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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Je vous présente ma marâtre

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CHRONIQUE / Une question de Claire Cantin, de Saint-Denis-de-Brompton: «Mon père s’est remarié il y a 20 ans et, chaque fois que je parle de ma belle-mère, je dois expliquer que c’est la deuxième femme de mon père et non la mère de mon mari. Les anglo-saxons ont compris cela en créant deux mots différents: "stepmother" et "mother-in-law". Un autre mot utilisé à toutes les sauces est "demi-sœur " (ou "demi-frère"). Dans une famille reconstituée, plusieurs vont dire «demi-sœur par alliance» [pour parler de la fille du nouveau conjoint ou de la nouvelle conjointe de leur parent].

J’ai déjà répondu à votre première question dans une chronique datée du 30 juillet 2016. J’expliquais alors à un autre lecteur qu’il existe un mot français, différent de «belle-mère», pour parler de la seconde épouse du père.

Sauf que vous ne voudrez probablement pas l’employer: il s’agit du mot «marâtre».

Au Moyen Âge, ce mot désignait la nouvelle épouse du père, sans aucune connotation négative. Mais comme les marâtres étaient pratiquement toutes des mégères dans les contes de fées, à commencer par celles de Blanche-Neige et de Cendrillon, le mot est devenu hautement péjoratif et a pris une indissociable connotation de méchanceté. Il est donc également synonyme de mauvaise mère aujourd’hui.

Et c’est ainsi, à cause de Charles Perreault, des frères Grimm et des autres auteurs de contes populaires, que nous avons été, en quelque sorte, privés du mot qui permettait de marquer une différence entre la seconde épouse du père et la mère du conjoint ou de la conjointe.

Mais si vous allez en Afrique noire, là où la polygamie est socialement acceptée, les marâtres sont encore les coépouses de la mère.

Peut-être vous demandez-vous si «marâtre» a un masculin? 

Oui, le mot «parâtre». Mais il est d’autant moins courant qu’il traîne également une connotation de méchanceté.

Votre deuxième question sur «demi-frère» et « tombe à pic»: dans des fiches datées de cette année, le Grand dictionnaire terminologique nous apprend qu’il a proposé «quasi-frère» et «quasi-sœur» pour désigner les enfants, nés d’une précédente union, du nouveau conjoint ou de la nouvelle conjointe d’un parent. Cela permettrait de les distinguer du demi-frère et de la demi-sœur avec lequel on partage un seul parent, une définition que l’on ne devrait réserver qu’à cette situation précise, estime le GDT.

Comme il s’agit d’une proposition très récente, vous ne la trouverez évidemment pas dans les dictionnaires pour l’instant, même pas dans Usito. Nous saurons avec le temps si cet usage est adopté par la population en général.

Parler de «demi-frère, demi-sœur par alliance» ne règle pas vraiment le problème, puisque les véritables demi-frères et demi-sœurs (ceux avec qui on partage un parent) le sont également à cause d’une alliance.


                                                                 ***


«Pourquoi dit-on "eau bénite " plutôt qu’"eau bénie"? Je lis que "pourrite " (comme dans "pomme pourrite") est une forme utilisée mais incorrecte. Est-ce bien le cas [Maurice Marcotte, Saint-Raymond-de-Portneuf]?»

Voici en rappel ma chronique du 4 avril 2014.

Normalement, quand un adjectif finit en «-ite» au féminin, c’est parce que la terminaison masculine est «-it», comme «érudit», «interdit», «confit», «petit»... Si l’adjectif prend fin par un i, le féminin se construira en «–ie», comme «pourrie».

La seule exception à cette règle est «favori», qui donne «favorite» au féminin, probablement à cause de l’influence de l’italien «favorire», lequel a comme participe passé les formes «favorito», «favorita».

La persistance de «pourrite» dans la langue populaire québécoise peut laisser croire qu’il y a déjà eu un masculin «pourrit» en ancien français. C’est possible (surtout que «pourriture» existe), mais mes recherches n’ont rien donné. Il est plus probable qu’il s’agisse d’une banale erreur de langage, par mimétisme avec d’autres adjectifs comme «écrit» ou «frit».

La seule occasion où vous pouvez dire «pourrite», c’est au passé simple. Comme dans: «Vous me pourrîtes la vie!»

J’en profite pour rappeler la différence entre les participes passés «béni», «décrépi» et «subi» et les adjectifs «bénit», «décrépit» et «subit», qui n’ont pas le même sens et qui, évidemment, ont des féminins distincts.

Ainsi, le participe passé «béni, bénie» est employé dans un sens général, tandis que l’adjectif «bénit» est réservé aux choses qui ont reçu la bénédiction d’un prêtre selon un certain rituel, comme le pain bénit, l’eau bénite, les cierges bénits et les médailles bénites.

Les deux mots ont la même étymologie, mais «bénit» est plus vieux. Il provient de «benoît», lequel est l’ancien participe passé du verbe «bénir», datant du XVe siècle. Le participe passé «béni», lui, n’est apparu qu’au XIXe siècle, se pliant aux règles de conjugaison des verbes ayant une terminaison en «-ir». Mais on a conservé l’autre comme adjectif, avec un sens très précis.

Alors que le participe passé «subi, subie» est synonyme de «supporté», «enduré», «éprouvé», l’adjectif «subit, subite» veut dire «soudain», «brusque», comme lors d’une mort subite. Tout comme «béni» et «bénit», les deux mots proviennent de la même source mais ont emprunté des directions différentes, «subit» étant plus ancien que «subi».

Finalement, alors que le participe passé «décrépi, décrépie» s’applique seulement à une chose «dégarnie de crépi», l’adjectif «décrépit, décrépite» se dit aussi bien de personnes que de choses atteintes de décrépitude, c’est-à-dire usées ou dégradées par l’âge. Mais cette fois, nous avons affaire à deux étymologies différentes: «décrépit» vient du latin «decrepitus», alors que «décrépi» est le participe passé de «décrépir», antonyme de «crépir», lui-même issu du latin «crespir».


PERLES DE LA SEMAINE

Quelques perles récoltées un peu partout sur la toile... et le tableau est peu reluisant.

«Le blanchiment dentaire s’opère par les agents blanchissants, qui nettoient en profondeur sans abîmer l’e-mail des dents.»

«Toute l’équipe du bar Chez Bidou de Vicotiraville se joint à moi pour lui souhaiter encore une longue vie.»

«Cette dernière préfère se concentrer sur son travail, une attitude qui a mis la pice à l’oreille de Marie.»

«On est au nez pâle, entre l’Inde et la Chine.»

«Guillaume Lemay-Thiviverge accueilli en héros.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.