Étant donné que l’imparfait est un temps du passé, on peut avoir l’impression qu’il y a faute lorsqu’il est utilisé dans un contexte où le présent aurait très bien fait l’affaire. Dans le cas que vous citez, effectivement, l’employé pourrait tout aussi bien demander : «Est-ce que ça va?»

Le temps est imparfait

CHRONIQUE / Pourquoi plusieurs serveurs dans les restaurants ou vendeurs dans les magasins nous abordent-ils à l’imparfait? Voici un exemple : «Est-ce que ça allait?» On dirait qu’ils utilisent ce temps de verbe comme signe de politesse. Je sursaute chaque fois. Font-ils une erreur? (Steeve Godin, Sherbrooke)

Étant donné que l’imparfait est un temps du passé, on peut avoir l’impression qu’il y a faute lorsqu’il est utilisé dans un contexte où le présent aurait très bien fait l’affaire. Dans le cas que vous citez, effectivement, l’employé pourrait tout aussi bien demander : «Est-ce que ça va?»

Mais quand on regarde de près, on se rend compte que les temps ont des usages beaucoup plus étendus que ceux auxquels ils devraient strictement se limiter. On dit qu’ils ont plusieurs «valeurs temporelles».

Par exemple, je veux vous raconter le naufrage du Titanic et je commence ainsi : «Nous sommes le 15 avril 1912.» Pourquoi n’ai-je pas dit «c’était le 15 avril 1912», puisque je vous parle d’un fait passé? L’utilisation du présent, ici, crée un effet dramatique qui rapproche les événements de nous.

Plus loin dans mon histoire, je vous raconte que le navire a fini de sombrer vers 2h20 et qu’il faudra attendre encore une heure avant qu’arrivent les premiers secours. Pourquoi ai-je employé le futur («il faudra» plutôt qu’«il a fallu»)? Il s’agit ici d’un «futur historique dans un contexte narratif au passé, c’est-à-dire pour évoquer un événement passé postérieur à un autre événement du passé», explique la Banque de dépannage linguistique.

Examinons donc le cas que vous soumettez. En fait, vous n’avez pas tort lorsque vous parlez d’un signe de politesse. Il existe en effet un imparfait que certains grammairiens qualifient «d’atténuation». Le locuteur rejette le fait dans le passé pour ne pas brusquer l’interlocuteur, explique le «Bon usage». Voici des exemples.

«Avant de commencer, je voulais vous demander deux choses [au lieu de "je veux"].»

«Je venais te dire que je m’en vais [au lieu de "je viens¨].»

Maintenant, indépendamment de cela, d’autres grammairiens estiment que, dans ce contexte, on se retrouve quand même devant un fait passé. Parfois passé de quelques secondes à peine, juste avant que l’on commence à parler (l’imparfait d’atténuation est d’ailleurs plus courant à l’oral qu’à l’écrit), mais passé quand même, ce qui légitime le recours à l’imparfait. Dans la première phrase, l’action de vouloir a débuté juste avant celle de demander, et dans la deuxième phrase, celle de venir précède de très peu celle de dire.

C’est le même genre d’imparfait, mélange de passé très récent et de politesse, que l’on peut percevoir dans la situation que vous évoquez. En disant «est-ce que ça allait», l’employé sous-entend «juste avant que je vous le demande». Il utilise une formule beaucoup moins brusque qu’«est-ce que ça va?», laquelle pourrait être perçue comme trop familière, voire impolie.

Perles de la semaine

Pas besoin que les Canadiens fassent les séries pour que nos commentateurs sportifs en échappent de solides... Voici un court florilège du «Sportnographe» des dernières semaines.

«Tout va à la vitesse grand G.»

«C’est des joueurs qui parlent en anglais, faudrait que je traduisse après.»

«C’est une amateuse de golf autant que moi, sinon plus.»

«Y avait pu de réservoir dans la tank à essence.»

«Vous connaissez l’histoire La petite chèvre à Madame Séguin?»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.