paraîtra plus élégant que «qu’on ne prétend».

Faites aussi l’exercice de remplacer «prétendre» par «dire». Seriez-vous vraiment tenté d’écrire : «L’algèbre est moins difficile qu’on dit»?

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Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.