Chronique

Séance d’orthographe : que le «le» ou que le «ne»?

CHRONIQUE / Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Réglons d’abord le cas du «ne», car c’est un sujet que j’ai déjà abordé dans cette chronique. Le «ne» explétif est une négation qui n’a aucune fonction grammaticale ni même euphonique. Son seul but : faire du remplissage (le verbe latin «explere» veut d’ailleurs dire «remplir»).

Il existe d’autres mots explétifs en français (par exemple le «moi» dans «regarde-moi ça»), mais le «ne» explétif est le plus courant de tous. On le retrouve notamment dans les phrases comportant une conjonction de comparaison («plus que», «moins que», «davantage que», «moindre que», «meilleure que», «mieux que», «pire que», «autant que», «aussi que»…).

Lorsque l’on retire le «ne» explétif, la phrase ne passe pas du négatif au positif.

«L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend.»

«L’algèbre est moins difficile qu’on le prétend.»

Si le «ne» avait vraiment une valeur négative dans la première phrase, celle-ci voudrait dire : «L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend pas.» Ce qui n’aurait aucun sens.

Au tour du «le» maintenant. Pour savoir comment l’utiliser, encore faut-il connaître sa nature.

Dans ce cas-ci, «le» est ce qu’on appelle un pronom neutre. Il ne remplace pas un nom en particulier, mais plutôt un groupe de mots, un participe passé, un verbe à l’infinitif, voire une phrase entière. Il ne porte aucune indication de genre ni de nombre. Voici des exemples.

«Elle est fatiguée et son amie l’est aussi [«le» remplace «fatiguée»].»

«Si elle est en colère? Tu peux parier qu’elle le sera [«le» remplace «en colère»]!»

«Je croyais qu’il voulait sortir, mais je doute qu’il le veuille toujours [«le» remplace «sortir»].»

«Le magasin va fermer, je le lis à l’instant dans le journal [«le» remplace «le magasin va fermer»].»

Maintenant, la plupart des ouvrages de difficultés du français indiquent que ce «le» neutre devient facultatif dans certains cas. Notamment... dans les propositions comparatives introduites par «que».

«Il est plus malin que je ne pensais [ou «que je ne le pensais»].»

«Elle ne pouvait en dire autant qu’elle le voulait [ou «qu’elle voulait»].»

Un seul ouvrage, «Pièges et difficultés de la langue française» de Bordas, est plus à cheval sur les principes et estime que ce «le» pronom neutre est fortement recommandé, voire indispensable lorsque «plus», «moins», «autant», etc., sont suivis d’un adjectif. Ce qui est le cas dans votre exemple, car «moins» est suivi de «difficile».

Mais si on se fie à la majorité, «le» est facultatif dans cette situation. Donc les quatre phrases que vous proposez sont valables.

Maintenant, dans la pratique, il y en a probablement certaines qui vous sembleront plus harmonieuses à l’oreille. Je suis sûr que «qu’on le prétend» vous paraîtra plus élégant que «qu’on ne prétend».

Faites aussi l’exercice de remplacer «prétendre» par «dire». Seriez-vous vraiment tenté d’écrire : «L’algèbre est moins difficile qu’on dit»?

PERLES DE LA SEMAINE

Le «Protégez-vous» ne nous protège pas des perles de traduction... Heureusement!

«Open here»

Ouvrez-vous ici

«Ladies thermal underwear»

Sous-vêtements pour femmes thermiques

«Hair powder [poudre pour cheveux]»

Cheveux en poudre

«Safe for dog’s teeth [sans danger pour les dents des chiens]»

Coffre-fort pour les dents du chien

«Wrinkle proof, stain release, machine washable [infroissable, à l’épreuve des taches, lavable à la machine].»

Preuve de ride, libération de tache, machine lavable.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d’orthographe

Chronique au poil

CHRONIQUE / Discussion au salon de coiffure. Le coiffeur applique la teinture et l’on attend 35 minutes. Doit-on écrire «35 minutes de temps de pause» ou «35 minutes de temps de pose»? Merci de nous éclairer sur le sujet. Merci aussi pour vos chroniques que je parcours assidûment. (Louise Roy, Sherbrooke)

C’est fou comment une question d’apparence banale peut parfois nous conduire à nous arracher les cheveux. Même si je n’y connais rien en coiffure, j’étais persuadé de pouvoir vous répondre en criant ciseau.

En fait, oui, je pourrais couper court, car le Grand Dictionnaire terminologique nous dit qu’en cosmétologie, le temps de pause est le «temps fixé pour chaque opération sur le cheveu». Le GDT tire cette information du Conseil international de la langue française. L’équivalent anglais est «waiting time». Je pourrais donc arrêter ma chronique ici sans couper les cheveux en quatre.

Mais quand on tape «teinture» dans Google avec «temps de pause», puis «temps de pose», on s’aperçoit que le deuxième ressort beaucoup plus souvent. Évidemment, ça ne veut pas dire que l’usage prépondérant l’emporte et que «temps de pose» s’en trouve cautionné. Mais pourquoi une vaste majorité est-elle tentée d’écrire «temps de pose»?

