Le club des ex cités

CHRONIQUE / Il serait intéressant de parler de l’adjectif «excité» lorsqu’il exprime ce que nous ressentons. «Excited» et «excité» ont des significations différentes, je crois. - Stéphane Mercier, Sherbrooke

S’il y a une chose à laquelle il faut faire attention, c’est de ne pas crier à l’anglicisme dès que l’on détecte une forme syntaxique qui semble calquée sur l’anglais. Car même dans les cas où certaines tournures nous viennent de cette langue, cela ne veut pas forcément dire qu’elles sont mauvaises en français.

Je me souviens par exemple que, dans un de mes cours à l’université, «bleu pâle» était un anglicisme et il fallait dire «bleu clair», avait affirmé notre professeure, non par malveillance ni anglophobie, mais plutôt par léger excès de zèle. Dès le trimestre suivant, mon professeur de grammaire normative avait rectifié l’information.

Dans le cas qui nous préoccupe, est-ce que se dire excité par une nouvelle, un événement longtemps espéré ou une rencontre à venir est un anglicisme copié sur «to be excited by»? Après un survol des principaux ouvrages de référence, il semble que personne ne «s’excite» vraiment sur cette question. À part un journaliste du Monde, Didier Pourquery, qui, dans un article publié en 2014, passe plus de temps à nous dire pourquoi ça l’énerve plutôt que de vraiment nous expliquer les raisons de l’anglicisme. Son argument massue est: «Vous l’entendez bien, non?»

Il suffit d’aller fouiller dans les principaux dictionnaires pour s’apercevoir qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Le Petit Larousse donne comme définition du verbe «exciter»: «Faire naître; provoquer; rendre plus vif; activer, stimuler.» Le Petit Robert, pour sa part, fait une distinction plus marquée entre «exciter quelque chose» et «exciter quelqu’un». Dans le deuxième cas, il parle d’«augmenter l’activité psychique, intellectuelle de quelqu’un».

La suite de synonymes suggérés nous conforte dans l’idée que l’on peut se déclarer «excité» au même titre que «passionné», «ému», «enivré», «grisé», «animé», «enflammé», «enthousiasmé», «stimulé», «ravi», etc. 

Il est aussi clair que, lorsqu’une personne dit qu’elle est excitée par quelque chose, elle le dit souvent au sens figuré. On ne s’attend pas à la voir tressauter sur sa chaise ni sautiller sur place.

N’oublions pas qu’«exciter» peut également servir aux émotions négatives, surtout quand il est utilisé à la voix active («exciter la jalousie, la douleur, une foule en colère, un taureau dans une corrida»). Il devient alors synonyme d’«énerver», «irriter», «exacerber», «exaspérer»... On peut aussi l’employer pour parler d’excitation sexuelle, auquel cas il se rapproche d’«aguiché», «émoustillé»... 

Pour la suite, j’en reviens à ce que je dis toujours: maintenant que vous savez que vous avez le droit d’être excité par quelque chose, ça ne veut pas dire qu’il faut n’avoir que cette expression à la bouche. Comme vous le voyez, les synonymes ne manquent vraiment pas. On peut aussi recourir à la forme pronominale «s’exciter (sur qqch)».

Perles de la semaine

D’autres extraits du Bêtisier 2018 d’Olivier Niquet.

«Regardez cet ananas: aussi rafraîchissant qu’une petit pino colada.»

«Il faut redorer les salaires.»

«Le système routier est aussi rempli que les leggings d’une fille de 200 livres.»

«Debbie Lynch-White, je la connais parce qu’elle jouait la Sagouine [La Bolduc].»

«Ça va nous mener à quoi si on peut pu être attiré sexuellement par le corps de la femme?

— Mais on peut pas pu.»

Veuillez prendre note que la chronique Séance d’orthographe sera désormais publiée dans La Tribune du lundi à compter du 18 février.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.