Ignominieux pronominaux, la suite

CHRONIQUE / Nous avons vu la semaine dernière qu’il y avait deux groupes de verbes pronominaux : ceux qui le sont toujours et ceux qui le sont à l’occasion, selon le contexte. Les premiers sont les plus simples parce qu’ils s’accordent avec le sujet («elles se sont envolées»). Les seconds sont un peu plus démoniaques, car ils peuvent se classer parmi quatre sous-groupes, qu’il est parfois difficile de déterminer le groupe auquel ils appartiennent et qu’ils peuvent même faire partie de plus d’un groupe selon le contexte.

Cela étant dit, je m’aperçois que je vous ai peut-être causé une frayeur exagérée, car il y a des verbes pour lesquels le classement se fait assez facilement. Par exemple, si j’écris que «Jacinthe s’est levée», il est clair que le sujet exerce une action sur lui-même. C’est donc un pronominal de sens réfléchi. Si je dis que Sylvie et Renée se sont regardées, il est également évident qu’elles exercent une action l’une sur l’autre, donc que nous sommes en présence d’un verbe pronominal de sens réciproque.

Les verbes pronominaux de sens passif sont aussi faciles à identifier, car le sujet ne pose pratiquement aucune action. Il suffit de mettre le verbe à la voix passive pour le constater.


«Les maisons se sont bien vendues cette année [les maisons ont été bien vendues].»

«Ses problèmes se sont résolus [ont été résolus] grâce à mon aide.»


Pour les verbes de sens indistinct (ou subjectif ou non réfléchi), c’est-à-dire ceux qui changent de sens lorsqu’ils deviennent pronominaux, c’est loin d’être toujours clair. Certains ouvrages en donnent carrément une liste pour que l’on puisse les voir venir. J’ai déjà parlé de «s’apercevoir» (s’apercevoir de quelque chose, ce n’est pas apercevoir soi-même ni apercevoir l’un l’autre), mais en voici quelques autres parmi les plus courants.


«S’attaquer (à), s’attendre (à), s’aviser (de), se défier (de), s’échapper (de), se douter (de), s’ennuyer (de), s’imaginer, se jouer (de), se plaindre (de), s’en prendre (à), se prévaloir (de), se refuser (à), se résoudre (à), se saisir (de), se servir (de), se taire.»


Faites le test : utilisez ces verbes avec puis sans le pronom «se» et vous verrez que le sens est différent. Mais attention! Il faut garder la préposition qui suit, car c’est souvent cette préposition qui fait changer le sens.

Par exemple, deux armées peuvent très bien s’attaquer l’une l’autre («elles se sont attaquées»), mais s’attaquer à quelque chose, c’est soit chercher à résoudre, soit commencer une tâche, soit entreprendre une action. Autre exemple : «servir» et «se servir» gardent le même sens lorsqu’on se sert lors d’un souper ou qu’on se sert du thé. Mais lorsqu’on se sert du balai pour faire le ménage, on veut plutôt dire «utiliser».

Parfois, on n’a pas le choix d’ouvrir un dictionnaire et de retourner à la définition du verbe pour en retrouver le sens premier, puis vérifier si c’est le même à la voix pronominale. C’est ce que j’ai fait avec «se montrer», notre exemple de la semaine dernière. 

J’espère que vous vous souvenez de notre phrase problématique («elles se sont montré(es) intéressées»). Je vous avais donné plusieurs exemples où on aurait pu rattacher le verbe aux quatre sous-groupes.

Évidemment, si on se considère que montrer, c’est «faire voir quelque chose, le mettre sous les yeux de quelqu’un», «se montrer intéressé» ne semble plus avoir le même sens. Mais montrer, nous dit le Petit Larousse, c’est aussi «laisser voir, laisser paraître», comme une jupe qui montre les genoux.

On peut donc dire que «se montrer», c’est bien «se laisser paraître», et que «se montrer intéressé», c’est bien «laisser paraître soi-même intéressé». Nous sommes donc bien en présence d’un pronominal réfléchi, puisque le sens demeure le même et que le sujet pose une action sur lui-même.

C’est bien beau, mais avec tout ça, je n’ai même pas commencé à vous dire comment faire l’accord! Eh oui! il me faudra une troisième chronique pour ça. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge!

Perles de la semaine

Si les Trois Accords sortent en pleurant du «Bureau du médecin», il y a certains médecins qui sortent de leur bureau en riant…

«J’ai peur que ce soit la maladie de Hitchcock [Hodgkin].»

«Mon physio me fait travailler les dominos [abdominaux].»

«Pour ma thyroïde, j’ai fait une sainte graphie [scintigraphie].»

«J’ai un rendez-vous pour une infusion de l’épaule [infiltration].»

«J’ai fait un dépistage pour le cancer collatéral [colorectal].»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.