Parce qu’il me semble qu’on ne pose pas une teinture. Certes, le verbe «poser» ne se limite pas qu’aux objets concrets et est souvent utilisé au sens figuré. On peut poser une question, poser un regard, une situation peut poser un problème... Mais le verbe «appliquer», auquel vous avez d’ailleurs recouru, me semble tomber pile-poil sur le sens recherché. Le Petit Robert lui donne comme définition : «Mettre (une chose) sur (une autre) de manière à faire toucher, recouvrir, faire adhérer ou laisser une empreinte.»

L’attrait pour «temps de pose» pourrait venir d’une analogie qui peut paraître tirée par les cheveux: en photographie, la pose, c’est «l’exposition de la surface sensible d’une pellicule à l’action des rayons», et le temps de pose, c’est la «durée nécessaire à la formation d’une image correcte». L’expression est tantôt synonyme de «durée d’exposition», tantôt de «vitesse d’obturation», explique le GDT.

On pourrait ainsi dresser un parallèle entre cette durée nécessaire pour que l’image se forme correctement et cette autre durée nécessaire pour que la teinture fasse effet, pénètre le cheveu et le colore convenablement. Du moins, c’est peut-être de cette façon que les gens qui écrivent «temps de pose» le perçoivent.

Tout ça, évidemment, n’est que suppositions de ma part, la source la plus fiable nous assurant que «temps de pause» est la bonne orthographe. Mais cette petite recherche nous permet de constater que «temps de pose» est loin d’être dénué de sens et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe.

D’ici à ce qu’un dictionnaire accepte les deux, vous saurez quoi écrire et quoi répondre. Sans friser le ridicule.

PERLES DE LA SEMAINE

Un examen sur les vaches. Les élèves n’avaient pas droit à leur «caillé» de notes.


«La vache a toute sa force dans les pattes de devant, c’est une traction avant.»

«La vache française la plus courante est la hollandaise.»

«Le petit de la vache est le vacherin.»

«Heureusement qu’on tue les vaches pour les manger, sinon il y aurait plus de vaches que de brins d’herbe.»

«Le lait stérilisé est le lait des vaches qui n’ont pas eu d’enfants.»


Source : «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006.


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SÉANCE D’ORTHOGRAPHE

Les raies au menu

CHRONIQUE / J’aimerais avoir votre opinion sur l’utilisation du «si» dans «si j’avais» et «si j’aurais» (Jean Lecours, Québec).

En quinze ans de chronique sur la langue française, vous vous doutez bien que cette question m’est adressée régulièrement. Mais comme je n’en ai pas parlé depuis 2010, ce ne sera pas une perte de temps d’y revenir.

Nous avons donc presque tous appris à l’école que les «si» mangent les «rais». Une façon imagée de nous faire retirer rapidement les «si j’aurais» et compagnie de notre vocabulaire. Malheureusement, on ne nous dit pas vraiment pourquoi.

La semaine dernière, je vous parlais des différentes «valeurs temporelles» des temps, lesquelles expliquent pourquoi des temps du futur peuvent être utilisés au passé, des temps du passé utilisés au présent, etc. Mais les temps ont aussi différentes valeurs «modales» : ils sont propres à exprimer différentes situations (la condition, la concession, l’hypothétique, la conséquence, etc.). 

Ce qui nous amène aux valeurs modales de ces temps qu’on nomme conditionnel présent et conditionnel passé. Parce que, oui, le conditionnel, qui a longtemps été considéré comme un mode (du moins, c’est ce qu’on m’a enseigné), a été «rétrogradé» au statut de temps de l’indicatif par la plupart des grammairiens et linguistes, indique la Banque de dépannage linguistique.

Or, malgré son nom, le conditionnel ne sert jamais à exprimer la condition en tant que telle, mais la CONSÉQUENCE de cette condition. C’est plutôt l’imparfait qui a la valeur modale d’exprimer «une action possible qui est la condition d’une conséquence», explique la BDL. De là, les «si» qui mangent les «rais».


«Si j’avais plus d’argent, je partirais en voyage.»

«Si j’avais su, je ne serais pas venu.»


Maintenant, quand votre enseignant vous a dit que les «si» mangeaient les «rais», il n’a pas osé vous avouer qu’il y a des exceptions.

C’est le cas de l’interrogation indirecte, c’est-à-dire une question insérée dans une autre phrase. Sa particularité est qu’elle s’écrit toujours sans point d’interrogation. Le conditionnel n’est pas obligatoire après le «si» (d’autres temps comme le futur sont possibles), mais il est permis. En voici deux exemples. Essayez de mettre le verbe qui suit le «si» à l’imparfait et vous verrez que le sens ne sera pas le même.


«Je veux savoir si elle aimerait ce livre.» 

