Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Les rois de la traduction

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Est-ce correct que les médias francophones écrivent « Philippe » pour parler du duc d’Édimbourg, alors que les publications britanniques utilisent « Philip »? Dirait-on « Marie » au lieu de « Mary »? Merci de m’éclairer. [Romney Grenon, Québec]

Il n’y a pas à vous en faire : c’est une pratique tout à fait acceptée, et probablement que vous y avez déjà recouru sans vous en apercevoir. Par exemple, je suis certain que vous avez toujours écrit Île-du-Prince-Édouard, jamais Île-du-Prince-Edward, même si le prince en question est le père de la reine Victoria (difficile d’appartenir davantage à l’histoire de la monarchie britannique!).

En fait, après avoir fouillé un peu, j’en conclus que la traduction des noms de souverains et de papes est plus une affaire de coutumes que de règles. Plus on remonte dans le temps, plus la traduction apparaît systématique. Plus on revient vers nous, plus on garde les noms propres dans leur langue d’origine.

On observe à peu près la même chose avec les toponymes (Londres et London, Bruxelles et Brussels, Turin et Torino, etc.). À une époque où les communications n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui et où les gens entendaient beaucoup moins souvent les langues étrangères, il était un peu plus compréhensible d’adapter les noms propres à la langue d’accueil, surtout lorsqu’il y avait une étymologie commune.

Les rares ouvrages qui s’aventurent à énoncer des règles s’appuient donc essentiellement sur une situation existante. Autrement dit, ils les ont collées à la pratique et non l’inverse.

Termium, par exemple, nous dit que l’on francise les noms de souverains qui ont déjà un équivalent en français, tels, en anglais, Henry, George, Philip, Edward, William (qu’on traduit par Guillaume en français), James (le prénom français correspondant est Jacques)...

Les monarques allemands n’y échappent pas non plus : Wilhelm devient Guillaume, Friedrich se transforme en Frédéric, Franz donne François et Ludwig, Louis. En Russie, vous avez sûrement plus régulièrement entendu parler des tsars Nicolas, Alexandre et Pierre que Nikolaï, Aleksandr ou Peter.

Pourtant, le roi Juan Carlos 1er d’Espagne n’a jamais été désigné comme Jean-Charles 1er. Son fils et successeur est bien plus souvent appelé Felipe VI que Philippe VI. Idem pour l’actuelle reine du Danemark Margrethe II : ce n’est que très rarement que l’on peut tomber sur des Marguerite II.

Traduisez... ou non

Termium affirme qu’« en principe, les noms des souverains en vie ne sont pas francisés »… avant de préciser que « certains ouvrages préfèrent la graphie francisée », citant les cas d’Élisabeth II et du prince Philippe, très souvent utilisés en français par rapport à Elizabeth et Philip.

En conclusion, il n’y a pas de règle absolue.

Par contre, si l’actuel prince William devenait roi et qu’il décidait de garder son propre nom (ce qui n’est pas automatique), je serais très surpris que l’on commence à le désigner en français comme le roi Guillaume V au lieu de William V.

Qu’en est-il chez nos cousins anglo-saxons? Hormis ceux portant le prénom de Louis, très rarement anglicisé en Lewis, les rois français deviennent presque tous des Henry, des Francis, des John ou des Philip de l’autre côté de la Manche.

Il faut dire qu’il y a tellement eu d’échanges et d’alliances (et pas seulement des guerres) entre la France et l’Angleterre qu’il n’est pas étonnant que ces traductions de noms propres (n’oublions pas qu’une traduction est, en quelque sorte, une appropriation) soient devenues courantes. Il fut une époque où les rois d’Angleterre épousaient presque toujours une princesse française. C’est d’ailleurs durant cette partie du Moyen Âge que le français a fortement contaminé l’anglais.

Avec les noms de papes, la traduction semble systématique, du moins pour ce qui est des langues d’origine européenne. Le pape François se fait appeler Francis en anglais, Francisco en espagnol et en portugais, Francesco en italien, Franziskus en allemand, etc. Les langues plus éloignées conservent généralement le nom en latin.

PERLES DE LA SEMAINE

  • Au lieu de la faculté des sciences, ces étudiants ont abouti à la faculté affaiblie.
  • Avant la découverte du pétrole, les voitures marchaient au bois.
  • Un hydravion est un avion qui vole même dans l’eau.
  • Pendant la guerre, la voiture préférée des Français était l’attraction à vent.
  • Louis Lumière a été nommé comme ça à cause de son intelligence.
  • Avant l’invention du téléphone, on téléphonait en criant très fort dans une corne de vache.

Source : Le sottisier du collège, Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca