Séance d’orthographe : message aux nouveaux lecteurs

CHRONIQUE / Abonnés de La Tribune, permettez-moi aujourd’hui de m’adresser particulièrement à mes nouveaux lecteurs, car depuis le début de juin, «Séance d’orthographe» est publiée, en version numérique, dans tout le Groupe Capitales Médias. Autrement dit, des gens de Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Granby, Gatineau et de leurs régions respectives se sont joints à nous, découvrant cette nouvelle chronique... sans savoir qu’elle existe depuis 2003.

Résultat : depuis quelques semaines, j’ai reçu plusieurs questions de la part de ces amateurs de langue française additionnels. Des questions très pertinentes, mais auxquelles, vous vous en doutez un peu, j’ai déjà répondu, parfois il y a belle lurette.

J’ai donc décidé, contrairement à mon habitude de suspendre la chronique pendant l’été (ce qui, convenons-en, serait assez décevant pour ceux et celles qui viennent de la découvrir), de faire comme nos chaînes de télé et de vous proposer des «reprises» pour la belle saison. Ce choix m’apparaît d’autant plus pertinent que, dans certains cas, les réponses à certaines de ces interrogations datent de plus de dix ans. Et comme les règles du français n’évoluent pas très vite…

Quant aux questions inédites, j’espère que les personnes qui me les ont posées sauront patienter jusqu’à l’automne. C’est avec grand plaisir que je reprendrai alors la publication de chroniques originales. À tous et toutes, je souhaite un superbe été!

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«Dans certaines traductions de livres, on retrouve cette formulation: "Je sais ce QU’IL s’est passé." Ou alors: "Je sais ce QU’IL est arrivé." Ne devrait-on pas plutôt écrire "je sais ce QUI s’est passé" ou "ce QUI est arrivé"?» (Louise Angers, Québec)

Voici ma réponse du 29 septembre 2006.

Quand certains verbes peuvent être utilisés autant à la forme personnelle qu’impersonnelle, les deux tournures s’emploient indifféremment.

La forme impersonnelle, c’est lorsque le sujet est «il» et que ce «il» ne remplace personne. Le verbe impersonnel le plus connu est «falloir». Dans «il faut», rien ni personne ne pose l’action en tant que sujet.

Ainsi, les verbes «se passer» et «arriver» peuvent être utilisés à la forme impersonnelle.

«Il s’est passé bien des choses depuis ton départ.»

«Il arrive qu’on se trompe quand on va trop vite.»

Ici, le sujet «il» ne représente rien ni personne. Tournées autrement, ces phrases pourraient se lire ainsi.

«Voici ce qu’il s’est passé depuis ton départ [il s’est passé cela].»

«Voilà ce qu’il arrive quand on va trop vite [il arrive cela].»

Mais l’autre orthographe est aussi plausible, parce que ces deux verbes se conjuguent le plus souvent avec un sujet personnel. Les phrases de départ pourraient être les suivantes.

«Bien des choses se sont passées depuis ton départ.»

«Les erreurs arrivent quand on va trop vite.»

Modifions légèrement les phrases et cela pourrait donner:

«Voici ce qui s’est passé depuis ton départ [«ce» est le sujet de «s’est passé» et remplace «bien des choses»].»

«Voilà ce qui arrive quand on va trop vite [«ce» est le sujet de «arrive» et remplace «les erreurs»].»

Si le verbe ne s’emploie jamais à la forme impersonnelle, on écrira obligatoirement «ce qui». Mais si le verbe n’existe qu’à la forme impersonnelle, vous n’avez pas le choix d’écrire «ce qu’il».

«Les erreurs bêtes, c’est ce qui gâche tout.»

«Les erreurs bêtes, c’est ce qu’il faut surtout éviter.»

Perles de la semaine

Les perles du bac 2019 ne devraient pas tarder. En attendant, continuons de revisiter les «meilleurs» coups des dernières années, cette fois avec les examens de philosophie.

«Pour se connaître, il faut se faire s’enfoncer profondément en soi.»

«Dans une première partie, nous verrons les avantages. Dans une deuxième partie, nous verrons les désinconvénients.»

«On peut comparer Descartes à un philosophe.»

«Se connaître soi-même nécessite une bonne connaissance de soi.»

«Pour vivre dans la joie et l’allée graisse, il faut faire des sacrifices.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.