«Je me suis demandé si elle serait là.»


Il y a de plus les «même si», qui peuvent exprimer la condition, mais aussi la concession, en quel cas le conditionnel est également permis. «Même si» est alors synonyme de «bien que», «quoique». Si on mettait le verbe à l’imparfait, la phrase ne tiendrait plus debout.


«Même si je préférerais partir, je vais rester.»


Il y a d’autres exceptions qui existent dans la langue littéraire, que je n’évoquerai pas ici étant donné qu’elles sont beaucoup plus rares. L’important est que vous sachiez désormais qu’il n’y a pas toujours de la raie au menu des «si».

Perles de la semaine

Un examen sur les animaux, probablement donné dans la même classe que l’élève qui a répondu que «la peau de la vache sert à garder la vache ensemble».


«Le lapin a de grandes oreilles, car elles lui servent pour voir en hauteur.»

«Quand un oiseau se met à voler, ça veut dire qu’il a coupé les moteurs.»

«Le cochon est très utile, car il est entièrement fait de nourriture.»

«Les félins ont des pattes rétractiles qui leur rentrent dans le corps quand ils marchent.»

«Si on veut acheter un caméléon, on peut choisir sa couleur sur catalogue.»


Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


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Séance d'orthographe

Le temps est imparfait

CHRONIQUE / Pourquoi plusieurs serveurs dans les restaurants ou vendeurs dans les magasins nous abordent-ils à l’imparfait? Voici un exemple : «Est-ce que ça allait?» On dirait qu’ils utilisent ce temps de verbe comme signe de politesse. Je sursaute chaque fois. Font-ils une erreur? (Steeve Godin, Sherbrooke)

Étant donné que l’imparfait est un temps du passé, on peut avoir l’impression qu’il y a faute lorsqu’il est utilisé dans un contexte où le présent aurait très bien fait l’affaire. Dans le cas que vous citez, effectivement, l’employé pourrait tout aussi bien demander : «Est-ce que ça va?»

Mais quand on regarde de près, on se rend compte que les temps ont des usages beaucoup plus étendus que ceux auxquels ils devraient strictement se limiter. On dit qu’ils ont plusieurs «valeurs temporelles».

Par exemple, je veux vous raconter le naufrage du Titanic et je commence ainsi : «Nous sommes le 15 avril 1912.» Pourquoi n’ai-je pas dit «c’était le 15 avril 1912», puisque je vous parle d’un fait passé? L’utilisation du présent, ici, crée un effet dramatique qui rapproche les événements de nous.

Plus loin dans mon histoire, je vous raconte que le navire a fini de sombrer vers 2h20 et qu’il faudra attendre encore une heure avant qu’arrivent les premiers secours. Pourquoi ai-je employé le futur («il faudra» plutôt qu’«il a fallu»)? Il s’agit ici d’un «futur historique dans un contexte narratif au passé, c’est-à-dire pour évoquer un événement passé postérieur à un autre événement du passé», explique la Banque de dépannage linguistique.

Examinons donc le cas que vous soumettez. En fait, vous n’avez pas tort lorsque vous parlez d’un signe de politesse. Il existe en effet un imparfait que certains grammairiens qualifient «d’atténuation». Le locuteur rejette le fait dans le passé pour ne pas brusquer l’interlocuteur, explique le «Bon usage». Voici des exemples.

«Avant de commencer, je voulais vous demander deux choses [au lieu de "je veux"].»

«Je venais te dire que je m’en vais [au lieu de "je viens¨].»

Maintenant, indépendamment de cela, d’autres grammairiens estiment que, dans ce contexte, on se retrouve quand même devant un fait passé. Parfois passé de quelques secondes à peine, juste avant que l’on commence à parler (l’imparfait d’atténuation est d’ailleurs plus courant à l’oral qu’à l’écrit), mais passé quand même, ce qui légitime le recours à l’imparfait. Dans la première phrase, l’action de vouloir a débuté juste avant celle de demander, et dans la deuxième phrase, celle de venir précède de très peu celle de dire.

C’est le même genre d’imparfait, mélange de passé très récent et de politesse, que l’on peut percevoir dans la situation que vous évoquez. En disant «est-ce que ça allait», l’employé sous-entend «juste avant que je vous le demande». Il utilise une formule beaucoup moins brusque qu’«est-ce que ça va?», laquelle pourrait être perçue comme trop familière, voire impolie.

Perles de la semaine

Pas besoin que les Canadiens fassent les séries pour que nos commentateurs sportifs en échappent de solides... Voici un court florilège du «Sportnographe» des dernières semaines.

«Tout va à la vitesse grand G.»

«C’est des joueurs qui parlent en anglais, faudrait que je traduisse après.»

«C’est une amateuse de golf autant que moi, sinon plus.»

«Y avait pu de réservoir dans la tank à essence.»

«Vous connaissez l’histoire La petite chèvre à Madame Séguin?»

