Docteur en malaises

On dit d'un étudiant au doctorat qu'il est un doctorant. Cela semble bien accepté maintenant, mais est-ce que cela viendrait du nouveau verbe « doctorer » au participe présent? - René Pépin

Votre question me permet de revenir sur une chronique que j'ai publiée en avril 2013 sur un adjectif qui a fait son entrée dans notre vocabulaire vers 2005 : malaisant.

J'expliquais alors qu'en français, les adjectifs se terminant par - ant étaient majoritairement dérivés d'un verbe. La plupart d'entre eux sont en fait des participes présents qui, à force d'usage, ont fini par prendre valeur d'adjectif et à s'accorder en genre et nombre. Vivre a ainsi donné vivant, émouvoir est la source d'émouvant, monter a produit montant, etc.

Mais comme il n'existe pas de verbe malaiser en français, j'avais conclu que malaisant n'était pas acceptable et qu'il fallait utiliser d'autres mots comme embarrassant, gênant, troublant, dérangeant, irritant, contrariant...

Sauf que, par la suite, les linguistes et terminologues de l'Office québécois de la langue française se sont penchés sur la question et ont fouillé un peu plus loin. Et vous savez quoi? Ils ont découvert que le verbe malaiser avait bel et bien existé, citant le Dictionnaire Littré du XIXe siècle : « Le Berry [région du Centre] a un verbe malaiser, mettre mal à l'aise, verbe d'ailleurs usité dans l'ancienne langue. »

Voilà donc qui « requalifie » malaisant. D'autant plus que ce n'est pas un québécisme : l'adjectif a également fait surface en Europe, une dizaine d'années avant nous, pour désigner quelque chose qui crée un sentiment de malaise. Du moins, malaisant n'est plus aussi démoniaque que je l'affirmais il y a six ans, même s'il n'a pas encore officiellement fait son entrée dans les dictionnaires.

Alors, même si doctorant n'est pas un adjectif mais un nom, vous pensez bien que, quand j'ai lu votre question, je me suis empressé de fouiller pour voir si le verbe doctorer avait déjà existé... Eh bien oui! Je l'ai retrouvé dans l'ouvrage de Frédéric Godefroy, un dictionnaire « de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle » (10 volumes, 8000 pages, 160 000 entrées), publié entre 1880 et 1895. Doctorer y est défini ainsi : « Créer docteur, élever au grade de docteur. »

Bref, si je reviens à votre question, doctorer n'est pas un nouveau verbe, mais un verbe ancien, disparu de l'usage. Je ne sais où vous l'avez entendu, mais lors de mes recherches dans les archives médiatiques récentes, je ne l'ai trouvé qu'une seule fois. On ne peut donc pas parler, pour l'instant, d'un retour en force, même s'il s'avérerait légitime. Du moins, je n'ai encore jamais entendu dire d'un étudiant qu'il « doctore ».

Cela étant, le Petit Robert affirme que l'arrivée de doctorant dans la langue française (apparu en 1976 selon le dictionnaire, alors que le Grand Dictionnaire terminologique n'a créé sa fiche qu'en 2009) serait due... à l'allemand Doktorand!

Deux choses pour terminer. La BDL rappelle qu'en français, il existe plusieurs adjectifs en - ant qui ne proviennent pas d'un verbe (géant, flagrant, bruyant, constant, élégant...). L'idée qu'ils sont des dérivés de participes présents n'est pas donc absolue.

Ensuite, si malaisant semble légitime, il ne faudrait pas qu'il devienne notre unique réflexe. Si ce mot est revenu dans l'usage, c'est certes parce qu'il comblait un certain manque, mais aussi un peu à cause de la loi du moindre effort : l'esprit se borne à utiliser, voire à inventer un mot de la même famille plutôt que de chercher un peu plus loin un mot déjà existant. Et ce n'est malheureusement pas comme ça que l'on développe une richesse de vocabulaire.

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Pouvez-vous traduire? Finalement... laissez donc faire.

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Source : chronique Hein? du magazine Protégez-vous.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.