chers lecteurs, CESSEZ D’ÊTRE DÉDIÉS! Primo, parce que, oui, il s’agit d’un calque de l’anglais «to be dedicated to».

CESSEZ D’ÊTRE DÉDIÉS!

Je vous propose un problème à examiner : la constante traduction de «dedicated» par «dédié», alors que «dévoué» serait le terme approprié pour désigner l’action de sacrifier ses intérêts ou sa vie à quelqu’un, à quelque chose, et la disposition à servir avec abnégation (Le Robert). Je ne sais si vous avez déjà traité de cette question. Sinon, qu’en pensez-vous? (Pierre Sallenave, Sherbrooke)

Non seulement j’ai déjà abordé cet anglicisme plusieurs fois dans cette chronique, mais j’ai un peu jeté l’éponge. À force de taper et de retaper sur ce clou auprès de mes collègues, je me suis fait une tendinite. Malheureusement, rien ne semble y faire : tout le monde veut être dédié, personne ne veut être dévoué.

Mais maintenant que cette chronique est également offerte en ligne, cela vaut peut-être la peine de retenter le coup. Qui sait? Peut-être qu’à force de partages, il y aura des répercussions positives.

Donc, chers lecteurs, CESSEZ D’ÊTRE DÉDIÉS! Primo, parce que, oui, il s’agit d’un calque de l’anglais «to be dedicated to».

«C’est une personne très dévouée à la cause [et non «dédiée»].»

Secundo, parce que «dédier», lorsqu’il s’applique à une personne, appelle toujours un complément d’objet indirect (on dédie quelque chose «à» quelqu’un, on ne dédie jamais quelqu’un). Or, comme nous l’avons vu plusieurs fois, un verbe transitif indirect ne peut se mettre à la voix passive. Par exemple, si vous téléphonez «à» votre mère, votre mère n’est pas téléphonée. Si vous répondez à un ami, votre ami n’est pas répondu.

Donc, une personne ne peut jamais être dédiée, ce qui implique aussi qu’elle ne peut pas davantage SE dédier à quelque chose. Mais que veut véritablement dire le verbe «dédier»?

Petit truc : dans «dédier», il y a le mot «dieu»...

Dédier, c’est, à la base, consacrer au culte divin. Lorsqu’on scrute l’évolution de ce verbe, on s’aperçoit qu’on a commencé par dédier des temples, des autels, des églises, des chapelles, à Dieu ou à ses équivalents dans les autres religions, passées et présentes.

«Le Parthénon, sur l’Acropole, est dédié à Athéna.»

Au fil du temps, on en est venu à dédier des choses (le plus souvent des œuvres qu’on a créées) à des personnes importantes, que l’on admire ou que l’on chérit. 

«Je dédie ce premier roman à mes enfants.»

«Cette chanson est dédiée à mon défunt professeur.

Aujourd’hui, il est même permis de dédier une chose à une autre chose, le plus souvent une cause.

«Elle a dédié sa vie aux soins des enfants malades.»

«Ce député dédie vraiment ses efforts au service public [et non «se dédie au service public»].»

Mais lorsqu’il n’y a pas de notion d’hommage ni de dévouement (notamment quand on veut parler de quelque chose qui se destine à un public, un usage ou un domaine précis), il faut vraiment privilégier d’autres verbes. Pensez plutôt à «consacrer», «destiner», «réserver», «spécialiser»...

«Cette publication se destine [et non «est dédiée»] aux adolescents.»

«Notre fondation se consacre uniquement [et non «se dédie»] à la sclérose en plaques.»

«Cette aide spéciale est réservée [et non «est dédiée»] aux mères monoparentales.»

On pourrait en profiter pour remettre en vogue la locution latine «ad hoc», qui veut dire «destiné expressément à cet usage, à cette fin», et ses synonymes «idoine», «adéquat» et «approprié».

«Nous avons formé un comité ad hoc [et non «dédié»] pour cerner et régler le problème.»

Perles de la semaine

Chaque année, on commémore l’Armistice de 1918... car ce ne sont pas toutes les infos qui sont parvenues à la nouvelle génération.

«Les soldats français n’avaient pas peur, car ils étaient habitués à mourir.»

«Pour les faire sortir des tranchées, on leur lançait des bombes criminogènes.»

«Les baïonnettes servaient à sortir les boyaux des ennemis.»

«Beaucoup de soldats sont morts pour témoigner que la guerre tue des gens.»

«La guerre de 14 s’est terminée parce que les soldats en avaient assez d’être tués.»

Source : «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, éditions Points, 2006.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.