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Séance d'orthographe

Rare médium

CHRONIQUE / Après avoir exploré la semaine dernière les différents anglicismes associés au mot «médium», nous avions terminé sur une question de vie ou de mort : peut-on commander un steak médium saignant? Réponse rapide : non, car demander que la cuisson d’un steak soit médium est un anglicisme. L’expression correcte est «à point».

Mais vous me connaissez suffisamment pour savoir que ce ne sera pas aussi simple...

Voyez-vous, explique le Grand Dictionnaire terminologique (GDT), la différence entre l’Amérique du Nord et la France dans la terminologie de cuisson de la viande rouge n’est pas qu’une affaire de choix de mots, mais aussi de conception. En effet, une viande à point en France correspond davantage à ce qu’on appellerait ici «médium saignant».

«La raison est qu’en France, on mange toujours la viande rouge à un degré moins cuit qu’en Amérique du Nord. Donc lorsqu’on commande une entrecôte à point à Paris, elle sera moins cuite que l’"à point" de Montréal et correspondra bien davantage à notre médium saignant», explique le GDT dans sa fiche (qui date quand même, je le souligne, de 1983).

Autre exemple de différence culturelle : plusieurs Français aiment bien leur steak à peine saisi des deux côtés et cru à l’intérieur. C’est ce qu’on appelle un steak bleu. Et l’équivalent anglais... n’existe tout simplement pas, parce que les peuples d’origine anglo-saxonne n’ont jamais été très friands de la viande crue. La seule traduction possible serait «raw» («cru»).

En résumé, nous avons, d’un côté, les termes «bleu», «saignant», «à point» et «bien cuit», et de l’autre, «rare», «medium rare», «medium» et «well done». Comment traduire alors correctement «médium», sachant que cela correspond à une viande «medium rare» en France?

Le GDT propose de traduire «medium rare» par «mi-saignant» et de continuer de traduire «medium» par «à point», quitte à ce qu’il y ait toujours une différence de conception de chaque côté de l’océan. Car on ne peut quand même pas demander à un côté de l’Atlantique de cuire plus ou moins sa viande rouge pour s’adapter à l’autre côté.

Au moins, la prochaine fois que vous commanderez une bavette à l’ombre de la tour Eiffel, vous saurez à quoi vous attendre.

Perles de la semaine

Des examens sur la guerre guère réussis...

«Après avoir gagné, les soldats allemands étaient inoccupés, alors ils ont fait l’Occupation.»

«De nombreux François sont entrés dans la clandestinité, ils ont pris le marquis.»

«De Gaulle a cherché de l’aide en Afrique, dans les colonies de vacances de la France.»

«À cause de leur tenue, les partisans de Mussolini étaient appelés les Chemises à fleurs.»

«À Yalta se sont réunis Churchill, Staline et Reagan.»

Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d'orthographe

Médium saignant... les oreilles

CHRONIQUE / « J’ai remarqué, dans un article, que vous aviez recouru au terme "technique" pour désigner les types de peinture (huile, acrylique, etc.) utilisés par un artiste. Le mot "médium" est-il incorrect? » (Paul Côté, Sherbrooke)

Les mots d’origine latine qui sont restés tels quels en anglais et en français peuvent nous laisser une impression de passe-partout. Parce qu’ils s’écrivent de la même façon (à un accent aigu près dans le cas de «médium»), on peut croire, à tort, qu’ils sont acceptés dans les deux langues avec des définitions identiques.

Mais un anglicisme, ce n’est pas uniquement la transcription littérale d’un mot anglais en français, tel le verbe «to cancel» que beaucoup de Québécois francisent erronément en «canceller» au lieu d’«annuler»: c’est également lorsqu’on donne à un mot français une définition qu’il n’a qu’en anglais. C’est le cas de «condominium», qui n’est toujours pas accepté par le Grand Dictionnaire terminologique. Et c’est le cas, aussi, de «médium» («milieu» en latin) dans ce contexte-ci.

Voyez-vous, avant d’être employé au Québec comme synonyme de «technique», «moyen d’expression», «art», «matériel» ou «matériau», le mot «médium» avait déjà fait son entrée dans le vocabulaire de la peinture pour désigner autre chose. C’est donc pour éviter une confusion si l’Office québécois de la langue française le déconseille lorsque l’on veut parler de différents moyens d’expression (peinture, sculpture, gravure), matériaux (le bois, le marbre, le granit en sculpture; le fusain, le pastel ou le graphite en dessin; etc.), techniques (le haut-relief, le bas-relief, la ronde-bosse en sculpture...) et ainsi de suite. 

Et c’est quoi, la véritable définition de «médium» en peinture?

Imaginez-vous donc que le Petit Robert et l’OQLF ne s’entendent pas. Pour le premier, le médium, c’est le «liquide servant à détremper les couleurs», par exemple l’eau dans l’aquarelle ou l’huile dans la peinture à l’huile. Mais selon le Grand Dictionnaire terminologique, ça, c’est le «liant» («substances qu’on mélange aux pigments broyés pour produire la peinture»). Pour le GDT, un médium est une substance qu’on ajoute à la peinture pour «en modifier certaines caractéristiques comme la brillance, la fluidité, la texture ou le temps de séchage».

