Émouvez-vous!

CHRONIQUE / Je sais, j’aborde aujourd’hui un sujet dont j’ai déjà parlé il y a moins d’un an. Mais que voulez-vous? Je n’en puis plus d’entendre ces personnes au bord des larmes nous dire qu’elles sont émotives alors qu’elles sont émues. Ou ces collègues nous décrivant des scènes émotives quand il s’agit de scènes émouvantes.

Malheureusement, tout le monde ne semble plus avoir que l’adjectif «émotif» dans son vocabulaire. Pourtant, la définition de ce mot n’a pas changé. Lorsqu’il s’applique à des personnes ou à des tempéraments, il signifie «qui réagit aisément, intensément aux émotions».

Une personne émotive n’est donc pas une personne émue, mais une personne qui pleure, qui rit ou qui se fâche facilement.

Donc, lorsque votre gorge se serre et que vous yeux se mouillent parce que vous êtes submergé par la peine, la colère, la peur ou la joie, vous ne devenez pas émotif : vous êtes simplement ému. Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures.

«"Excusez-moi, je suis ému [et non «émotif»] quand j’en parle", dit-il en essuyant une larme.»

«Cela m’émeut de les voir enfin heureux [et non «cela me rend émotive»].» 

On pourrait penser qu’il y a peut-être de l’anglicisme là-dessous. Mais dans la langue de Shakespeare, le mot «emotive» ne veut pas dire «ému», mais plutôt «qui soulève les passions» («emotive issue», «subject», «question»), ce qui pourrait se traduire en français par «controversé», «épineux», «délicat».

En fait, l’adjectif anglais qui a le sens d’«ému» est plutôt «emotional». Une personne commettra donc un anglicisme lorsqu’elle dira qu’elle est émotionnelle au lieu d’être émue, mais, pour ma part, je n’ai jamais entendu ce mauvais usage dans la bouche de quelqu’un.

Cela étant dit, il y a des choses qui peuvent être émotives. On peut subir un choc émotif, souffrir de troubles émotifs, avoir une réaction émotive. Mais lorsqu’il est question de scènes, de discussions, de témoignages, de moments, de débats, de victoires ou de défaites empreints d’émotions, il faut se tourner vers d’autres mots, en commençant par se demander si on parle d’abord de quelque chose qui a fait naître des émotions chez soi ou chez les autres. C’est alors l’adjectif «émouvant» qui s’applique.

«Leurs retrouvailles ont donné droit à des scènes émouvantes [et non «émotives»].»

«Pour l’athlète, il s’agit d’une victoire émouvante, après trois tentatives.»

Si on parle plutôt de situations dans lesquelles plusieurs émotions sont engagées, les mots ne manquent pas non plus. Et, on a tendance à l’oublier, «ému» peut aussi se dire de quelque chose qui témoigne d’une émotion.

«Kevin Parent a livré un témoignage ému cette semaine [et non «émotif»].»

«Nous avons assisté à un débat très passionné ce soir.»

«Les discussions sur les immigrants sont toujours très vives, mouvementées, animées, fortes en émotions...»

Perles de la semaine

Dans son Bêtisier 2018, Olivier Niquet a récolté encore de nombreuses perles de nos politiciens, journalistes et invités des médias. En voici quelques-unes extraites des dix meilleures choisies par le public. 

«Il a bombé le torse et répondu par la bouche de son canon.»

«Il y a eu un tirage au sort pour déterminer l’arrivée des chefs. Rien n’est laissé au hasard.»

«Est-ce que c’est la cerise qui va faire déborder le vase?»

«Ils écartent la thèse d’un suicide suivi d’un meurtre.»

«J’ai la chance d’avoir des jumeaux du même âge.»

«Bombardier a pris un de ses fleurons, un joyau, un bijou de famille, la C Series...»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.