Comme pratiquement sept répondants sur dix se disent favorables à l’existence de partis politiques à Sherbrooke, la formation d’une équipe n’apparaît pas comme un désavantage pour le maire Bernard Sévigny. Par contre, le sondage ne révèle pas non plus d’avantages pour ses candidats dans les districts.

Sans enthousiasme

CHRONIQUE / Un retour à la dernière élection municipale aide à comprendre où en sont les Sherbrookois dans leur réflexion à une dizaine de jours du scrutin qui déterminera si le maire Bernard Sévigny obtient un troisième mandat.

M. Sévigny avait mené une campagne référendaire en 2013 : réélisez-moi, accordez-moi une majorité autour de la table du conseil et vous verrez que la lourde structure héritée de la fusion va passer à la moulinette, insistait-il.

Il a gagné son pari haut la main et il n’a mis que quatre mois à définir la cure minceur ayant réduit le nombre d’arrondissements de six à quatre et le nombre de districts électoraux de 19 à 14. Un sondage commandité par la Ville était venu confirmer par la suite une très forte adhésion des contribuables à cette réforme, à laquelle cinq des huit élus indépendants avaient d’ailleurs souscrit.

Au début du mandat qui est à échéance, les Sherbrookois ne voyaient donc pas de problèmes avec les partis municipaux et n’en percevraient pas davantage aujourd’hui, puisque 68 % de répondants se sont déclarés favorables à l’existence de partis politiques à Sherbrooke dans le sondage réalisé ces derniers jours par la firme Segma Recherche.

Se proclamer chevalier de l’indépendance d’esprit à l’hôtel de ville ou en faire sa carte maîtresse durant la présente campagne ne représente pas une très grande menace pour M. Sévigny si pratiquement sept électeurs sur dix sont indifférents à ce marketing­, peut-on déduire à la lumière des points de vue exprimés.  Mais, un brassage de structures n’est pas olé, olé. Un plan d’optimisation non plus. La mise en marché du maire laisserait aussi à désirer, observe le président de la maison de sondage, Raynald Harvey.

« Même s’il est fort en ayant 52 % des appuis, je ne vois pas nécessairement l’empreinte du maire dans l’électorat aussi profonde qu’elle pourrait l’être. Il n’a pas réussi à s’installer aussi solidement que son prédécesseur Jean Perrault ».  
Ni chauds ni froids. Pas de rejet, mais pas davantage d’enthousiasme, ai-je écrit il y a quelques semaines pour résumer les réactions d’électeurs que j’entendais aux quatre coins de la ville.

« C’est vraiment ça, on ne sent pas d’enthousiasme dans l’appréciation du travail de M. Sévigny de la part des Sherbrookois. Ceux qui sont les plus fermes dans leurs intentions sont les partisans du maire, et même parmi ces répondants, ils ne sont pas une majorité à nous dire qu’ils ne voteront pas pour un autre. C’est spécial à deux semaines du vote ».

Bernard Sévigny n’a pas une personnalité flamboyante et n’est pas reconnu pour son charisme. Si le ralliement à un parti n’est pas un désavantage, les résultats du sondage donnent à penser qu’il ne procurera pas non plus d’avantages aux candidats du Renouveau sherbrookois dans les batailles de district.

Puisque M. Harvey rappelle l’époque de l’ex-maire Perrault, avec un taux de satisfaction à 78 % et une avance de 33 % dans les intentions de vote, ce dernier avait connu une glissade importante à la fin de sa dernière campagne en 2005. Son avance face à Hélène Gravel n’avait été que de 8 % au dépouillement du scrutin.

Avec une cote de satisfaction à 63 %, les appuis de Bernard Sévigny pourraient être friables, sauf que son avance de 30 points est confortable dans une dynamique de dilution des votes qu’il pourrait perdre au profit de ses deux principaux opposants. De plus, M. Sévigny est entouré d’organisateurs plus nombreux et nettement plus expérimentés pour recenser les électeurs qui lui sont favorables et veiller à ce qu’ils aillent voter.

Denis Pellerin était apparu en 2013 comme la solution de remplacement la plus crédible au maire Sévigny. Il avait obtenu un peu plus de 14 % des voix. Mais voilà qu’il retombe dans la marge en n’étant crédité que de 3 % des intentions. Pour en avoir discuté ces derniers jours avec lui, M. Pellerin ne vivait pas avec l’illusion de pouvoir nécessairement compter sur les 6854 électeurs ayant voté pour lui il y a quatre ans.  

Moins connu et à peine visible — à l’exception des débats auxquels il est invité à participer —, Patrick Tétrault récolte 1 % des appuis. Rien pour faire pencher la balance.

Même comme stratégie de dernier recours, les coalitions sont difficilement envisageables. Il ne serait pas tellement crédible qu’après avoir affiché sa différence comme candidat indépendant, Steve Lussier se rallie à l’équipe de Sherbrooke Citoyen dirigée par Hélène Pigot ou vice versa. D’autant que leurs programmes sont diamétralement opposés.

Les deux sont condamnés à se battre seuls, l’un contre l’autre, à l’avantage d’un Bernard Sévigny qui a de fortes chances de rester à la mairie de Sherbrooke encore quatre ans.