Leur désaccord n’enlève rien au fait que «médium» soit un anglicisme dans ce contexte. Toutefois, il sera très difficile de renverser la vapeur, «médium» étant malheureusement très implanté ici dans le domaine des arts visuels.

Il y a une autre erreur qui persiste en français avec «médium». Vous savez peut-être déjà qu’en latin, le pluriel de «medium» est «media». Plusieurs personnes continuent donc de croire que, lorsqu’elles parlent d’un moyen de communication ou de transmission d’informations telles la radio, la télévision ou la presse écrite, elles doivent dire «un médium» et «des médias».

Mais non! Soucieux de ne pas créer une nouvelle exception, les linguistes ont décidé qu’ils ne garderaient que la forme «média» dans ce contexte et que le pluriel se ferait comme la majorité des mots français : avec un s. On dit donc correctement «un média  et «des médias».

Quels sont alors les bons usages de «médium» en français? Primo, quand on parle d’une personne soi-disant capable de communiquer avec les esprits. Secundo, pour désigner le registre moyen d’une voix.

Et maintenant, vous vous demandez : «Est-ce que je peux aussi continuer de commander mon steak médium saignant»? 

Alors là, vous ouvrez une boîte de Pandore. Je vous en reparle la semaine prochaine.

PERLES DE LA SEMAINE

Sujet de l’examen : Adolf Hitler. J’ai l’impression que nous allons faire un petit voyage en nazi.

«Lors de cet attentat contre Hitler, la bombe a explosé sous la table. Non seulement Hitler n’était pas mort, mais il était encore en vie.»

«Pour Hitler, il n’y avait qu’une seule race valable : les lézariens.»

«Hitler a attaqué la Pologne pour faire croire aux Allemands qu’il les conduisait à la paix.»

«Le Führer s’amusait parfois à imiter Charlie Chaplin.»

«Hitler avait étudié les arts. La peinture était son violon d’Inde.»

Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d'orthographe

Complète, Yves!

«Depuis quelques semaines, une publicité de fromage attire mon attention. On peut lire : "Je vérifie qu’ils sont d’ici." Il me semble que cette formulation a quelque chose de bizarre, mais je n’arrive pas à savoir pourquoi. Ne devrait-on pas dire : "Je m’assure qu’ils sont d’ici"? Ou encore : "Je vérifie s’ils sont d’ici."» (Guy Gagnon, Sherbrooke)

Dans vos cours de grammaire à l’école, il y a de fortes chances que, lorsque vous avez fait de l’analyse de phrases, on vous ait appris à chercher un substantif (ou si vous préférez, un nom) quand on vous demandait de trouver le complément. Exemple : dans la phrase «Luc mange une pomme», quel est le complément? Réponse : pomme.

Maintenant, lorsqu’on étudie la grammaire de façon plus avancée (remarquez, peut-être que cela s’enseigne au secondaire de nos jours, mais moi, je ne me souviens pas d’en avoir entendu parler avant l’université), on apprend qu’une phrase peut aussi avoir comme complément… une autre phrase! Et que cette phrase peut être complément d’objet direct ou complément d’objet indirect.

C’est ce qu’on appelle une subordonnée complétive et c’est le cas que vous soumettez. «Qu’ils sont d’ici» est la subordonnée complétive de «je vérifie». Il s’agit, plus précisément, d’une subordonnée complétive complément direct.

Maintenant, pour être certain que la phrase est correcte, il faut se demander si le verbe «vérifier» peut être suivi d’un complément d’objet direct. Voyons voir… Peut-on dire «je vérifie la pression des pneus» ou «les médecins ont vérifié son pouls»? Tout à fait! Des phrases comme «vérifie que tes clefs sont là» ou «elle vérifie que sa fille a écouté ses conseils» sont correctes, même si ce sont des formulations que l’on entend moins souvent. 

Voici des exemples de complétives compléments directs extraites du site internet d’Allô Prof. Ce dernier suggère d’ailleurs un autre truc pour s’assurer qu’il s’agit bien d’une complétive complément direct : la remplacer par «cela».


«J’ai su que vous ne seriez pas là [j’ai su cela].»

«Jean aimerait bien que tu lui donnes une chance [Jean aimerait bien cela].»

«Plusieurs étudiants souhaiteraient que ce conférencier revienne.»


Voici maintenant d’autres exemples extraits du même site où la complétive est complément d’objet indirect. Encore une fois, on peut vérifier la validité de cette analyse en remplaçant la complétive par «cela».


«Elle s’est souvenue de ce que son frère lui avait dit [elle s’est souvenue de cela].»

«Les ancêtres ont veillé à ce que leurs traditions soient respectées [les ancêtres ont veillé à cela].»


