Le tour du petit coin

CHRONIQUE / Moi, ce qui me turlupine, c’est de lire et d’entendre des gens qui utilisent le terme «salle de bain» plutôt que «toilette». Au restaurant, j’imagine la personne qui sort de ladite pièce avec une serviette enroulée autour du corps et qui retourne finir son repas. (Christian Lévesque, Lévis)

N’oublions pas qu’en Amérique du Nord, la toilette est le plus souvent dans la salle de bains, alors qu’en Europe, elle est la plupart du temps installée dans une pièce différente. Si les gens ont coutume de dire qu’ils vont à la salle de bains quand ils sont chez eux, il est compréhensible qu’ils gardent ce réflexe lorsqu’ils sortent de la maison.

Notons simplement que les personnes qui emploient plutôt les expressions «aller à la toilette» (moins courant) ou «aller aux toilettes» (les deux formes sont acceptées) n’ont pas besoin de faire la précision où qu’elles soient.

Peut-être avez-vous déjà aussi entendu «chambre de bains» dans des conversations? Le Grand Dictionnaire terminologique explique que «chambre de bains» est «souvent présenté comme un calque de l’anglais à éviter, alors qu’il s’agit plutôt d’un terme d’origine française. On trouve l’expression chez des auteurs français du XIXe siècle. Ce terme est toujours employé dans certaines aires francophones. Le mot "chambre" était déjà utilisé en ancien français pour désigner une pièce quelconque de la maison».

Il reste que «chambre de bains» est surtout présent dans la langue familière, alors que «salle de bains» est accepté dans tous les contextes.

L’avantage qu’offre la locution «salle de bains», c’est qu’elle ne dit pas forcément ce qu’on s’en va faire, et il est fort possible que cela convienne à certaines personnes. Dans certaines cultures ou à d’autres époques, mentionner qu’on se rend aux toilettes ne fait pas ou ne faisait pas partie des règles de bienséance. Par exemple, je me souviens d’avoir lu un roman d’Agatha Christie dans lequel le personnage d’Ariadne Oliver demande au détective Hercule Poirot où il s’en va. Et celui-ci de répondre: «Je croyais que cette question était considérée comme impolie chez les Anglais [Hercule Poirot est Belge].»

«Pardon!» répond Mrs. Olivier. Et, à part soi: «Mais ce n’est pas la direction des toilettes.»

Évidemment, il existe plusieurs autres façons dans la francophonie d’exprimer plus ou moins explicitement ce qu’on s’en va faire : aller aux cabinets, au petit coin, à la cuvette, au lieu d’aisance ou d’hygiène, sans oublier les W.-C. (qui se prononcent «vécé», mais certains disent aussi les «waters») que nos cousins français affectionnent tant!

Vous aurez remarqué que j’ai écrit «salle de bains» avec un s tout au long de cette chronique. Parce que, autre chose que les gens oublient, la grande cuve en émail servant à se laver n’est pas un bain mais une baignoire! La salle de bains n’est donc pas la salle où il y a un bain, mais la salle où on prend «des» bains.

Mais rassurez-vous : écrire «bain» au singulier est aussi accepté, les grammairiens reconnaissant que l’on peut également définir la salle de bains comme la pièce où l’on prend «un» bain.

 

Perles de la semaine

Les souvenirs de «La presse en délire», il y a quelques semaines, ont suscité bien des réactions. En voici d’autres!

 

«La ligue de balle molle fête ses champignons [champions].»

«Les Nordiques visent une victoire consécutive»

«Bienvenue au Salon de l’auto neuve usagée»

«Le nouvel album de Céline Dion s’intitule "Les chemises de ma maison" [chemins].»

«Spécial de la fête des Pères : bas de nylon Discrétion»

 

Source: «La presse en délire», collectif, Ludcom inc., 1982.

 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.