N'eut été avoir ou être...

SÉANCE D'ORTHOGRAPHE / Vous êtes-vous déjà demandé si vous deviez employer l’auxiliaire « avoir » ou l’auxiliaire « être » avec certains verbes?

Je ne vous parle pas d’une faute grossière que l’on commet quand on est enfant ou adolescent, comme « je m’avais trompé » ou cette légendaire réplique du film « La guerre des boutons » : « Si j’avais su, j’aurais pas venu. » Ces fautes finissent généralement par s’effacer avec les années.

Mais il y a des cas plus incertains. Par exemple, doit-on écrire qu’une personne est disparue ou a disparu? Devez-vous dire que le film est déjà commencé ou a déjà commencé? Le printemps dernier, est-ce que les eaux de la rivière ont monté ou sont montées?

Pas toujours évident, n’est-ce pas? Voici donc quelques trucs pour vous y retrouver.

Pour un certain nombre de verbes, une partie de la règle est simple : ils se conjuguent avec « avoir » lorsqu’ils ont un complément d’objet direct (COD).

« Il a changé la décoration [décoration est le COD]. »

 « Elles ont déménagé le piano [piano est le COD]. »

« J’ai commencé mon travail. »

« J’ai passé de belles vacances. »

C’est lorsqu’on se retrouve avec un complément circonstanciel (CC) de temps, de lieu, de cause, de but, etc. ou sans complément du tout que cela devient plus embêtant. Mais la bonne nouvelle, c’est que, la plupart du temps, vous avez le choix. Vous pouvez utiliser « avoir » si vous souhaitez insister sur l’action ou « être » si vous voulez plutôt souligner le résultat.

« Vous avez beaucoup changé depuis notre dernière rencontre [accent mis sur l’action]. »

« Les draps sont changés toutes les semaines [accent mis sur le résultat]. »

« Elles ont souvent déménagé [accent mis sur l’action]. »

« Elles sont déménagées depuis un an [accent mis sur le résultat]. »

« J’ai commencé mon travail hier. »

« L’automne est maintenant bien commencé. »

« Le temps a passé. »

« Ils sont passés par ici. »

Finalement, il y a certains cas où, même si les deux auxiliaires sont permis, il y en a un qui est nettement dominant, tellement que l’autre paraît presque dissonant.

Prenez le verbe « stationner ». Vous serez peut-être surpris, voire dérangé d’entendre : j’ai stationné en double file. Cet usage est pourtant correct, mais comme la tendance est de dire « je suis stationné », le recours à l’auxiliaire « avoir » paraît fautif.

Même chose pour « monter » : vous aurez probablement tendance à dire que vous n’êtes jamais monté à cheval par rapport à « je n’ai jamais monté à cheval ». Sauf si vous parlez d’un niveau ou d’un prix. Dans ce cas-là, vous serez peut-être plus enclin à dire que « le prix de l’essence a monté en flèche ».

Il reste le cas des verbes « paraître », « apparaître » et « disparaître », qui bénéficient chacun d’un article dans la Banque de dépannage linguistique. Je vous en reparle la semaine prochaine.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.