Ignominieux pronominaux

L'accord du participe passé sous la forme pronominale est inutilement complexe. J'ai été confronté aujourd'hui à une phrase pour laquelle je n'ai pu trouver de réponse claire. Les spécialistes, sur un blogue, se critiquaient même l'un l'autre. Lequel croire? Voici la phrase en question : «Les deux dames s'étant montré(es) intéressées à combler les deux postes vacants...» Faut-il écrire «montré» ou «montrées»?

Roger Garant

Lac-Mégantic

Votre question me ramène à une de mes premières chroniques. J'avais tenté d'expliquer en 400 mots les règles d'accord du participe passé des verbes pronominaux... Une chatte n'y aurait pas retrouvé ses petits.

Vous avez raison : cette règle est assurément la plus compliquée de la grammaire française et mériterait d'être simplifiée. Mais compliqué ne veut pas dire illogique. Lorsque l'on prend le temps d'examiner ces règles, on se rend compte qu'elles ne sont pas insensées.

Je suis donc prêt à faire une nouvelle tentative, mais je vous préviens tout de suite qu'il me faudra deux chroniques, peut-être même trois.

J'ai déjà expliqué qu'il y avait trois voix dans la langue française : la voix active (quand le sujet fait l'action), la voix passive (quand il la subit) et la voix pronominale (quand il pose et subit l'action en même temps). Ne perdez pas cette information de vue.

Dès le départ, les verbes pronominaux se divisent en deux : ceux qui le sont toujours (essentiellement pronominaux) et ceux qui le sont à l'occasion (accidentellement pronominaux).

Les essentiellement pronominaux, ce sont ceux que l'on aime le plus. Il suffit d'enlever le pronom personnel (me, m', te, t', se, s', nous, vous) pour vérifier si le verbe fait partie de ce groupe. Si ça ne se dit pas, c'est que le verbe est toujours pronominal et que l'accord se fait avec le sujet. Faites le test avec les exemples qui suivent.

Elle s'est absentée de son travail (on ne dit jamais j'absente, tu absentes).

Ils se sont méfiés de lui.

Julie et moi, nous nous étions goinfrées toute la soirée.

Vous vous seriez abstenus, vous aussi!

Ce sont les verbes accidentellement pronominaux qui posent problème, car ce groupe de subdivise en quatre sous-groupes : il y a ceux de sens réfléchi, ceux de sens réciproque, ceux de sens subjectif (ou indistinct ou non réfléchi) et ceux de sens passif.

Déterminer à quel groupe appartient le verbe en question n'est pas toujours évident, surtout que celui-ci peut faire partie de plus d'un groupe selon le sens et le contexte. Et c'est le cas avec se montrer : il n'est vraiment pas simple à classer.

Il peut en effet être de sens réfléchi (le sujet exerce une action sur lui-même).

Malgré sa disgrâce, elle a osé se montrer au mariage.

Il peut aussi être de sens réciproque (plusieurs sujets agissent les uns sur les autres).

Quand j'ai demandé qui avait fait ça, Samuel et Léa se sont montrés l'un l'autre.

On pourrait aussi croire qu'il est de sens subjectif ou indistinct (le verbe change de sens lorsqu'il devient pronominal, comme apercevoir [voir] et s'apercevoir [prendre conscience]). Quelqu'un pourrait raisonner en disant : montrer, c'est faire voir quelque chose, comme «montrer une photo», alors que se montrer intéressé, c'est «se laisser paraître» comme tel.

Finalement, un dernier énergumène pourrait dire : non, se montrer, c'est paraître, donc c'est un pronominal de sens passif, parce que l'action exercée par le sujet est quasi nulle (comme dans «les maisons se vendent bien»).

Pas évident, n'est-ce pas? Je compatis avec votre découragement. Et voilà que j'ai déjà plus de 600 mots d'écrits! Je n'ai pas le choix de vous laisser sur ce terrible suspense. De quel sous-groupe fait partie se montrer? C'est ce que nous saurons la semaine prochaine.

Perles de la semaine

Je suis certain que l'équipe du Sportnographe prie aussi pour que les Canadiens fassent les séries. Sinon, ils vont perdre leur poule aux yeux d'or.

«Quand M. Molson lui a donné la chance de continuer son... un autre... un rebâtiment si tu veux.»

«Ça devient extrêmement difficile, je pense que les patates vont être cuites.»

«J'adore le tennis. Et la jeune Andreescu, elle m'impressionne. Elle a du chien dans le nez.»

«C'est à ça qu'il faut s'en aller vers.»

«J'avais la langue dans les bottines.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.