Maintenant, il existe une complétive particulière très répandue dans l’usage : la subordonnée complétive interrogative. Sa spécificité : la phrase qui joue le rôle de complément est une question. On appelle aussi cette forme «interrogation indirecte». C’est d’ailleurs une des deux solutions de remplacement que vous proposez : «Je vérifie s’ils sont d’ici.» Comme elle est très utilisée, l’interrogation indirecte peut laisser l’impression qu’elle est la seule correcte. Voici des exemples que donne Allô Prof.


«Je ne sais pas où il se trouve.»

«Ils se demandent pourquoi ils devraient partir.»

«On ignore si cet article risque de choquer.»


L’erreur la plus courante avec l’interrogation indirecte est de la terminer par un point d’interrogation. Or, pour recourir à cette ponctuation, il faut que ce soit le verbe principal de la phrase qui soit à la forme interrogative.


«Ces fromages sont-ils d’ici?»

«Je vérifie si ces fromages sont d’ici.»

Perles de la semaine

C’est quoi, tous ces cheveux sur le sol de la salle des professeurs?


«Il faut sortir de l’obscurcisme.»

«Avant on pensait que la Terre était ronde. Maintenant, on sait qu’elle est plate.»

«Le Japon est une péninsule ayant un accès aux eaux très rapide.»

«Les Chinois sont très intelligents pour compenser leurs petites tailles.»

«Il y a de nombreuses tensions en mer de Chine à cause des îles japonaises de Suzuki et Hiroshima.»


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Séance d'orthographe

Un instant, les autrices!

Cela fait presque un an que je vous ai parlé du fabuleux retour du mot «autrice», et je ne suis pas le seul. Même Radio-Canada a jugé bon de faire un reportage sur le sujet il y a quelques semaines, On y entendait notamment l’animateur Alain Gravel lancer qu’il se fait «chicaner» chaque fois qu’il dit «auteure»  plutôt qu’«autrice».

J’ai donc eu envie de me porter à sa défense. J’ai de petites nouvelles pour la personne qui le chicane : «auteure» est toujours accepté et acceptable. Il n’est pas devenu erroné du jour au lendemain, n’en déplaise aux tenantes et tenants d’«autrice».

Ne vous méprenez pas : je ne suis pas du tout contre le fait qu’on dise maintenant «autrice», lequel est le synonyme qui aurait dû logiquement s’imposer dès le départ, comme ce fut le cas en Suisse. Mais je suis dérangé lorsque cette prise de conscience se transforme en intransigeance.

Premièrement, cela fait une quarantaine d’années que l’Office québécois de la langue française a proposé à la fois «auteure» et «autrice». Même si le deuxième était le plus logique, c’est le premier qui s’est imposé. Visiblement, les usagers n’ont pas voulu d’«autrice». Et quand on dit les usagers, cela signifie les hommes comme les femmes. Si les écrivaines avaient tout de suite aimé «autrice», je ne pense pas qu’«auteure» aurait survécu très longtemps.

Bref, ce n’est pas parce que, soudainement, une partie de la population est désormais prête à dire «autrice» qu’il faut brusquement honnir «auteure», lequel nous a très bien convenu pendant toutes ces années.

Deuxièmement, si les inconditionnels d’«autrice» sont logiques avec eux-mêmes, ils doivent également s’attaquer à tous les autres féminins illogiques. Or, j’aimerais bien voir s’ils sont tout aussi prêts à dire «une assureuse», «une défenseuse», «une entrepreneuse», «une gouverneuse», «une metteuse en scène», «une procureuse», «une réviseuse», «une superviseuse», «une vainqueuse». Parce qu’en français, lorsqu’un nom est dérivé d’un verbe, c’est la terminaison en «euse» et non en «eure» qui est logique. Préférer «assureure» ou «réviseure», c’est se ranger du même côté que ceux qui préfèrent «auteure».

Bref, dans ce débat, il vaut mieux opter pour la souplesse, du moins si on ne veut pas se faire remettre ses propres incohérences sur le nez. «Autrice» finira par s’imposer s’il plaît à la majorité. Il faut juste lui donner le temps. D’ici là, inutile de jeter l’opprobre sur ceux qui continuent de recourir à «auteure». Et consolons-nous en nous rappelant qu’en France, la plupart des gens parlent encore d’une écrivaine en disant «un auteur».

Perles de la semaine

Ils sont malades, complètement malades, cernés de rigolade...

«Je n’entends pas bien, je dois avoir des bouchons de surimi [cérumen].»

«Pour mes nausées, vous pouvez me prescrire du Volkswagen [Vogalène]?»

«C’est grave, ce virus Hezbollah [Ebola]?»

«Il faut me faire une télescopie [coloscopie].»

«Pour ma conjonctivite, je dois me laver les yeux avec du sérum philosophique [physiologique].»


Source : C’est grave docteur? Les plus belles perles entendues par votre médecin - Tome 2, Michel Guilbert, Les Éditions de l’Opportun, 2016.


