«Avoir de besoin» est simplement une vieille tournure française qui a persisté ici.

Pas besoin de « de »

CHRONIQUE / J’aimerais que vous traitiez du «de» que des personnes glissent parfois entre «avoir» et «besoin», ce qui donne: «J’en ai encore de besoin.» Je ne suis plus capable d’entendre cela. Suis-je dans l’erreur? (Suzanne Bérubé, Kamouraska). — Depuis la sortie de la chanson de Kevin Parent «Seigneur», j’obsède sur l’expression «en avoir de besoin», ou sa variante «j’ai de besoin de». Pourquoi ce «de» s’est-il glissé au fil du temps? On dirait que, comme un virus, ça se propage! (Pierre Racine, Jonquière).

«Avoir de besoin» est simplement une vieille tournure française qui a persisté ici. Comme bien de ses semblables québécoises, elle n’a pas suivi la même évolution que dans l’Hexagone parce que coupée de celui-ci.

Il ne s’agit donc pas d’une erreur récente commise par Kevin Parent ni par d’autres gens qui ont imité le chanteur en ajoutant inutilement la préposition «de». C’est même tout le contraire: le «de» était probablement là au départ et il a fini par disparaître dans l’usage courant.

Aujourd’hui, «avoir de besoin» est à éviter dans la langue soutenue, mais la locution est tolérée dans la langue familière (ce qui inclut les chansons de Kevin). J’ajouterai que j’entends cette expression autour de moi depuis ma petite enfance et elle a fort probablement déjà fait partie de mon vocabulaire.

Je rajouterai, à la défense d’«avoir de besoin», qu’il y a en français plusieurs tournures passées et présentes dont la syntaxe est vraiment très proche. Commençons par Molière qui, dans sa pièce «Les femmes savantes», fait dire par un de ses personnages: «J’aurai soin de vous encourager s’il en est de besoin.» Le Trésor de la langue française, lui, cite George Sand: «Ça serait bien de besoin que M. Cardonnet fît un chemin pour amener les gens de chez nous à son invention.»

Vous admettrez qu’entre «être de besoin» et «avoir de besoin», la différence est mince.

Mais plusieurs constructions courantes et pleinement acceptées rappellent également «avoir de besoin». Il vous est sûrement déjà arrivé de dire que vous avez quelque chose «de trop, de plus, de moins»... Ces tournures ne sont pas fautives, même si vous pouvez tout aussi bien enlever le «de» («j’en ai trop, plus, moins»).

De même, quand vous dites, à propos d’une chose, que vous en avez «de côté, de rechange, de reste», vous employez une tournure assez semblable et personne ne vous lance de pierres.

En somme, si «avoir de besoin» sied moins au discours soutenu, il est inutile de diaboliser cette locution à outrance. Laissons-la vivre dans les contextes appropriés.  

Je profite de cette chronique pour vous mentionner que le premier ouvrage qui, dans mes recherches, m’a informé clairement qu’«avoir de besoin» était une tournure vieillie et familière, c’est Usito, le dictionnaire du français québécois conçu à l’Université de Sherbrooke, et qui, depuis jeudi, est maintenant accessible en ligne tout à fait gratuitement. Ni le Petit Robert, ni le Petit Larousse, ni le Trésor de la langue française n’en faisaient mention (le Multidictionnaire comporte un article).

La mission d’Usito est justement d’inclure les particularités du français québécois, mais sans se limiter à celles-ci. Autrement dit, vous y trouverez la même matière que dans un Petit Robert, mais avec les spécificités québécoises en plus.

Je ne peux donc que saluer ce geste de démocratisation de la part de l’Université de Sherbrooke, rendant public un outil pour lequel, justement, beaucoup de fonds publics ont été investis, et je vous conseille fortement d’ajouter usito.usherbrooke.ca à vos onglets, au même titre que la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique. Avec ces trois sites sous la main, il y a de fortes chances que vous trouviez réponse à plusieurs de vos interrogations. Du moins, un peu plus rapidement qu’en posant la question à un chroniqueur. 

Perles de la semaine

À lire les réponses de ces examens de culture religieuse, on se demande si, au fond, le choix de la laïcité, c’est juste parce que c’est plus simple…

«Personne ne sait à quoi Dieu s’occupait avant de créer le monde.»

«Grâce au serpent, Adam et Ève ont pu avoir un enfant : Jésus-Christ.»

«Dieu a chassé Adam et Ève du Paradis parce que la religion interdit de manger du serpent.»

«Mathieu Zalem a vécu presque 1000 ans.»

«Dieu est monté sur une montagne pour donner à Moïse les tables de multiplication.»

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.