Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Le sens du partage

CHRONIQUE / J’aimerais partager avec vos lecteurs mon irritation quant à l’usage du mot... «partager». Il ne se passe pas une journée sans qu’on entende, dans les médias de tous ordres, ce verbe utilisé avec, comme complément d’objet direct, l’auditoire avec lequel on veut partager une nouvelle, une œuvre, une citation. «Je veux vous partager ceci», dira-t-on par exemple. Je me demande comment cet usage fautif a pu se répandre au point d’être aussi omniprésent. Il existe pourtant des formes consacrées telles que «je veux partager ceci avec vous», ou encore «je veux vous faire partager cela». Il serait grand temps qu’on se le dise! Qu’en pensez-vous? (Benoit Piché, Sherbrooke)

Cette question m’a été posée plusieurs fois dans les derniers mois. En rappel donc cette semaine, pour toutes les personnes qui n’ont pas pu la lire à l’époque, ma chronique du 5 septembre 2014 sur l’usage du verbe «partager». 

Effectivement, on ne peut pas partager dans le sens de «communiquer», «raconter», «faire part», «exprimer»... Il s’agit tout simplement d’un anglicisme, un calque du verbe «to share», explique la Banque de dépannage linguistique. Les anglophones peuvent en effet «sharing their experience, their story, their opinion», mais cet usage n’est pas encore admis en français. 

Ainsi, non seulement on ne pourra pas vous inviter à venir «nous partager votre expérience», mais vous ne pourrez pas davantage «partager votre irritation avec les lecteurs». Du moins, pas au sens où vous l’entendez. Car partager son expérience, une opinion, un avis, une idée, un sentiment avec quelqu’un, c’est l’avoir en commun.


«Je te présente Alain. Vous partagez la même expérience, car vous avez tous deux enseigné dans le Grand Nord.»

«Je suis d’accord avec Anne. Je partage son opinion.»

«On dirait que tu ne partages pas son enthousiasme.»

«Julie a admis qu’elle partage avec Louis la responsabilité de cette erreur.»

«Plusieurs citoyens ne partagent pas l’optimisme du premier ministre.»


Au départ, il y a donc une faute de sens, et de celle-ci découle une faute de syntaxe. En effet, comme les gens assimilent «partager» à «dire», «raconter», «faire part», «communiquer», ils disent «je vais vous partager» comme s’ils disaient «je vais vous dire, raconter, faire part, communiquer, etc.» «Vous» est ici complément d’objet indirect.

Le problème peut se régler simplement en ajoutant, comme vous le suggérez, le verbe «faire» devant «partager». On retrouve ainsi le sens de communiquer.


«Vous êtes invités à venir nous faire partager votre expérience.»

«J’aimerais faire partager mon irritation avec vos lecteurs.»


Depuis cette chronique de 2014, la BDL a fait une mise à jour pour légitimer des usages plus actuels du verbe «partager». Par exemple, en informatique, il est tout à fait correct de partager une connexion ou des périphériques, au sens de «mise en réseau». Il est aussi accepté de partager du contenu numérique sur différentes plateformes, comme partager des photos, des fichiers, une vidéo ou un hyperlien sur sa page Facebook ou par courriel. Le verbe prend alors le sens de «mettre à la disposition d’autres utilisateurs».

PERLES DE LA SEMAINE

Poursuivons notre révision des notions de base en cette année sans examen du ministère. Après la littérature, la biologie.


«La digestion, c’est tout ce qui va de la bouche à l’anus.»

«L’abdomen est un terme plus joli pour dire le ventre.»

«La langue sert à faire pénétrer plus d’air dans les poumons.»

«La morve est un liquide qui sert à nous faire savoir qu’on est enrhumé.»

«Un réflexe, c’est quand le cerveau n’est pas civilement responsable.»


Source : «Le Sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.