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Séance d'orthographe

Ignominieux pronominaux, suite et fin

CHRONIQUE / Après avoir appris à classer les verbes pronominaux, nous en sommes (enfin!) à l’étape de les accorder.

Nous savons déjà que les verbes essentiellement pronominaux (ceux qui n’existent que sous cette forme) s’accordent avec le sujet («elles se sont écriées»). Quant aux accidentellement pronominaux, qui se divisent en quatre sous-groupes, certains sont plus faciles à accorder que d’autres.

Ainsi, les verbes pronominaux de sens indistinct (ceux qui changent de sens à la forme pronominale) sont peut-être difficiles à identifier, mais lorsque c’est chose faite, on les accorde toujours avec le sujet. Même chose pour les pronominaux de sens passif. Voici deux exemples de chaque cas.


«Nous nous sommes aperçus de notre erreur.»

«Elles se sont doutées de quelque chose.»

«De grandes vérités se sont dites lors de ce débat.»

«La guerre s’est déclarée entre l’employeur et le syndicat.»


Vous l’aurez deviné, les deux autres sous-groupes (les pronominaux réfléchis et les pronominaux réciproques) sont plus complexes à accorder… mais ils ne le sont guère plus que dans le cas des participes passés employés avec «avoir». Du moins, si vous maîtrisez déjà bien cette règle, cela ne sera pas tellement plus chinois pour vous.

Je vous ramène d’abord à ce que je disais dans ma première chronique de cette série : la voix pronominale, c’est lorsque le sujet pose et subit l’action en même temps. On pourrait donc dire que c’est lorsque le sujet est aussi le complément.

Dans la forme pronominale, c’est le deuxième pronom, celui intercalé entre le sujet et le verbe («je ME dis», «elle SE trompe», «vous VOUS plaisez») qui représente ce complément «alias» du sujet. Comme il est toujours placé devant le verbe, on pourrait présumer que l’accord se fait obligatoirement avec lui.

Le hic, c’est qu’il n’est pas toujours complément d’objet direct (COD) : il peut aussi être complément d’objet indirect (COI). Il peut aussi arriver que le véritable COD soit ailleurs dans la phrase, avant ou après, ce qui jouera également sur l’accord.

Rien de mieux que quelques exemples pour débroussailler tout ça.


«Elle s’est lavée ce matin.»

«Ils se sont cherchés toute la journée.»


Pas trop compliqué ici. Elle a lavé qui? Elle-même (pronominal de sens réfléchi). Ce «elle-même», c’est le s apostrophe. C’est un COD et il est placé avant le verbe. On accorde. Ils ont cherché qui? L’un l’autre, ou eux-mêmes (pronominal de sens réciproque), représenté par le «se». Encore une fois, c’est un COD placé avant le verbe. L’accord se fait avec ce COD.


«Elle s’est plu à tout nous raconter.»

«Les incompétents se sont succédé à ce poste.»


Nous avons ici des COI. Elle a plu à qui? À elle-même (sens réfléchi). Les incompétents ont succédé à qui? Les uns aux autres (sens réciproque). Le participe reste invariable.


«Elle s’est coupé le doigt.»

«Elle s’est coupée au doigt.»

«Les objectifs qu’elle s’est fixés ne sont pas réalistes.»


Dans le premier cas, elle a coupé quoi? Cette fois-ci, ce n’est pas elle-même, représenté par le s apostrophe : c’est plutôt le doigt (COD placé après, donc on ne fait pas l’accord). Mais dans la deuxième phrase, elle a coupé qui? Elle-même (COD placé avant, donc accord). Elle s’est coupée où? Au doigt, qui n’est donc plus COD ici mais complément circonstanciel.

Je sais, une telle subtilité semble inutilement complexe et choquante... mais vous ne pouvez pas dire que ce n’est pas logique.

Dans la troisième phrase, le sujet «elle» n’a évidemment pas fixé elle-même. Elle a fixé quoi? Des objectifs, COD placé devant, donc accord. Elle a fixé des objectifs à qui? À elle-même. Le «s’» est donc COI.

Pas trop découragé? Disons que vous devriez avoir maintenant assez d’outils pour vous débrouiller, même s’il y a plusieurs autres écueils et exceptions dont je n’ai pas parlé. Mais avouez qu’une quatrième chronique friserait l’indécence.

Et je ne sais pas pour vous, mais ça m’a épuisé, tout ça. «Séance d’orthographe» fera donc relâche la semaine prochaine, le temps que vous assimiliez le tout. Rendez-vous le 5 mai.

Perles de la semaine

Avec les étudiants, les leçons d’anatomie tournent souvent en leçons de «t’en as trop mis»…

«Le corps de l’homme est constitué de solides, de liquides, mais aussi de gaz qui s’échappent pas l’anus.«

«Les étudiants en médecine apprennent à démonter et remonter un corps sans se tromper.»

«Les deux intestins sont le gros colomb et l’intestin grec.»

