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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

C’est quand, « cet été »?

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«D’où provient cette manie de mettre un "ce" devant les jours de la semaine, parfois à répétition? Cette façon d’insister devrait être utilisée avec parcimonie, dans des occasions bien précises [Normand Boivin, Saguenay].»

En fait, il faudrait, la plupart du temps, éviter des tournures comme «ce mardi», «ce jeudi» ou «ce samedi» quand on parle d’une journée à venir, notamment pour se prémunir d’une grande confusion du côté anglo-saxon. Et qui a commencé à nous contaminer, comme je le constate à l’occasion.

Cette erreur a pour origine le fait qu’en anglais, il est possible d’utiliser l’adjectif démonstratif «this» («ce, cet, cette») pour désigner le prochain événement. Ainsi, si vous lisez cette chronique samedi ou dimanche, le mercredi qui suit pourra être appelé «this Wednesday», et le vendredi d’après, «this Friday».

Cette façon de faire s’est déjà transposée dans le français québécois, et beaucoup de gens diront «ce mercredi», «ce jeudi» ou «ce vendredi» pour parler de ces journées qui arriveront au cours des sept prochaines.

Le problème, c’est que beaucoup d’anglophones en sont venus à croire que, vu que «this Wednesday» désigne le premier mercredi qui suivra, alors «next Wednesday» (mercredi prochain) doit être réservé pour… le mercredi de la semaine suivante! Et cette confusion a fini par se répandre à d’autres situations temporelles, comme les mois, les saisons et les années.

Je l’ai vécu il n’y a pas si longtemps dans une conversation avec un ami torontois. Nous étions en été 2019 et il s’est mis à me parler de l’élection américaine de 2020 en la désignant comme la «next fall election» (l’élection de l’automne prochain). Pour lui, l’automne 2019, c’était «this fall» (cet automne), et l’automne 2020, «next fall» (l’automne prochain). Et beaucoup d’anglophones raisonnent de la même façon.

Mais c’est un phénomène que j’ai aussi constaté en français, bien que dans une moindre mesure. Admettons que nous sommes dimanche et qu’une personne me parle d’un événement devant avoir lieu le lundi ou le mardi de la semaine suivante. Plusieurs auront alors tendance à dire «lundi prochain, mardi prochain» pour être certains qu’il n’y ait pas confusion.

Lundi prochain, c’est-à-dire... demain

Le problème, c’est que cela contrevient à la définition du mot «prochain», laquelle n’a pas changé et désigne la chose qui vient immédiatement après le moment où l’on parle. Ce qui signifie que le véritable prochain lundi, si nous sommes un dimanche, est bel et bien le lendemain. Et le prochain mardi, le surlendemain.

Mais pour bien des locuteurs, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, parce que, dans leur esprit, le mot «prochain» s’accompagne d’un certain délai. Parler du lendemain avec le mot «prochain» leur paraît fautif. Ce que je peux comprendre.

Alors que faire?

Évidemment, pour parler des prochains lundi et mardi, vous éviterez toute méprise en utilisant «demain» et «après-demain». Vous pouvez aussi simplement dire lundi ou mardi, car il est alors implicite que vous parlez des prochains. Autrement dit, «ce lundi» et «ce mardi» sont des pléonasmes quand il est question d’une journée se trouvant dans la même semaine.


«La manifestation aura lieu mardi [et non "ce mardi"].»


Et si vous souhaitez parler du lundi et du mardi de la semaine prochaine, dites-le exactement comme je viens de le faire.


«Les terrasses extérieures des bars pourront ouvrir le 11 juin, soit vendredi de la semaine prochaine.»


D’hier et de demain

Maintenant, est-ce que cela signifie qu’on ne peut absolument jamais dire «ce lundi», «ce décembre» ou cet automne» en français?

Bien sûr que l’on peut, mais c’est généralement pour parler du moment présent. De la même façon que l’on dit «cette semaine», «ce mois-ci» ou «cette année» lorsqu’il est question de la semaine, du mois ou de l’année en cours.


«C’est pour moi un grand honneur de vous recevoir aujourd’hui, en ce lundi de la fête du Travail.»


Mais il y a exception lorsqu’on parle d’un moment rapproché, tels «ce matin», «ce midi», «ce soir», «cette nuit». Pour cette situation précise, Usito donne comme définition à l’adjectif démonstratif «ce»: «Sert à désigner un moment proche du présent.»

La particularité de cette formule, c’est qu’on peut y recourir aussi bien pour parler d’un moment futur que passé. C’est le temps de la phrase qui détermine si l’on parle d’un moment à venir ou déjà terminé.


«Ce matin, je me suis levé pour rien.»

«Notre réunion aura lieu ce soir comme prévu.»


À partir de là, on peut présumer que c’est par mimétisme de ce cas précis, ou alors par anglicisme, que beaucoup de gens diront «ce mercredi» ou «cet été» pour parler d’un moment passé ou à venir, s’appuyant sur le temps de la phrase pour faire la distinction.


«Cet été, je ferai un jardin [l’été prochain].»

«Les événements se sont produits cet hiver [l’hiver dernier].»

«Il nous a donné rendez-vous ce jeudi [jeudi prochain].»

«C’est ce lundi que le conseil municipal a pris sa décision [lundi dernier].»


Tantôt présent, tantôt passé, tantôt futur

Remarquez, je ne crois pas que cette tournure crée une quelconque forme de confusion. Mais cela donne quand même une étrange situation, où l’adjectif démonstratif «ce» peut désigner tantôt un moment présent («cette semaine, cette année»), tantôt un moment futur ou passé.

J’en déduis qu’il vaudrait mieux privilégier, du moins dans la langue soutenue, les adjectifs «dernier» et «prochain». Évidemment, on ne demandera pas à Clémence DesRochers de réécrire le refrain de sa plus célèbre chanson, mais en dehors des licences poétiques, on commence à trop s’éloigner de la définition des dictionnaires, soit un moment proche du présent. Cette proximité n’est pas définie, mais lorsqu’on fouille dans les principaux dictionnaires, on ne trouve pas d’exemple autre que «ce soir, ce matin, ce midi, cet après-midi, cette nuit».

C’est aussi en regardant dans les dictionnaires d’anglais les plus connus que je déduis que les anglophones qui font une différence entre «this summer» et «next summer» se fourvoient. Car s’ils avaient raison, il y aurait quelque part un ouvrage reconnu qui ferait cette précision et qui expliquerait que le mot «next» peut désigner à la fois quelque chose qui vient tout de suite après le moment présent, de même que la deuxième chose à venir après le même moment présent. Mais le seul que j’ai trouvé qui fait une place à une telle définition est le Macmillan, un dictionnaire web gratuit… auquel le grand public peut contribuer.

Alors, chers amis anglophones, c’est peut-être un peu frustrant de recevoir une leçon d’anglais de la part d’un francophone, mais il faut vous rendre à l’évidence: quand vous parlez de «this Friday» et de «next Friday», vous parlez de la même journée.


PERLES DE LA SEMAINE

Ces étudiants ont moins de chances de gagner à l’émission «Génial» qu’à la «Poule aux œufs d’or».


«Un corps peut se présenter à l’état solide, à l’état liquide et à l’état vaseux [gazeux].

«Pour observer un tremblement de terre, il faut monter dans l’échelle de Richter.»

«Quand on voit de l’eau qui prend feu, c’est que ce n’est pas de l’eau.»

«Les gaz reprennent leur volume quand on cesse de les comprimer, car ils contiennent des élastiques.»

«Un aimant provoque l’attroupement des atomes de fer.»


Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007


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Steve.bergeron@latribune.qc.ca