Julie Myre-Bisaillon
Julie Myre-Bisaillon
Le gouvernement vient d’annoncer que le congé de Noël se prolongera jusqu’au 11 janvier pour les élèves du secondaire et qu’un enseignement à distance sera offert du 17 au 22 décembre.
Le gouvernement vient d’annoncer que le congé de Noël se prolongera jusqu’au 11 janvier pour les élèves du secondaire et qu’un enseignement à distance sera offert du 17 au 22 décembre.

Salut ti-cul, on se r’verra, le 11 janvier

CHRONIQUE / Branle-bas de combat. Le gouvernement vient d’annoncer que le congé de Noël se prolongera jusqu’au 11 janvier pour les élèves du secondaire et qu’un enseignement à distance sera offert du 17 au 22 décembre. Sérieux? De l’enseignement à distance les 17-18 et 21-22 décembre? Ok. Peut-être. Mais il me semble que l’expérience nous a appris que l’enseignement à distance, c’est pas toujours facile pour les petits. Il me semble que tant qu’à ça, rendu là, on aurait pu se donner un peu de lousse.

Pour moi, le problème, ce n’est pas les quatre, cinq ou six jours de « congé » qui s’ajoutent. C’est le nombre de décisions prises à la pièce, éparpillées, sans fil conducteur pour une année scolaire qui n’a rien de normal. C’est donc l’occasion pour moi, de revenir sur notre obsession de performance, sur la nécessaire autonomie des enseignants et sur le rôle des familles dans l’éducation des enfants.

Je suis de celle qui croit, en temps normal, que l’école ne doit pas être la seule responsable des apprentissages des enfants et de leur réussite. En tant de pandémie, cette croyance n’est que renforcée. 

Ils se sont consultés en haut. Ils ont fait un compromis populaire je crois. 

Mais pour vrai, est-ce que quatre ou cinq jours vont faire une grande différence dans la réussite de nos ados? Pour vrai, je n’y crois pas. C’est l’équivalent de la fièvre d’un jeune qu’on garde à la maison, c’est le temps d’une gastro. Personne n’a jamais remis la réussite scolaire d’un jeune en question parce qu’il avait manqué l’école pour un rhume ou un mal de ventre. 

Maintenant, que ce soit à l’école primaire ou secondaire, je comprends que des enseignants soient en maudit. Je respecte leur travail et je trouve qu’on ne leur fait pas assez confiance. Dans cette année particulière, on aurait dû leur laisser plus d’autonomie. Surtout pour l’évaluation. C’est stressant l’évaluation. Je me demande si la situation aurait été différente avec un bulletin sans note, dans l’esprit du portfolio descriptif?  Je crois que oui. Je me demande si la situation serait différente si on permettait aux enseignants d’inscrire Réussite (R) ou Échec (É) pour cette année?  

C’est l’accumulation qui fait sauter le couvercle de la marmite, celle des enseignants, des parents, des jeunes. Pas les quatre ou cinq jours de plus ou de moins qu’il y aura au calendrier scolaire. 

Ce qui m’inquiète un peu plus, c’est que l’enseignement semble être microplanifié, quasi à la minute près. Si on planifiait plus globalement, on serait peut-être moins inquiets des « retards » pris dans cette planification. La pression de la réussite n’est pas nécessairement optimale pour l’apprentissage. Et si on avançait au rythme des enfants, dans cette foutue pandémie? Adapter nos attentes, ce n’est pas nécessairement niveler vers le bas. C’est garder des attentes élevées, sur le fond, pas sur la forme. La quantité n’est pas garante de la qualité. C’est peut-être faire moins dans le cahier d’exercices et ne pas passer à travers le manuel, mais c’est faire plus d’apprentissages essentiels et moins d’évaluation. Et pour moi, les apprentissages essentiels ne sont pas nécessairement liés à l’examen ministériel dont on pourrait se passer cette année. 

C’est beaucoup de si, je sais. Je sais aussi que ce sont les enseignants qui sont pris avec le « problème » au bout du compte et j’ai beaucoup d’empathie pour eux. J’aimerais ça qu’on les laisse prendre les meilleures décisions possible pour nos enfants. Pas besoin de consignes spéciales pour ça, juste les meilleures décisions possible pour nos enfants. Se donner l’autorisation morale collective de faire autrement. Se rassurer collectivement, se mettre moins de pression, réussir différemment. Parce qu’il y a une pandémie.  

Pour vrai, je suis heureuse de passer plus de temps avec mes ados à Noël. J’en ai passé beaucoup de temps avec eux pendant le confinement, mais ce n’est pas la même chose. Noël c’est un peu plus magique. On reste en pyjama, on garde les lumières du sapin allumées, on regarde la Guerre des tuques plein de fois (j’insiste encore et on pleure à la fin). On fait des châteaux forts. On redore le blason du ballon-balai avec des balais pis un ballon. Dans la rue. On se raconte des histoires d’antan, on fait des bonshommes de neige pis des bonshommes en pain d’épices. J’aimerais ça qu’ils soient encore petits. 

On ne colle pas sa langue sur le cadre de porte gelé, mais on espère se coller sur grand-papa et grand-maman.

Tout ça sera rempli d’apprentissages.