«Le foie est le siège de l’alcoolisme.»

«Les os sont constitués des os et de la moelle épineuse.»


Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Ignominieux pronominaux, la suite

CHRONIQUE / Nous avons vu la semaine dernière qu’il y avait deux groupes de verbes pronominaux : ceux qui le sont toujours et ceux qui le sont à l’occasion, selon le contexte. Les premiers sont les plus simples parce qu’ils s’accordent avec le sujet («elles se sont envolées»). Les seconds sont un peu plus démoniaques, car ils peuvent se classer parmi quatre sous-groupes, qu’il est parfois difficile de déterminer le groupe auquel ils appartiennent et qu’ils peuvent même faire partie de plus d’un groupe selon le contexte.

Cela étant dit, je m’aperçois que je vous ai peut-être causé une frayeur exagérée, car il y a des verbes pour lesquels le classement se fait assez facilement. Par exemple, si j’écris que «Jacinthe s’est levée», il est clair que le sujet exerce une action sur lui-même. C’est donc un pronominal de sens réfléchi. Si je dis que Sylvie et Renée se sont regardées, il est également évident qu’elles exercent une action l’une sur l’autre, donc que nous sommes en présence d’un verbe pronominal de sens réciproque.

Les verbes pronominaux de sens passif sont aussi faciles à identifier, car le sujet ne pose pratiquement aucune action. Il suffit de mettre le verbe à la voix passive pour le constater.


«Les maisons se sont bien vendues cette année [les maisons ont été bien vendues].»

«Ses problèmes se sont résolus [ont été résolus] grâce à mon aide.»


Pour les verbes de sens indistinct (ou subjectif ou non réfléchi), c’est-à-dire ceux qui changent de sens lorsqu’ils deviennent pronominaux, c’est loin d’être toujours clair. Certains ouvrages en donnent carrément une liste pour que l’on puisse les voir venir. J’ai déjà parlé de «s’apercevoir» (s’apercevoir de quelque chose, ce n’est pas apercevoir soi-même ni apercevoir l’un l’autre), mais en voici quelques autres parmi les plus courants.


«S’attaquer (à), s’attendre (à), s’aviser (de), se défier (de), s’échapper (de), se douter (de), s’ennuyer (de), s’imaginer, se jouer (de), se plaindre (de), s’en prendre (à), se prévaloir (de), se refuser (à), se résoudre (à), se saisir (de), se servir (de), se taire.»


Faites le test : utilisez ces verbes avec puis sans le pronom «se» et vous verrez que le sens est différent. Mais attention! Il faut garder la préposition qui suit, car c’est souvent cette préposition qui fait changer le sens.

Par exemple, deux armées peuvent très bien s’attaquer l’une l’autre («elles se sont attaquées»), mais s’attaquer à quelque chose, c’est soit chercher à résoudre, soit commencer une tâche, soit entreprendre une action. Autre exemple : «servir» et «se servir» gardent le même sens lorsqu’on se sert lors d’un souper ou qu’on se sert du thé. Mais lorsqu’on se sert du balai pour faire le ménage, on veut plutôt dire «utiliser».

Parfois, on n’a pas le choix d’ouvrir un dictionnaire et de retourner à la définition du verbe pour en retrouver le sens premier, puis vérifier si c’est le même à la voix pronominale. C’est ce que j’ai fait avec «se montrer», notre exemple de la semaine dernière. 

J’espère que vous vous souvenez de notre phrase problématique («elles se sont montré(es) intéressées»). Je vous avais donné plusieurs exemples où on aurait pu rattacher le verbe aux quatre sous-groupes.

Évidemment, si on se considère que montrer, c’est «faire voir quelque chose, le mettre sous les yeux de quelqu’un», «se montrer intéressé» ne semble plus avoir le même sens. Mais montrer, nous dit le Petit Larousse, c’est aussi «laisser voir, laisser paraître», comme une jupe qui montre les genoux.

On peut donc dire que «se montrer», c’est bien «se laisser paraître», et que «se montrer intéressé», c’est bien «laisser paraître soi-même intéressé». Nous sommes donc bien en présence d’un pronominal réfléchi, puisque le sens demeure le même et que le sujet pose une action sur lui-même.

C’est bien beau, mais avec tout ça, je n’ai même pas commencé à vous dire comment faire l’accord! Eh oui! il me faudra une troisième chronique pour ça. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge!

Perles de la semaine

Si les Trois Accords sortent en pleurant du «Bureau du médecin», il y a certains médecins qui sortent de leur bureau en riant…

«J’ai peur que ce soit la maladie de Hitchcock [Hodgkin].»

«Mon physio me fait travailler les dominos [abdominaux].»

«Pour ma thyroïde, j’ai fait une sainte graphie [scintigraphie].»

«J’ai un rendez-vous pour une infusion de l’épaule [infiltration].»

«J’ai fait un dépistage pour le cancer collatéral [colorectal].»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.