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Julie Myre-Bisaillon
Julie Myre-Bisaillon

S’aimer encore plus fort

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Chronique / On a fait l’école buissonnière chacun à notre façon depuis mars dernier. On a parfois éteint la caméra, feint d’être là tout en pliant des vêtements. Ou en faisant juste autre chose. J’ai vu mes filles échanger avec des amies pendant les cours en ligne. Ne rien faire en attendant que le cours reprenne. Essayer d’être là. Ne pas échouer un cours d’éducation physique virtuel. 

Petit bilan d’une école buissonnière en temps de pandémie. 

- Le ministre de l’Éducation n’était vraiment pas prêt pour ça. Son ministère a fait des trousses, conçu une plate-forme. On ne parle plus des trousses ni de la plate-forme. Mais on parle encore des ordis manquants pour suivre les cours à distance.

- Le ministre de l’Éducation n’était pas prêt pour ça. C’est pour ça qu’il nous a mis en congé. Pis que finalement il a dit que les vacances étaient terminées. Avec l’arrivée des trousses (un fix de Covid) et de la plate-forme. L’école (re) devenait obligatoire jusqu’à 16 ans. 

- Les enseignants se sont formés à l’enseignement à distance. 

- Les enseignants ont essayé de finir l’année comme ils ont pu. 

- Les enseignants ont essayé de faire la rentrée comme ils ont pu. 

- Pis le ministre a encore joué au yoyo. 

- Des bulles, 1 bulle, 3 bulles. 

- Du parascolaire. Pu de parascolaire. 

- L’école à temps plein pour certains. L’école une journée sur deux. Pour d’autres. 

- Puis, l’école une journée sur deux pour d’autres de plus. 

- Les questions d’évaluation. On passe de trois bulletins à deux bulletins. Et on se demande si les examens du ministère auront lieu comme prévu.  

- Le ministre annonce que les évaluations du ministère auront lieu. Pour certains. Mais on ne sait pas encore comment. 

- Des groupes d’enseignants ont fait pression. Et c’est comme ça que ça semble peut-être fonctionner en ce moment. On fait pression. Pis le ministre vire de bord. 

- Qu’est-ce qui presse tant de réintroduire l’examen du ministère en histoire? Ça fait 4 ans que les enseignants se débrouillent. 

- La pondération des examens du ministère est revue, on passe de 50 % à 20 %... Rendu là, me semble qu’on pourrait prendre une pause. C’est à la mode les pauses cette année. 

- Le congé de Noël est prolongé. Legault annonce (où est Roberge?) qu’il y aura des devoirs. Quelle vision archaïque de l’école. Les enseignants pourraient (ou pas) donner des projets à réaliser en fonction du soutien disponible à la maison, parce que tsé, faire 25 appels par jour, je ne suis pas convaincue de l’efficacité d’une telle mesure.  

- Il n’y a pas encore assez d’ordis pour que les enfants du primaire fassent l’école à la maison. Des fois, je me dis que c’est une bonne chose qu’il n’y ait pas assez d’ordis, quand je pense aux enfants de maternelle et du premier cycle du primaire surtout. Que je les imagine devant leur écran. Et que j’imagine les parents être obligés d’être pas trop loin. 

Je suis étourdie. Alors j’ai une empathie vraiment très grande pour les enseignants, les parents, les directions d’écoles, etc. 


« Une évaluation ne devrait jamais valoir pour 50 % de la note, qu’elle vienne du ministère ou d’ailleurs. Un contexte d’évaluation, c’est anxiogène. Ça désavantage donc les élèves qui sont plus anxieux et ceux qui s’imaginent très bien que c’est peine perdue. »
Julie Myre-Bisaillon

À propos des retards et des difficultés :

Si on continue de dire que les enfants ont accumulé du retard, on met la pression sur eux (et sur les enseignants) de le rattraper et on amplifie des difficultés qui étaient présentes ou on en fait apparaître qui n’auraient jamais existé, n’eût été cette pandémie. 

On ne peut pas faire porter ce poids à nos enfants. 

Je crois qu’il faut revenir à notre conception collective de la réussite scolaire. Si celle-ci dépend d’un ensemble de connaissances à acquérir en quantité plus que d’un ensemble de compétences à développer en qualité, on a donc un peu perdu de vue que cette année ce sera différent. On devrait alors faire confiance aux enseignants (je reviens ici avec l’idée de confiance) pour évaluer leurs élèves en fonction de l’année qu’ils ont vécue, ensemble. Cette année est différente à Montréal, à Québec, à Maniwaki (je ne peux m’empêcher de faire référence à mon patelin, c’est plus fort que moi), en Abitibi et au Saguenay. À propos de l’évaluation

Une évaluation ne devrait jamais valoir pour 50 % de la note, qu’elle vienne du ministère ou d’ailleurs. Un contexte d’évaluation, c’est anxiogène. Ça désavantage donc les élèves qui sont plus anxieux et ceux qui s’imaginent très bien que c’est peine perdue. On devrait s’abstenir de faire des comparaisons entre cette année et l’an dernier. Parce qu’on ne peut pas comparer des années aussi différentes. On devrait peut-être arrêter de se comparer. Tout court. 

La suite

Maintenant, il serait peut-être temps que les enseignants puissent avoir des directives claires et souples pour finir l’année le plus harmonieusement possible, dans le respect de leurs compétences, dans la valorisation de leur travail, et dans le respect de ce qu’ils auront vécu cette année : le chaos. 

L’année est différente. Roberge doit s’empresser d’annoncer qu’il n’y aura pas d’évaluations du ministère cette année. Et si on poussait l’idée encore plus loin (vous commencez à me connaitre) et qu’il n’y avait pas d’évaluation cette année au primaire. Genre pas pantoute. Qu’on demandait aux enseignantes et aux enseignants de se prononcer, en fonction de l’année vécue, sur chaque élève, en fonction de leur jugement professionnel.

Le gouvernement Legault devra aussi investir dans les écarts qui se sont creusés entre les milieux où c’est plus facile même quand ce n’est pas facile, et les milieux plus vulnérables. Je pense ici à nombre de mes partenaires du réseau communautaire qui roulent avec les moyens du bord, mais qui sont des acteurs très précieux en ces moments de crise pour accompagner les familles dans le besoin.  

Noël

On sera en (petite) famille à Noël jusqu’au 11 janvier. Ce serait le bon temps de s’aimer plus fort qu’à l’habitude, encore plus fort, pour se ressourcer après une année de marde, et se préparer à la suite. Pour tenir bon jusqu’à la fin. Ça prend beaucoup d’amour. 

Je nous propose aussi d’aimer plus fort nos enseignantes et enseignants. Ils font leur gros possible. Pis c’est ben en masse. 

En terminant, merci à mon papa de m’avoir mis chaque année sous le sapin des cadeaux éducatifs. Je n’en connaissais pas la valeur à cette époque. Merci d’avoir développé chez moi la culture du jeu en famille. Parce qu’au-delà des apprentissages qu’on peut faire en jouant, c’est un moment précieux d’interactions en famille pour se réunir au-delà des écrans.  

En attendant la suite, je vous souhaite des bulles réconfortantes. J’aime bien le son des bulles qu’on boit au son d’un pop le 31.  

Je vous souhaite de ces bulles qui font pop le 31.  

Julie